1914-1918: un Sud-Africain noir repose enfin avec ses compatriotes blancs

Tué lors de la bataille la plus meurtrière de la Première guerre mondiale pour les forces sud-africaines, Myengwa Beleza était pourtant inhumé loin de ses camarades, en raison de la ségrégation imposée jusque dans la tombe par le gouvernement de l'époque. Le 6 juillet 2014, il est devenu le 601e soldat sud-africain enterré au mémorial de Bois Delville, à Longueval (Somme), et le premier Noir.

La dépouille de Myengwa Beleza, portée par des officiers de l\'armée sud-africaine, lors de sa «réinhumation» au mémorial de Bois Delville, en France.
La dépouille de Myengwa Beleza, portée par des officiers de l'armée sud-africaine, lors de sa «réinhumation» au mémorial de Bois Delville, en France. (DENIS CHARLET / AFP)
Sa dépouille se trouvait jusqu’à présent au cimetière communal de Bléville, près du Havre. A Longueval, il retrouve 600 de ses compatriotes blancs tués lors la Première guerre mondiale dans la bataille du Bois Delville (Devil Wood, le bois du Diable, pour les soldats anglophones). Cet épisode de l'offensive de la Somme est particulièrement symbolique en Afrique du Sud en raison des pertes terribles subies par sa première Brigade d'Infanterie. Du 15 au 20 juillet 1916, cette unité subit plus de 80% de pertes en repoussant une offensive allemande. Seuls 143 hommes sur 3200 s'en sortent indemnes.

Tué le 27 novembre 1916, Myengwa Beleza fut l’un des premiers soldats sud-africains à mourir pendant la guerre. Il faisait partie 25.000 volontaires du South African Native Labour Corps (SANLC), une unité non-combattante composée de volontaires noirs. A la différence des unités combattantes blanches, les membres du SANLC étaient employés comme travailleurs et ne pouvaient pas porter d'arme. Après la guerre, la ségrégation du gouvernement sud-africain s'est étendue jusqu'à ses morts. Les dépouilles des soldats blancs étaient rapatriées ou enterrées au mémorial de Longueval, fondé en 1926. Celles des soldats noirs ont été laissées aux cimetières communaux français.

George V, roi d\'Angleterre, inspecte les derniers survivants d\'une unité du South African Native Labour Corps, en 1918.
George V, roi d'Angleterre, inspecte les derniers survivants d'une unité du South African Native Labour Corps, en 1918. (South African National Museum of Military History)

Les "Labour Corps", des unités méconnues
De nombreuses unités de travailleurs ont été constituées pendant la Première guerre mondiale. Ces soldats étaient chargés de l'entretien des voies ferrées, routes et lignes téléphoniques qui irriguaient le front, de l'aide dans les hôpitaux de campagne, du ramassage des cadavres et parfois même du déminage de terrains nouvellement conquis. Souvent oubliés par l'Histoire, ils étaient pourtant plus de 700.000 vers la fin du conflit. En plus des réformés et objecteurs de conscience, les gouvernements français et anglais n'hésitèrent pas à «importer» des volontaires venus de l'étranger, en échange d'un salaire modeste mais supérieur aux revenus locaux. Ces Labour Corps venaient surtout de Chine (140.000), d'Egypte (100.000) et d'Inde (20.000). Les travailleurs noirs sud-africains tués étaient jusqu'ici les seuls à ne pas bénéficier des mêmes honneurs que les autres combattants.