Afghanistan : en fermant les salons de beauté, "on efface les femmes de l'espace public", se désole la fondatrice d'une radio à destination des femmes

Face à la fermeture prochaine, d'ici la fin du mois de juillet, de tous les salons de beauté destinés aux Afghanes, une journaliste afghane se demande jusqu'où les Talibans iront pour restreindre les droits des femmes. Hamida Aman souligne dans le même temps l'importance d'une radio qu'elle a fondée pour donner la parole à ces femmes.
Article rédigé par France Info
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Un taliban devant un salon de beauté dont les visages de femmes en vitrine ont été occultés, à Kaboul (Afghanistan), le 18 août 2021. (WAKIL KOHSAR / AFP)

"On est en train d'effacer les femmes de l'espace public", se désole ce mardi sur franceinfo Hamida Aman, fondatrice de Radio Begum, radio pilotée par des femmes et à destination de femmes en Afghanistan, alors que les salons de beauté doivent définitivement fermer leur porte avec l'entrée en vigueur d'un décret des autorités talibanes. Ces fermetures représentent "des emplois supprimés", privant parfois "le seul salaire d'une famille". Pour la journaliste Hamida Aman, c'est "l'effarement total", d'autant qu'un "salon de beauté, c'est un lieu de rencontre, où les femmes se réunissent".

"Où peut-on encore se réunir en tant que femmes ?"

Lundi 24 juillet encore, à la veille des fermetures, de nombreuses femmes étaient présentes dans ces salons, et on pouvait y ressentir "une tristesse ambiante". Désormais, les gérantes de ces établissements n'ont que deux options : "Soit, elles ferment, soit elles entrent dans la clandestinité et travaillent en secret dans les foyers", résume Hamida Aman.
Hamida Aman rappelle que d'ores et déjà "les bains publics, les salles de sport, les universités, les écoles et les parcs sont interdits aux femmes". "Où peut-on encore se réunir en tant que femmes ?", se demande la journaliste. Elle déplore que la liste des espaces encore autorisés aux femmes "se réduise comme peau de chagrin". Elle raconte que dans les rues afghanes, les femmes "vont et viennent pour vaquer aux quelques occupations qui leur restent, comme pour faire les courses, mais on s'attend à ce qu'ils nous disent de ne plus sortir : on étouffe la population féminine", soutient la journaliste.

La fondatrice de Radio Begum se demande "pourquoi, encore une fois, on s'acharne sur les femmes, pourquoi, encore une fois, on s'en prend à ce qui symbolise la beauté et le bien-être des femmes ?", lance Hamida Aman. Elle accuse le régime taliban "d'isoler les femmes en les cloîtrant chez elles" et juge "effarant" de voir que les femmes doivent "éviter tout contact avec l'extérieur" et qu'on leur interdise "tout moyen de se réunir, de discuter et d'éventuellement s'organiser".

Une radio pour inviter les Afghanes à discuter de l'actualité

Face à ce terrible constat, Hamida Aman met en avant l'importance de sa radio créée en 2021 et qui encourage "les auditrices à venir s'exprimer sur ces sujets d'actualité". Elle explique ainsi que sur ses ondes "des clientes ont fait part de leur colère, de leur incompréhension". La radio Begum devient ainsi l'un des "seuls liens qui restent [aux femmes] pour discuter les unes avec les autres". Sur l'antenne, "le désarroi psychologique se fait sentir tous les jours", s'émeut la journaliste. Hamida Aman a dû ainsi "augmenter le temps d'antenne pour le soutien psychologique" et le faire passer "d'une heure quotidienne à deux heures". "Notre radio est devenue l'écho de résonnance, une sorte de salon où on discute, où on s'échange des informations, où on crie sa colère, on peut parler, rire", se targue sa fondatrice. Cette radio fait preuve d'une résilience sans pareil : "Nous nous efforçons de continuer à diffuser et à étendre nos antennes à travers le pays", affirme Hamida Aman.

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