La tornade dans l'Oklahoma, "remarquable par sa largeur et sa durée"

Pierre Mahieu, de l'Observatoire français des tornades et orages violents, décrypte l'événement survenu dans la banlieue d'Oklahoma City. 

Une tornade a frappé la banlieue d\'Oklahoma City (Etats-Unis), le 20 mai 2013, faisant au moins 91 morts. 
Une tornade a frappé la banlieue d'Oklahoma City (Etats-Unis), le 20 mai 2013, faisant au moins 91 morts.  (PAUL HELLSTERN / AP / SIPA )

Au moins 91 morts et des dégâts considérables : la tornade qui a frappé, lundi 20 mai, la banlieue d'Oklahoma City, dans le centre des Etats-Unis, a été particulièrement intense, ses vents atteignant 320 km/h. Est-ce exceptionnel ? Pour le savoir, francetv info a interrogé Pierre Mahieu, cofondateur et responsable de la partie recensement de Keraunos, l'Observatoire français des tornades et orages violents. 

Francetv info : Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est une tornade ? Beaucoup de personnes confondent avec un ouragan.

Pierre Mahieu : Ce sont en effet deux choses bien distinctes. La tornade est un tourbillon de vents qui se forme à la base d’un orage, finit par toucher le sol et provoquer des dégâts. Il s’agit d’un phénomène très localisé. Les ouragans, ou cyclones, eux, sont de vastes systèmes atteignant des centaines de kilomètres de large.

Est-ce un phénomène plus violent que les ouragans ?

Une tornade peut générer des vents plus forts qu’un ouragan ou qu’une tempête classique. Ceux d’un ouragan peuvent atteindre 200, voire 300 km/h, alors que ceux des tornades dépassent parfois les 400 km/h, dans les cas les plus extrêmes. Cette force est mesurée grâce à l’échelle de Fujita, qui comprend six niveaux, allant du 0 au 5. On regarde les dégâts provoqués, et on en déduit la force des vents.

La tornade dans l'Oklahoma est pour le moment classée force 4. A ce stade, elle correspond à celle qui a touché Hautmont [une commune du nord de la France] en 2008. Mais le phénomène d’Oklahoma City est remarquable par sa largeur, parce qu'il a touché des zones peuplées, et qu'il a duré 40 minutes.

Le phénomène de cette nuit est l’un des plus violents qu’ont connus les Etats-Unis. Faut-il s’attendre à des événements de plus en plus monstrueux ?

Rien ne dit que les phénomènes à venir seront de plus en plus désastreux. D'abord, on compare davantage les tornades en fonction des dégâts produits et du nombre de victimes, que par leur intensité stricto sensu : cette approche n’est pas vraiment climatologique. Ces phénomènes sont ensuite davantage médiatisés, donc on a l’impression qu’ils se multiplient. Mais rien ne le démontre. Rien ne prouve non plus qu’ils sont liés au réchauffement climatique. Certes, si l'atmosphère se réchauffe, il y a mécaniquement plus de phénomènes violents. Mais il se produit aussi des événements destructeurs lors de périodes froides. Enfin, l’intensité 4 n’a rien d’exceptionnel aux Etats-Unis.

Ce qui est remarquable, en revanche, c’est que cela survient de façon brutale, dans une zone habitée, et sur cette durée. La saison des tornades a commencé tardivement aux Etats-Unis. Jusqu'à présent, elle était peu productive. Mais ce week-end, on en a relevées beaucoup.

Y a-t-il des zones propices à la formation de tornades aux Etats-Unis ? Et en France ?

Rompons avec l'idée reçue que les phénomènes français ne sont pas les mêmes que ceux qui se produisent aux Etats-Unis. Ce qui arrive là-bas peut avoir lieu ici. Mais comme les tornades se produisent moins souvent et plus faiblement en France, on a tendance à dire qu'il s'agit de deux phénomènes différents. Dans les deux cas, il faut un contexte atmosphérique particulier, à savoir un endroit où l’atmosphère est très agitée. 

En France, cette zone s’étire du Poitou-Charentes jusqu’au Nord-Pas de Calais, et touche la région Centre, la Picardie, l’Ile-de-France et la Normandie. En hiver, c'est là que l'on observe le plus de zones perturbées ; en été, des vents chauds viennent d’Espagne et peuvent former des situations orageuses. Aux Etats-Unis, la zone est, elle, localisée au cœur du pays, dans quelques Etats, comme l’Oklahoma et le Texas. L’air chaud et humide remonte du golfe du Mexique et y rencontre l’air froid qui vient du Nord, créant des orages. La condition sine qua non pour la formation de tornades.