VRAI OU FAKE Le prochain hiver sera-t-il "le plus froid depuis 30 ans" comme l'annoncent des médias ?

Certains sites annoncent l’arrivée possible de l’hiver "le plus froid depuis trente ans" et le retour d’un phénomène connu en Grande-Bretagne sous le nom de "The beast from the east".

Une tempête de neige s\'est abattue dans le massif du Pilat, sur la commune de Planfoy (Loire), le 3 février 2019.
Une tempête de neige s'est abattue dans le massif du Pilat, sur la commune de Planfoy (Loire), le 3 février 2019. (PHILIPPE VACHER / MAXPPP)

Lundi 9 septembre, plusieurs médias français ont fait état d'"un vortex polaire [qui] pourrait provoquer l’un des hivers les plus froids des 30 dernières années". Les journaux Le Messager, ou encore L'Essor Savoyard, ont tiré ces informations de médias britanniques, qui eux-même se sont inspirés d'un article publié le 8 septembre par le Sunday Times (lien en anglais).

L'hebdomadaire s'est appuyé sur une étude prévisionnelle statistique produite par des chercheurs de la prestigieuse University College of London. Si tout cela peut paraître réaliste au premier regard, franceinfo vous explique pourquoi il n'est pas possible de dire que l’hiver à venir sera "le plus froid depuis 30 ans".

Non, parce que l’étude a été mal interprétée

Cette étude prévisionnelle statistique concerne uniquement la Grande-Bretagne. Si les chercheurs anticipent des "températures plus froides que la normale durant janvier-février 2020", ils ne font jamais mention de "l'hiver le plus froid depuis trente ans". L'étude évoque un chiffre plus nuancé : il y aurait 57% de chance que les mois de janvier et février 2020 soient en moyenne, en Grande-Bretagne, les plus froids depuis 2013. Contacté par franceinfo, un des auteurs de l'étude indique ne pas avoir été contacté par le Sunday Times avant la publication et assure que cette couverture médiatique est une déformation de son étude.

C'est une "étude universitaire qui fait une analyse statistique avec des indices traités correctement" à qui "on lui a fait dire des choses qu'elle ne voulait pas dire", explique Jean-Michel Soubeyroux, directeur adjoint de la Direction du climat et services climatiques de Météo-France (DCSC).

Non, car un phénomène particulier se prévoit peu de temps à l'avance

Jean-Michel Soubeyroux souligne "une confusion entre une prévision statistique sur le temps long et cet événement particulier" qu'est "The beast from the east", une vague de froid qui a frappé le Royaume-Uni et une partie de l'Europe en février 2018. Le directeur adjoint de la DCSC explique que "ces événements-là, ne sont pas prévisibles plusieurs mois à l’avance".

Si les instituts météorologiques peuvent dégager des tendances sur des périodes longues, il n’est pas possible d’anticiper avec certitude les températures aussi longtemps à l'avance ou ces phénomènes précis. "Il est très difficile de prévoir la survenue d'une vague de froid à plus de 4 ou 5 mois d’échéance", précise Lauriane Batté. "Nous avons une indication de leur possibilité, au maximum deux semaines à l’avance", poursuit la chercheuse au Centre national de recherche météorologique (CNRM).

Non, car en Europe, la prévisibilité est très faible

Lauriane Batté explique que "sur l’Europe, et encore plus la France, la prévisibilité des températures et précipitations est très faible". La responsable d’équipe pour les prévisions saisonnières au CNRM affirme qu'"il est donc très rare de pouvoir dire plusieurs mois à l’avance qu’on va avoir un hiver plus froid que la normale avec une grande certitude".

À Météo-France, les prévisions saisonnières couvrent les échéances "jusqu’à six mois et peuvent nous donner une indication de tendances à venir sur la saison". Mais, Lauriane Batté insiste sur le fait que ces prévisions seront toujours formulées sous forme de probabilités : "On ne va jamais donner une valeur numérique unique pour la température moyenne de la saison à venir."

Actuellement, Météo-France travaille sur les prévisions pour la période d'octobre à décembre. L'institut précise aussi que les tendances pour les mois suivants ne seront connues qu’à partir de novembre.