Tourisme mémoriel : le Bénin restaure ses monuments liés à l’histoire de l’esclavage

Le Bénin réhabilite ses monuments pour transmettre son histoire de la traite négrière mais également pour attirer les touristes afro-américains.

Porte du Non-Retour, où étaient amarrés les bateaux de la traite négrière prêts à traverser l\'Atlantique. Un symbole de la mémoire de l’esclavage, érigé avec l\'aide de l\'Unesco. Ouidah, Bénin, le 23 mars 2019.
Porte du Non-Retour, où étaient amarrés les bateaux de la traite négrière prêts à traverser l'Atlantique. Un symbole de la mémoire de l’esclavage, érigé avec l'aide de l'Unesco. Ouidah, Bénin, le 23 mars 2019. (MOREAU LAURENT / HEMIS.FR / HEMIS.FR / HEMIS VIA AFP)

La petite ville côtière de Ouidah est en travaux. Le gouvernement béninois a décidé de restaurer le vieux fort portugais et de réhabilité les édifices de "la route des esclaves", qui mène à la Porte du Non-Retour, (symbole de la mémoire de l’esclavage) où étaient amarrés les vaisseaux chargés d'esclaves, prêts à retraverser l'Atlantique.
Avec le soutien de l’Unesco, c’est près d’un milliard d’euros qui ont été investis pour l’ensemble de ces travaux, ainsi que pour la construction d’un musée du Vaudou et de l'ancien royaume du Dahomey. C’est notamment pour constituer les collections de ces musées que le Bénin demandé la restitution d'objets pris durant la période coloniale.

Tourisme mémoriel 

Avec son architecture afro-portugaise, la cité de Ouidah fut un comptoir majeur dans le commerce transatlantique des esclaves. Dans le grand fort portugais qui trône au milieu de cette cité historique, sont passés plus d'un million d'hommes, de femmes (chiffres Yale University) entre les XVIIe et XIXe siècles, avant d'être embarqués à travers l'océan Atlantique.
L'édifice abrite le Musée d'Histoire de la ville, mais une partie de la collection a été délocalisée à la Maison du Brésil, en attendant la fin des travaux prévue vers décembre 2020. On y trouve cartes et atlas des navigateurs portugais, des fusils de traite utilisés par l'armée royale…

Les visiteurs peuvent aussi contempler les autels portatifs utilisés pour les cérémonies des rois de l'ancien Dahomey ou une cloche amenée par les missionnaires catholiques européens, mais aussi les entraves et les chaînes utilisées pour attacher les esclaves.
Ouidah doit également accueillir grand complexe touristique de 130 chambres orienté vers le même thème, avec des "jardins du souvenir", une zone de recueillement, et "la reconstruction historique d'un bateau négrier" au large.

"Slave trade tourists" américains

Le tourisme mémoriel attire chaque année des milliers d’Américains revenus sur les terres de leurs ancêtres ou voulant transmettre cette mémoire à leurs enfants. Les tests ADN, largement disponibles aux Etats-Unis, aident à mieux localiser les lieux d’origine.
Mais cette année, avec la crise du coronavirus, les touristes se font rares. Déjà l'expansion du djihadisme dans la région avait mis un frein au développement du tourisme européen et américain en Afrique de l'Ouest ces dernières années, une situation encore aggravée par la pandémie du Covid-19, poussant le Bénin à jouer désormais la carte du tourisme régional. A Ouidah, ce sont les Nigérians qui pourraient remplacer cette année les Américains.

"A Ouidah, c'est le marché nigérian que l'on vise en priorité", confie à l'AFP un responsable de l'Agence nationale de promotion des Patrimoines et du Tourisme.
En effet, Lagos, la capitale économique du Nigeria voisin géant de 200 millions d'habitants, se trouve à une centaine de kilomètres seulement de Ouidah et les deux pays partagent une histoire commune de l'esclavage à la colonisation.