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"Faire au plus vite pour que tout le monde sente bon le matin" : à Saint-Martin, la course contre la montre pour rétablir l'eau courante

Plus de dix jours après le passage d'Irma, l'eau courante n'est toujours pas rétablie totalement sur l'île de Saint-Martin. L'urgence est donc de remettre en état l'usine de désalinisation et le réseau. Un travail de fourmis.

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Radio France
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A Saint-Martin, les habitants peuvent profiter de distributions d'eau mais n'ont toujours pas l'eau courante. (AURELIEN MORISSARD / MAXPPP)

C'est une des principales urgences sur l'île de Saint-Martin : rétablir l'eau courante. Plus de dix jours après le passage de l'ouragan Irma dans les Antilles, la majorité des habitants n'ont toujours pas d'eau au robinet parce qu'Irma a sérieusement endommagé l'usine de désalinisation et le réseau. Les équipes sont donc mobilisées pour rétablir le système le plus vite possible mais c'est un travail long et délicat. 

Pas de date pour la remise en service de l'usine

Si des bouteilles d’eau sont distribuées pour boire et faire la cuisine, pour le reste c’est le système D qui prévaut : ici, une bâche pour récupérer la pluie, là, l’eau de la piscine utilisée pour les toilettes…Mickaël a lui été prévoyant et avait monté une grosse poubelle cylindrique dans le salon de son petit appartement avant le passage de l'ouragan. "C'est de l'eau de ville que j'avais gardé avant Irma", explique-t-il. "Il y a un fond pour pouvoir se laver mais je la garde parce que c'est précieux."

Au quotidien, il doit faire une toilette de chat et se passer de lessive. Il a hâte de pouvoir rouvrir le robinet : "Ça suffit, j'espère qu'ils vont remettre l'eau." Dans quels délais l'eau courante sera-t-elle rétablie ? C'est la question que tous les habitants se posent mais à laquelle Glenn Richardson, le directeur de l’usine de dessalement, ne peut pas répondre. "Je ne peux pas vous donner de date", assure-t-il. Quant au délai évoqué par Emmanuel Macron, c'est-à-dire une remise en service à partir du 20 septembre, il ne renvoie à rien selon Glenn Richardson. "Lui, il est là-bas, nous, on est ici. Il a des informations qui arrivent d'en haut, nous on sait ce qui se passe ici, c'est nous qui faisons le boulot."

Réparer l'existant, recevoir du neuf

Située sur le rivage, l’usine de désalinisation n’a plus de toit, la salle de contrôle électrique est hors-service et des pans de murs en béton effondrés recouvrent encore plusieurs cuves filtrante. "C'est un peu explosé", reconnaît le directeur de l'usine. Ils ont déjà fait quelques réparations, en perçant notamment dans un des murs qui s'était écroulé.

On va utiliser les filtres qui sont disponibles à cet endroit et qui suffisent largement à faire tourner une partie de nos appareils

Glenn Richardson, directeur de l'usine de désalinisation de Saint-Martin

à franceinfo

Ces filtres seront complétés par des filtres et des osmoseurs envoyés d’Espagne par conteneur. En combinant le tout, le site devrait pouvoir récupérer dans un premier temps la moitié de sa capacité de production mais il y a encore du travail. "On recolle les tuyaux et on réalimente les machines parce que sinon les gens sentent trop mauvais et ça devient intenable. Donc on essaie de faire au plus vite pour que tout le monde sente bon le matin", détaille-t-il en souriant. 

Les réseaux endommagés, autre point noir

La production d’eau n'est pas le seul problème à résoudre pour les équipes sur place. Il faut aussi acheminer cette eau jusqu’aux robinets des particuliers. Une tâche tout aussi compliquée selon Didier Roux, chargé des questions d’environnement à l’Agence régionale de santé : "Beaucoup d'habitations ont été soufflées. Si on remet l'eau sans fermer ces compteurs ou supprimer les fuites qui sont sur ces réseaux, on risque d'avoir un gaspillage d'eau", explique-t-il. Dans un premier temps, la compagnie générale des eaux est donc en train de procéder à un contrôle de tous les compteurs.

On peut s'attendre à ce qu'il y ait des mouvements de terrains qui ait pu casser des tuyaux

Didier Roux, chargé des questions d'environnement à l'Agence régionale de santé

à franceinfo

Les réparations ne vont donc pas se concentrer uniquement sur l'usine de dessalement. Pour remettre le réseau en état de marche, des ouvriers et techniciens, qui ont bien souvent subi eux aussi des dégâts chez eux, se mobilisent. "Il faut simplement travailler et faire ce que l'on peut faire, faire le colibri, comme Pierre Rabhi l'a dit", assure Robert Oger, patron d'une entreprise de tuyauterie industrielle, en référence à la fable du colibri qui démontre qu'une mobilisation de groupe peut avoir beaucoup d'effet, y compris si chaque mobilisation individuelle semble faible. Cette goutte d'eau transportée par les colibris réparateurs du réseau ne sera sans doute pas potable au début. Une fois rétablis, les réseaux devront être nettoyés et désinfectés avant qu’on puisse à nouveau boire au robinet.

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