Bénin : le vodoun revit à Porto-Novo

Le vodoun est né dans l'ancien royaume africain du Dahomey, au sud-ouest de l'actuel Bénin. Aujourd'hui, dans la capitale économique du pays, les lieux liés à ce culte animiste ancestral renaissent.

A Porto-Novo de nombreux édifices religieux – mosquées, églises, temples – cohabitent depuis des siècles. Mais depuis quelques années, les places et bâtiments liés à la "religion" vodoun (vaudou en Haïti, voodoo pour les anglais...) sont peu à peu réhabilités dans l'espace public. En décembre 2019, la journaliste Delphine Bousquet et le photographe Yanick Folly de l'AFP se sont rendus sur place au Bénin. Et Yanick Folly a suivi la "parade annuelle du 10 janvier", qui célèbre le vodoun, lors de la quatrième édition du Festival culturel et cultuel international de Porto-Novo (4 -12 janvier 2020).

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A Porto-Novo, la capitale politique du Bénin, un vieux prêtre vodoun est heureux de voir la place Houngbo Hounto, consacrée à ce culte, retrouver son éclat, après des années d'abandon. "Avant, c'était un endroit délabré, délaissé. Aujourd'hui, c'est beau", résume-t-il en gun, la langue locale, à l'AFP.    YANICK FOLLY / AFP
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Ici, le couvent, et lieu de formation réservée aux initiés, des arbres fétiches et plusieurs cases qui abritent des divinités, ont été embellis et décorés. Oubliés ou détériorés, ces attributs propres à la croyance ancestrale, qui vénère les forces de la nature et célèbre le culte des ancêtres, ont été réhabilités grâce au travail du centre culturel local Ouadada et de Gérard Bassalé, historien de l'art, cofondateur et directeur de ce centre. YANICK FOLLY / AFP
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Gérard Bassalé précise : "Ces places vodoun constituent l'identité de notre ville. Elles tissent le lien social, sont le lieu de grandes cérémonies. Il fallait préserver ce patrimoine matériel et immatériel. Si elles disparaissent, c'est une partie de notre histoire qui disparaît."      YANICK FOLLY / AFP
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Sur la quarantaine de places recensées à Porto-Novo, huit d'entre elles ont été restaurées depuis 2015. Toutes appartiennent à des familles locales, installées là à partir du XVIe siècle, qui ont établi leurs temples et leurs divinités autour de leurs demeures pour les protéger. Mais peu à peu, elles les ont délaissées. YANICK FOLLY / AFP
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Si certains pointent du doigt les collectivités familiales qui n'arrivent pas à s'entendre sur la répartition des frais de rénovation, pour d'autres, comme Raymond, cet abandon est lié à la désaffection du culte vodoun. "Il y a tellement de religions qui sont arrivées au Bénin, elles ont détourné nos frères de notre croyance !", regrette-t-il. YANICK FOLLY / AFP
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Chaque restauration coûte en moyenne 60 000 euros et est financée par l'agglomération française de Cergy-Pontoise, dans le cadre de sa coopération décentralisée avec Porto-Novo. La municipalité de Porto-Novo gère de son côté l'éclairage solaire et la salubrité de l'espace public, mais n'entretient pas les temples. Cette réhabilitation peut avoir des répercussions positives, en créant de l'emploi pour les artisans locaux. Les retombées économiques du tourisme bénéficient à la ville et aux familles. Car la gestion des places leur est confiée et ce sont elles qui organisent des visites.        YANICK FOLLY / AFP
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Messie Boko, l’un des guides, conduit les visiteurs pour 1000 FCFA (1,50 euro). Il raconte comment le "legba", représenté par un monticule de terre de forme humaine, protège les lieux en échange d'offrandes, ou comment les Zangbéto, gardiens de la nuit, se présentent sous la forme de grands cônes de rafia colorés lorsqu'ils font leur apparition parmi les hommes.    YANICK FOLLY / AFP
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Le roi Tê Houeyi Migan XIV, descendant d'une longue dynastie de dignitaires locaux, se réjouit aussi de cette situation. C'est sur la forêt sacrée de ses ancêtres que les colons français ont fait construire la cathédrale et le palais des gouverneurs à la fin XIXe siècle. Sur l'une des trois places, proches de son palais, réhabilitées récemment, un kapokier centenaire a survécu. "C'est un arbre sacré. Des esprits y habitent. Nous y faisons des sacrifices tous les cinq ans lors d'une grande fête" qui aura lieu fin février en 2020, explique le roi. Pour lui, cette manifestation a une tout autre allure depuis que les murs en terre qui bordent la place, autrefois en ruine, ont été remis en état. YANICK FOLLY / AFP
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Diabolisé par les missionnaires pendant la colonisation française, le vodoun subit désormais les assauts des églises évangéliques qui se multiplient en Afrique de l'Ouest et assimilent ces "religions" endogènes à la sorcellerie. D'après les derniers chiffres officiels de 2013, les pratiquants ne représenteraient plus que 11% de la population, contre presque 30% de musulmans et 25,5% de catholiques. Mais chaque année, le 10 janvier, vodounon (prêtres) et vodounsi (adeptes) se retrouvent pour célébrer leur religion longtemps interdite dans le pays sous le régime du commandant Mathieu Kérékou.    YANICK FOLLY / AFP
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Le commandant Mathieu Kérékou a pris le pouvoir après un coup d’Etat. D’abord président de la République du Dahomey, puis de la République populaire du Bénin de 1972 à 1990, il place le pays sous le signe du marxisme-léninisme, seule doctrine à laquelle le peuple doit croire. "Le régime compare le vodoun à la sorcellerie, les rassemblements et les cérémonies sont interdits, des temples détruits. On coupe même de très vieux arbres que les révolutionnaires soupçonnent d’abriter des divinités. Le régime lance une véritable chasse aux sorcières. Et ce n’est qu’à la fin des années 70 que les révolutionnaires ont enfin relâché leur lutte contre le vodoun", explique le journal "Libération". YANICK FOLLY / AFP
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Nicéphore Soglo est élu en 1991 à la présidence de la République après la conférence nationale qui scellait la transition démocratique. Le nouveau chef de l’Etat rétablit alors la liberté de pratiquer les cultes traditionnels. Président du Bénin jusqu’en 1996, il crée la fête vodoun en 1994. Puis, Mathieu Kérékou, revenu au pouvoir démocratiquement (1996-2006) alors qu’il avait combattu farouchement cette croyance et ses rites, instaure officiellement en 1998 "le 10 janvier" comme jour férié. Il permet ainsi au Bénin de renouer avec ses traditions, précise RFI. YANICK FOLLY / AFP
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Aujourd’hui, le vodoun imprègne toute la société béninoise. "Par attachement aux croyances de leurs ancêtres, des familles catholiques ou musulmanes ont chez elles des Legba, vodoun qui protège les habitations. Et puis nombre de Béninois, quel que soit leur niveau social, leur éducation, se tournent vers les vodounon, à la fois prêtres et guérisseurs, en cas de problèmes : un étudiant avant un examen, un couple qui n’arrive pas à enfanter, un entrepreneur qui ne décroche pas de marchés. (…) Le vodoun fait partie de la culture. Il forge une vision de la vie qui structure la pensée et la façon d’être de beaucoup", ajoute RFI. YANICK FOLLY / AFP