Crue de la Seine : "Il ne reste quasiment plus rien pour détourner et réduire les débits"

L'hydrologue Emma Haziza explique vendredi sur franceinfo que les ouvrages hydrauliques, prévus pour faire face à la crue de la Seine, sont extrêmement sollicités depuis trois semaines.

La Seine en crue à Paris, le 24 janvier 2018.
La Seine en crue à Paris, le 24 janvier 2018. (RADIO FRANCE / YANN SCHREIBER)
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"On atteint nos limites" alors que la Seine n'a pas encore atteint son pic de crue, a estimé, vendredi 26 janvier sur franceinfo, Emma Haziza. Selon l'hydrologue, présidente du centre de recherche Mayane (société de conseil spécialisée dans la prévention du risque inondation), "il ne reste quasiment plus rien pour détourner et réduire les débits", car les "nappes phréatiques sont très hautes. Les territoires sont saturés".

franceinfo : Êtes-vous surprise par le niveau qu'atteint la Seine ?

Emma Haziza : Non. Quand on regarde l'histoire, on sait très bien que ces débits peuvent arriver. Malgré la construction en amont d'ouvrages hydrauliques, on a des limites. On a réussi avec les grands lacs réservoirs en amont de la Seine à drainer 731 millions de mètres cubes, ce qui est colossal, mais on atteint nos limites. On a atteint 86% du volume disponible qui pourrait permettre d'écrêter les crues en amont. Il ne reste quasiment plus rien pour détourner, pour réduire les débits. C'est une situation très particulière. Pour l'instant, nous ne sommes pas sur des hauteurs historiques comme Paris en 1910, mais Paris en 1910 ce n'est pas Paris en 2018. On est dans une société ultra-connectée, avec des réseaux qui s'enchevêtrent les uns dans les autres. Il va falloir être très vigilants. Contrairement à la crue de juin 2016, où le niveau était monté très vite et redescendu très rapidement, on est en train de se stabiliser autour de 5,58 m à Paris Austerlitz, mais on a une sollicitation des ouvrages extrêmement forte, parce que cela fait trois semaines que l'eau monte. Il va falloir être vigilants sur la tenue de l'ensemble des ouvrages. L'eau monte par capillarité puisque la nappe est très haute.

Les nappes phréatiques sont-elles particulièrement gonflées aujourd'hui ?

On a une interaction sous Paris entre la nappe phréatique et la Seine. Les nappes phréatiques sont très hautes et les territoires sont saturés, même si on est dans une phase d'accalmie sur Paris et sur les bassins en amont. Vu toutes les pluies qui sont tombées, on est sur un record historique de pluviométrie pour un mois de janvier. C'est le deuxième mois de janvier le plus pluvieux depuis 1900. On est capables de réduire et de juguler, plus ou moins, ces crues, grâce à ces systèmes en amont. Malgré tout, on atteint nos limites. On a une propagation du nombre de crues qui est en train d'arriver. Il va falloir être vigilants pour qu'il n'y ait pas de concomitance de nombre de crues. On va avoir une sollicitation très forte de tous les ouvrages hydrauliques.

Peuvent-ils rompre ?

Oui. Très souvent, on a des brèches dans les digues. C'est vraiment quelque chose de récurrent quand on regarde toutes les inondations qui ont pu se produire en France, que ce soit récemment dans le Sud, les grandes inondations de la Loire. Les brèches dans les digues sont un des dégâts potentiels très récurrent quand on a une grosse sollicitation en termes de pression.

Avec quelles conséquences ?

Les personnes situées derrière les digues ne sont non seulement plus protégées, mais elles vont subir non pas une inondation lente, mais une inondation rapide. La digue est donc un faux ami. On a l'impression d'être protégé mais le jour où ça pète, on est beaucoup plus exposé. Ce n'est pas parce qu'on n'est pas sur des hauteurs historiques que pour autant la situation n'est pas critique et qu'on n'aura pas des dommages. Aujourd'hui, les choses se tassent, mais il y a cette sollicitation sur l'ensemble des ouvrages. Cela reste critique. Il faut suivre avec attention et il faut être assez humble sur la force de l'eau.