Fespaco : le Burkina Faso s'apprête à célébrer les 50 ans du cinéma africain

La 26e édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco) se tiendra du 23 février au 2 mars 2019 dans la capitale du Burkina Faso. 

Un homme peint, aux couleurs du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco) lors de la cérémonie de clôture de la 25e édition, le 4 mars 2017, à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. 
Un homme peint, aux couleurs du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco) lors de la cérémonie de clôture de la 25e édition, le 4 mars 2017, à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso.  (ISSOUF SANOGO / AFP)

"L'idée des Journées cinématographiques africaines est née en 1969 du constat que le public africain ne voyait jamais les productions de ses fils", rappelait Alimata Salembéré, ancienne ministre de la Culture du Burkina Faso, le 15 janvier 2019 lors de la conférence de presse parisienne du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco). Elle est l'une des personnalités à l'origine du plus grand rendez-vous du cinéma africain.

Biennal depuis sa sixième édition en 1979, ce qui est devenu le Fespaco s'emploie, tant bien que mal, à projeter "le meilleur du cinéma d'Afrique et de sa diaspora". C'est ce qu'a rappelé son délégué général, Ardiouma Soma, le 25 janvier 2019 à l'occasion de l'annonce de la sélection officielle à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. 

La part belle aux documentaires 

Le menu de cette 26e édition, qui coïncide avec le cinquantenaire du Festival, se compose de 165 films. La compétition officielle, qui rassemble plus de 120 films, se décline en sept sections. Dans la catégorie longs métrages de fiction, on retrouve une vingtaine d'œuvres représentant 16 pays du continent.  

"Cette édition connaît la valorisation des films documentaires", a indiqué son délégué général. A l’instar des longs métrages de fiction, les longs métrages documentaires concourront aussi pour l’Etalon d’Or de Yennenga. La section documentaire est ainsi rétablie, après avoir été supprimée durant plusieurs années.

"Il y a un intérêt très perceptible des cinéastes pour ce genre [cinématographique NDLR] parce qu'aujourd’hui les professionnels du cinéma africain, et surtout les jeunes, prennent la parole pour s’exprimer sur des questions d’intérêt pour le développement durable de nos pays", a expliqué Ardiouma Soma. "Cela est dû certainement aussi à la démocratisation (...),  à la liberté de prise de parole. Je pense que le Fespaco doit être l’espace pour encourager cela, faciliter la promotion et la diffusion de ces films-là".

Une toile pour les classiques du cinéma africain

Cinquantenaire oblige, ce sera aussi l'occasion de (re)découvrir un pan de l'histoire du cinéma africain. "Le patrimoine sera mis en valeur à travers la programmation de films lauréats de l’Etalon d’or de Yennenga et des classiques du cinéma africain et de sa diaspora, avec un accent particulier sur les films restaurés", a déclaré Ardiouma Soma. 

La réussite de cette éditon spéciale du Fespaco est un défi pour les autorités burkinabè. Pour Yacouba Traoré, président du comité d’organisation de l'événement, relever ce défi "revient à confirmer Ouagadougou dans sa place de plaque tournante du cinéma africain". Et le Burkina Faso comme "pays phare" de l’industrie cinématographique continentale.

"Le renforcement de la qualité technique et artistique" du Festival est une "priorité"  pour le Burkina, a souligné Abdoul Karim Sango, le ministre de la Culture burkinabè à Paris. Ce dernier estime qu'il faut "repenser le modèle économique du cinéma africain". "A l’image de Hollywood ou de Nollywood (…), le cinéma doit devenir une véritable source de création de richesse et d’emplois pour la jeunesse", a-t-il affirmé lors de la conférence de presse du Fespaco à Paris. "Le cinéma africain doit s’ouvrir de plus en plus au monde des affaires en vue d’obtenir plus d’investissements en provenance du secteur privé", a-t-il ajouté.

"Vous séjournerez dans la sécurité"

L’édition 2019 attend 3 000 professionnels des métiers du cinéma et plus de 100 000 spectateurs qui devraient être réunis par les 450 projections prévues. Le Fespaco mise également sur l'itinérance : les films iront à la rencontre du public burkinabè. 

L'évènement fera converger beaucoup de monde vers le Burkina Faso où les tensions sécuritaires dans le nord et l'est du pays perdurent. "Le gouvernement prendra toutes les dispositions pour assurer un bon déroulement (de l’édition 2019) et la quiétude de tous nos amis qui feront le déplacement à Ouagadougou (…)", a assuré le ministre burkinabè de la Culture, Abdoul Karim Sango. Conscient que la sécurité est "une grosse préoccupation", le responsable politique a tenu "à rassurer"  les futurs festivaliers. "Vous viendrez dans la paix, vous séjournerez dans la sécurité et vous regagnerez vos pays respectifs dans la sérénité", a-t-il déclaré. 

"La question sécuritaire se pose dans tous les pays du monde (…), a fait valoir pour sa part Ardiouma Soma. Nous, les personnes de culture, devons constituer la barrière et continuer à montrer que la culture peut contribuer à annihiler tout cela et favoriser le dialogue interculturel pour la paix". 

Le Rwanda est le pays invité d’honneur de la 26e édition du Fespaco.