Sécheresse : "Il faut s'attendre à ce que la baisse des nappes phréatiques continue jusqu'à l'automne"

Plus de 80 départements français sont concernés mi-août par des mesures de restriction d'usage sur les eaux de surface et les eaux souterraines.

Sécheresse à L\'Étoile, dans le Jura, le 22 juillet 2019
Sécheresse à L'Étoile, dans le Jura, le 22 juillet 2019 (MAXPPP)

Les prévisions de Météo France "nous donnent une fin d'été et un automne avec des conditions plus chaudes et plus sèches que la normale", a regretté mercredi 14 août sur franceinfo Matthieu Baïsset. Selon cet hydrogéologue et ingénieur spécialiste des nappes phréatiques, la situation ne devrait pas s'améliorer dans les prochains mois. Selon Propluvia, 83 départements sont concernés par des mesures de restriction d'eau, 183 arrêtés préfectoraux sont en cours.

franceinfo : Ce nouveau bilan négatif sur les niveaux des nappes phréatiques était-il prévisible ?

Matthieu Baïsset : Oui, parce que cette année nous avons eu un hiver très peu pluvieux. On enregistre un déficit de précipitations sur l'hiver à hauteur de 75%. Les nappes sont à un niveau historiquement bas. Cela a été accentué par la canicule que nous avons traversée ces deux derniers mois.

Les pluies d'été ne participent pas à la recharge des nappes. Elles sont directement consommées par la végétation, puisque la végétation a besoin d'eau. L'eau ne parvient pas jusqu'aux nappes. Ces pluies sont en outre des pluies à forte intensité. Ce sont des orages, ça ruisselle. Elles participent à la reprise du débit des rivières, mais pas à la recharge des nappes.

Quelles sont les régions les plus touchées par ce phénomène ?

Il y a l'Alsace, la Bourgogne, l'Auvergne-Rhône-Alpes. La Creuse a actuellement un arrêté sécheresse, qui arrête de nombreux prélèvements. La Loire est à son niveau quasiment le plus bas. Beaucoup de villes sont donc alimentées par des nappes phréatiques en périphérie des cours d’eau.

Actuellement, nous avons 83 départements en restriction d'usage sur les eaux de surface et les eaux souterraines. Cela veut dire que certains prélèvements et notamment les prélèvements agricoles, sont limités, voire supprimés dans certaines régions. Les collectivités et les exploitants doivent adapter leurs prélèvements, adapter leur rythme d’exploitation. Cela demande énormément d'ingénierie et d'intelligence pour exploiter les nappes phréatiques de nos jours.

La situation va-t-elle s'aggraver dans les mois ou les années à venir ?

Les modèles de Météo France pour les trois prochains mois ne sont pas optimistes. Ils nous donnent une fin d'été et un automne avec des conditions plus chaudes et plus sèches que la normale. Il faut donc s'attendre à ce que cette vidange des nappes continue jusqu'à l'automne.

Avec le changement climatique, les niveaux des nappes phréatiques ont tendance à baisser. En France, nous avons 6 500 nappes phréatiques, elles sont touchées de manière différente. Il y a plus ou moins d'eau, suivant la géologie. Dans certaines zones en France, les extractions sont quasiment aussi fortes que les recharges, ce qui fait qu’on a des zones en tension. Par exemple, la nappe du Roussillon, dans les Pyrénées-Orientales, est une nappe très sollicitée par les agriculteurs, les campings et l'alimentation de toutes les agglomérations. On est dans une nappe où l'on utilise plus que ce que la recharge, en hiver, nous donne chaque année. C'est toujours pareil : plus vous utilisez une nappe, plus vous allez la mettre en danger. C'est donc important d'avoir une bonne gestion des nappes phréatiques.