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Inondations : "On a un territoire qui se sature en eau" après des "précipitations historiques", explique l’hydrologue Emma Haziza

Plusieurs départements dont la Charente et la Charente-Maritime sont toujours placés dimanche en vigilance orange crue-inondation. Le pic de crue est attendu à Saintes (Charente-Maritime) lundi.

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Radio France
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Une rue inondée à Villeneuve-Saint-Georges, à 20 au sud de Paris, le 5 février 2021. (MARTIN BUREAU / AFP)

"On a des précipitations historiques avec des jours de pluie qui sont à peu près du double de la normale", a indiqué sur franceinfo, Emma Haziza, hydrologue et présidente-fondatrice du centre de recherche Mayane, spécialisé dans la recherche de solutions face au changement climatique.

L'Adour, la Charente, la Garonne, la Loire et la Seine, tous "ces grands bassins ont subi les assauts de ces pluies qui venaient de l'Atlantique, de ces pluies continues qui ont saturé les territoires en eau et qui font qu'à un moment donné, on a ces crues", a expliqué la spécialiste de l’adaptation face au changement climatique. "On a un territoire qui va se saturer en eau, qui ne peut plus accueillir de goutte d'eau supplémentaire. Et tout ça va aller concourir à accroître le risque inondation".

franceinfo : Pourquoi est-ce si difficile de contrôler ces inondations ?

Emma Haziza : On arrive, dans l'ensemble, à assez bien les contrôler, sauf quand on a des précipitations historiques, ce qui a été le cas sur les mois de décembre et janvier. Ce sont les pluies cumulées qui vont atteindre des grands bassins versants : l'Adour, la Charente, la Garonne, la Loire et la Seine. Ces grands bassins ont subi les assauts de ces pluies qui venaient de l'Atlantique, de ces pluies continues qui ont saturé les territoires en eau et qui font qu'à un moment donné, on a ces crues. On a quand même de la chance, parce qu'on a du temps pour les voir venir. On n'est pas sur des phénomènes de crues rapides.

Le maire de Saintes, en Charente-Maritime, parle d'une crue historique. Sont-elles pires qu’avant et plus nombreuses ?

On a toujours connu des crues historiques sur tous les grands bassins. Par exemple le bassin de la Loire, où on a eu des crues centennales, en 1846, 1856, 1866 ou en 1910 sur la Seine. On n'a jamais revécu depuis d’événements aussi graves. On voit bien que l'histoire nous parle et nous raconte qu'on a déjà vécu pire. Par contre, ce que l'on est en train de vivre actuellement, c'est une accumulation de paramètres aggravants qui nous montrent qu'on est en train de changer de système. On a des précipitations historiques avec des jours de pluie qui sont à peu près du double de la normale. Donc, au fur à mesure, on a un territoire qui va se saturer en eau, qui ne peut plus accueillir de goutte d'eau supplémentaire. Et tout ça va aller concourir à accroître le risque inondation.

Est-ce que ces inondations ont, au moins, un impact positif sur les nappes phréatiques ?

Ça aurait été logique, sauf qu’on s'est rendu compte ces quatre dernières années que ce n'est absolument pas le cas. Les grandes inondations que l'on a eues, par exemple en janvier 2018 sur la Seine, n'ont pas empêché un été assez catastrophique avec une sécheresse très sévère. Je citerai juste cette année 2020, nous avions 30 % supplémentaires de recharge des nappes souterraines, donc on était vraiment dans une situation excédentaire quand on est arrivé dans la phase printanière. Le problème, c'est que la reprise végétale, toute cette végétation luxuriante va prendre cette eau en profondeur et donc ça, si on le croise avec des vents très secs, des températures hors norme, voire des périodes caniculaires, on a à nouveau replongé dans une situation de sécheresse. Donc ça ne préfigure pas la sécheresse ou pas à venir.

Construire des digues, est-ce une solution ?

On s'est rendu compte qu'il y avait une fragilité puisqu'une digue peut générer des brèches, se briser. Et donc, ce qui va être construit derrière peut non seulement avoir le sentiment d'être extrêmement protégé, mais en plus être surexposé dès lors que la digue cède. Donc, on s'est rendu compte que tout focaliser sur le fait de contrôler l'aléa, eh bien l'homme n'est pas aussi fort que ça. Il faut travailler sur les enjeux exposés. Les enjeux, ce sont nos maisons, nos entreprises et ce qui nous permet d'avoir une vie sociétale normale. Il faut adapter nos entreprises, nos bâtiments, nos comportements, nos systèmes agricoles. Il faut qu'on soit beaucoup plus résilient à la prochaine inondation, à la prochaine sécheresse. Le principal, c'est d'avoir le moins de dommages possible, de ne pas avoir de victime.

Faut-il revoir nos constructions de maisons ? 

L’Etat a mis en œuvre un système qui permet de prendre en charge à hauteur de 80 % les travaux à l'échelle d'une maison. Ça veut dire qu'on va pouvoir rehausser les chaudières, tout le système électrique. C'est autant d'éléments qui vont éviter les dommages sur du très long terme. On va changer nos sols, nos parois, on peut mettre des batardeaux. Toutes ces solutions-là existent et elles sont financées en grande partie par l'Etat. Maintenant, il va falloir le faire de manière systématique partout. On a quand même des grands programmes d'action sur le risque inondation et on est très avancés par rapport à d'autres pays dans le monde. Maintenant, ça prend énormément de temps. Il faut aller beaucoup plus loin, beaucoup plus vite.

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