Municipales : "En période électorale, tout le monde est contre la pollution"

Tête de liste Europe Ecologie-Les Verts dans le 19e arrondissement de Paris, le médecin Bernard Jomier critique le bilan de la municipalité sortante en matière de lutte contre la pollution de l'air.

Le quartier de la Défense dans un nuage de pollution, le 14 mars 2014, à Paris.
Le quartier de la Défense dans un nuage de pollution, le 14 mars 2014, à Paris. (CITIZENSIDE / VÉRONIQUE GROPL)
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Le nuage de particules fines qui s'est abattu la semaine du 10 mars sur une grande partie de la France ne pollue pas simplement l'air que vous respirez. Il dégrade aussi les relations entre Europe Ecologie-Les Verts et le Parti socialiste à Paris, à une semaine des municipales. Les premiers, par la voix de leur candidat à l'hôtel de ville, Christophe Najdovski, ont moqué, lundi 10 mars, la socialiste Anne Hidalgo, "une candidate qui ne dit pas un mot et préfère participer à un défilé en moto". Quelques jours plus tard, l'écologiste a regretté les récentes mesures, "qui ne règleront rien".

Que reprochent les écologistes à leurs alliés socialistes ? Francetv info a posé la question à Bernard Jomier, tête de liste EELV dans le 19e arrondissement de la capitale. Ce médecin de formation avait été à l'initiative, l'an dernier, d'une pétition, avec une trentaine de confrères, dénonçant l'inaction du gouvernement en la matière.

Francetv info : Gratuité des transports publics, circulation alternée, contournement de l'agglomération pour les poids lourds... Comment jugez-vous les mesures prises par les autorités ces derniers jours en Ile-de-France ?

Bernard Jomier : Il ne faut pas cracher dans la soupe, ce sont de bonnes mesures, qui vont protéger la santé des Franciliens. On peut cependant regretter qu'elles soient si tardives. Il a fallu huit jours de pollution élevée pour qu'elles soient décidées. Pourtant, cet épisode de pollution, nous l'avons vu arriver. Météo France a prévenu une semaine à l'avance qu'un anticyclone allait s'installer. Or, on sait maintenant que dès qu’il y a un anticyclone, les niveaux de polluants montent dans les grands centres urbains.

Nous réclamons surtout des mesures de moyen terme pour éviter ces pics de pollution. Si cela déborde avec trois jours de beau temps, c'est parce que le vase de la pollution de fond est plein.

En matière de pollution de l'air, quel bilan faites-vous du dernier mandat de Bertrand Delanoë ?

Bertrand Delanoë a été un bon maire pour Paris. Mais concernant la pollution, il ne s'agit pas du tout d'un succès quand on voit ce que nous avons vécu la semaine dernière. Il faut regarder les choses en face : les mesures prises ne sont pas suffisantes. On aurait dû faire beaucoup mieux. Par exemple, il n'est pas normal que des véhicules diesel circulent encore à Paris. Sur les transports en commun, l'investissement se révèle insuffisant. Le tramway doit entrer dans Paris [les lignes actuelles se situent aux limites de la ville] pour mettre fin à l'autoroute urbaine du bord du fleuve, comme à Bordeaux ou à Lyon.

Il faut également réserver des voies de circulation à l'autopartage, et mettre en place une grande politique en faveur des piétons et des vélos. Il n'y a pas une mesure qui permettrait de réduire la pollution, mais un ensemble. Il faut que la ville s'engage dans une politique de transport durable, un axe qui a manqué ces dernières années.

Anne Hidalgo revendique "un programme écologique". Qu'en pensez-vous ?

Il y a des choses intéressantes. Mais je demande à voir, parce qu'elle a été première adjointe. Or, les mesures qui ont été prises ces dernières années par la mairie ont été insuffisantes. On juge aussi un projet aux actes qui ont été réalisés. En période électorale, tout le monde est contre la pollution. Après, il y a ceux qui prennent des mesures, et ceux qui en restent aux paroles.

Pour le moment, il n'existe pas de politique nationale, et le débat sur le diesel a débouché sur rien du tout. Il faut qu'Anne Hidalgo aille convaincre ses amis socialistes du gouvernement de changer leur fusil d'épaule. Elle a un discours antipollution, mais elle fait partie d'un mouvement politique, le PS, qui ne fait pas ce qu'il faut sur cette question. Je souhaite donc qu'elle ait des partenaires écologistes nombreux pour être sûr qu'elle mène une vraie politique contre la pollution si elle est élue à Paris.

Dimanche, la candidate socialiste a reproché à un élu écologiste du Syndicat des transports d'Ile-de-France d'avoir voté l'achat de bus diesel. Que répondez-vous ?

Elle tente de faire croire que les écologistes favorisent le diesel. C'est son moment de grâce à elle. Nathalie Kosciusko-Morizet a découvert que, dans le métro, il y avait des moments de grâce, et Anne Hidalgo que les écologistes sont prodiesel. Franchement, c'est ridicule, elle a dérapé !