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Face au grand froid, Médecins du Monde demande "la réquisition de logements vacants et d'hôtels"

Alors que des fortes chutes de neige sont en cours et des températures négatives sont recensés sur une partie de la France, le président de Médecins du Monde plaide pour "construire des logements adaptés" pour aider les sans domicile fixe.

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Radio France
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Des tentes de SDF (sans domicile fixe) dans les arcades sous le pont de Bercy à Paris, en pleine vague de froid. (SADAK SOUICI / LE PICTORIUM / MAXPPP)

Face au grand froid qui traverse le pays, l'ONG Médecins du Monde (MDM) demande "la réquisition de logements vacants et d'hôtels". Invité de franceinfo mardi 9 février, son président Philippe de Botton dénonce "un problème malheureusement récurent" qu'il faut "anticiper". Il souhaite que l'on "change d'échelle" et plaide pour "construire des logements adaptés" afin de pouvoir "accueillir et accompagner les gens".

franceinfo : Face à la vague de froid, il y a une mobilisation générale de toutes vos équipes ?

Philippe de Botton Évidemment, c'est une mobilisation sur tous nos terrains, dans les bidonvilles, dans la rue, à l'accueil aux frontières. C'est un problème qui existe depuis très longtemps, qui est malheureusement récurrent. C'est ce qu'on appelle la gestion au thermomètre. C'est à dire que chaque fois qu'il fait un grand froid, il y a des places d'urgence qui sont ouvertes, mais en quantité notoirement insuffisante. Ce qu'on demande depuis de très nombreuses années avec d'autres associations, c'est surtout d'anticiper et de faire en sorte que la politique du "logement d'abord" soit une politique à grande échelle. C'est ça qui est important parce qu'on ne peut pas laisser dans la rue ou dans des habitats insalubres 300 000 personnes alors que nous sommes une population de plus de 60 millions de personnes. C'est tout à fait anormal.

On trouve des solutions de logement d'urgence, de dernière minute dans ces moments-là ?

Mais tout à fait. Que ce soit à Grande-Synthe, à Calais, à Paris, il y a eu des hébergements d'urgence qui ont été ouverts. Et d'ailleurs avec la crise sanitaire qu'on vit actuellement, on s'est aperçu que, pour isoler, pour un peu protéger les gens à la rue de la grande exclusion, on a pu ouvrir pendant le premier confinement de très nombreuses places d'urgence. Donc c'est tout à fait faisable. Il faut vraiment ouvrir des places d'urgence qui soient adaptées. Il ne faut pas que ce soient des habitats collectifs, mais plutôt des chambres individuelles pour protéger les patients. N'oublions pas qu'on a, non seulement le froid, mais aussi la crise Covid.

Vos équipes et vos bénévoles travaillent toute l'année, mais dans ces moments-là, est ce qu'il y a une un renforcement des dispositifs, et des maraudes plus nombreuses ?

Tout à fait. Nous avons sur Paris, en Île-de-France, quatre maraudes par semaine. Ce sont des maraudes où il y a un médecin qui est tout le temps là. On est appelé sur signalement. Bien sûr, on renforce nos équipes et on les aide autant que faire se peut. Tout ça se fait avec d'autres associations, qui sont plus des opérateurs sur l'hébergement et avec le 115, évidemment, qui, malheureusement, est tout le temps saturé.

Est-ce que les mairies, les collectivités jouent le jeu ?

Certaines, oui. Mais la réquisition de logements ne dépend pas des mairies. Ça dépend des préfectures, ça dépend de l'État. Or, nous demandons la réquisition de logements vacants et d'hôtels. C'est tout à fait faisable. Nous demandons également des logements adaptés, alors qu'on a constaté une baisse drastique des financements depuis 2018, alors que dans le plan pauvreté, il était stipulé qu'on allait vraiment vers une politique de "logement d'abord" importante. On dit que la politique du "logement d'abord" doit être une politique à grande échelle. Si vous faites rentrer dix ou quinze personnes dans un logement, ok, c'est très bien. Mais du fait du creusement des inégalités, du fait de cette crise sanitaire, il y en a 30 qui tombent dans la précarité. Donc il faut vraiment changer d'échelle. Toutes les associations et toutes les ONG le demandent. Il faut construire des logements, avoir des logements adaptés et accueillir et accompagner les gens. Et surtout, d'abord et avant tout, quel que soit le statut administratif, social ou économique de la personne, l'accueillir, la protéger et ensuite on étudie son cas.

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