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Chirac, Sarkozy, Hollande : trois discours sur l'Algérie

A Alger, François Hollande s'est dit déterminé à "engager un nouvel âge" dans le rapport entre les deux pays. Mais tout n'a pas été si simple ces dernières années. Retour sur une relation tumultueuse.

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Jacques Chirac lors d'une visite d'Etat en Algérie, le 2 mars 2003, à Alger. (PATRICK KOVARIK / AFP)

Entre la France et l'Algérie, le poids de l'histoire a rendu les relations tumultueuses. A l'occasion de sa visite d'Etat dans ce pays du Maghreb, François Hollande s'est dit déterminé à "engager un nouvel âge" dans le rapport entre les deux pays. Mais tout n'a pas été si simple ces dernières années. Retour sur les hauts et les bas franco-algériens à travers les discours et les actes des trois derniers présidents français en exercice.

Jacques Chirac : un triomphe déçu

Devant un million d'Algérois en liesse, Jacques Chirac et son homologue, Abdelaziz Bouteflika, enchaînent bains de foule, parades en voitures décapotables et cérémonies officielles. La visite du président français à Alger, début mars 2003, est un triomphe. D'autres présidents, avant lui, avaient fait le déplacement. Lui-même s'y était déjà rendu en 2001. Mais la visite de 2003 est la première à revêtir le statut de visite d'Etat, le plus haut rang protocolaire. 

Jacques Chirac avait à cette occasion multiplié les symboles. Et appelé Français et Algériens à "regarder le passé en face, d'un côté comme de l'autre". Les bases d'un traité d'amitié franco-algérien sont jetées, mais celui-ci ne verra pas le jour.

L'idylle entre Chirac et l'Algérie ne va pas durer longtemps. En 2005, l'adoption par la France d'une loi "portant reconnaissance de la nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés" met le feu aux poudres. Le texte contient un article mentionnant le "rôle positif" de la colonisation. Après onze mois de polémique, il finit par être abrogé, mais le mal est fait. Désormais, les Algériens demandent "la repentance" de la France pour son rôle dans la colonisation algérienne. Un pas que Paris n'est pas prêt à franchir. Malgré les gestes d'apaisement – l'ambassadeur de France à Alger reconnaît le massacre de Sétif, perpétré en 1945 – quelque chose s'est brisé dans la relation entre les deux pays.

Nicolas Sarkozy : une relation glaciale

Sous Nicolas Sarkozy, les relations franco-algériennes ne se réchauffent pas. Il faut dire que pendant la campagne de 2007, le candidat de l'UMP avait surtout envoyé des signes aux harkis, les soldats algériens qui ont combattu avec l'armée française entre 1954 et 1962, proposant de reconnaître la responsabilité de la France dans leur abandon, et refusant la "repentance". Elu, Nicolas Sarkozy choisit pourtant l'Algérie, en juillet 2007, pour son premier déplacement hors de l'Europe. Mais il ne fera pas date.

Cinq mois plus tard, le président français effectue une visite officielle importante, dans un climat tendu entre les deux pays. Quelques jours auparavant, un ministre algérien avait en effet affirmé que Nicolas Sarkozy devait son élection "au lobby juif". Ce qui n'a pas empêché le chef de l'Etat français de condamner le système colonial, "injuste par nature", décrit comme "une entreprise d'asservissement et d'exploitation".

Ces déclarations n'ont pas le retentissement escompté. Le ministre de l'Intérieur algérien a par exemple estimé qu'elle allaient "dans le bon sens" et constituaient "un progrès" mais que "ce n'est pas assez quand nous plaçons ces paroles dans leur contexte". Par la suite, les relations de Nicolas Sarkozy avec l'Algérie s'en tiendront au strict minimum.

François Hollande : tourner la page

François Hollande, lui, entretient un rapport particulier à l'Algérie, où il a effectué un stage à sa sortie de l'ENA, en 1978. En 2008, c'est en tant que premier secrétaire du PS qu'il s'y rend. "Nous condamnons le système colonial, qui n'a pas de caractère positif, et qui ne peut pas en avoir, puisque la colonisation c'est l'occupation d'un pays par un autre et l'exploitation de ses ressources", déclare-t-il.

Sa visite actuelle, le chef de l'Etat l'aura beaucoup peaufinée. Depuis le début du quinquennat, cinq ministre ont été dépêchés à Alger pour préparer le terrain. En octobre, il reconnaît "avec lucidité" la répression "sanglante" des manifestants algériens du 17 octobre 1961 à Paris. 

Devant le Parlement, à Alger, il a qualifié la colonisation de "système profondément injuste et brutal" auquel le pays a été soumis "pendant 132 ans". "Je reconnais ici les souffrances que la colonisation a infligées au peuple algérien", a-t-il affirmé, applaudi debout par les parlementaires algériens. 

Reconnaissant à son tour le massacre de Sétif, le chef de l'Etat a aussi évoqué ceux de Guelma et de Kherrata, qui demeurent de la même manière "ancrés dans la mémoire et dans la conscience des Algériens".

Mais Hollande n'a pas fait acte de repentance. Il n'a pas davantage présenté d'excuses au nom de la France, préférant évoquer le "socle de vérité" sur lequel doit reposer la relation franco-algérienne, car "rien ne se construit sur des dissimulations, dans l'oubli ou le déni". L'avenir dira si cette volonté de réconciliation se traduira dans les actes.

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