Ouragan Irma : "Il faut reconstruire au plus vite, de façon à ne pas perdre la saison touristique 2017-2018"

Pour l'économiste Olivier Sudrie, les habitants de Saint-Martin et Saint-Barthélemy vont subir un "deuxième choc" après le passage l'ouragan Irma avec l'impact de la catastrophe naturelle sur la saison touristique qui va ouvrir en décembre. 

Après le passage de l'ouragan Irma, qui a dévasté Saint-Martin et Saint-Barthélemy, l'économiste Olivier Sudrie a jugé, vendredi 8 septembre sur franceinfo, que les habitants des deux îles françaises n'en étaient pas à leur premier choc. En plus de la disparition de proches et la destruction des infrastructures, ils vont subir des conséquences sur l'industrie touristique. Cette dernière est très importante pour l'économie locale. 

franceinfo : Les deux îles ont été dévastées par l'ouragan Irma. Quelles vont être les conséquences sur le secteur touristique ?

Olivier Sudrie : Le tourisme occupe une place centrale dans ces deux économies. Vous imaginez bien que l'ouragan va porter un coup très sévère à l'ensemble de l'industrie touristique. C'est probablement plus grave pour Saint-Martin, car les deux îles n'ont pas du tout la même forme de tourisme. À Saint-Barthélemy, on est sur une île qui est très riche, avec des grandes propriétés, généralement assez luxueuses. Ses propriétaires sont assurés et très largement assurés. À Saint-Martin, on est dans une situation complètement différente. La population est beaucoup plus pauvre et pas toujours très bien assurée, voire pas du tout. Là, les dégâts seront à la charge souvent des ménages, avec des revenus qui sont très faibles.

Est-ce une double pour ces îles avec la perte des touristes au moment même où elles auraient besoin de leur argent pour entamer la reconstruction ?

Oui, c'est une très bonne expression. C'est la double peine. Il y a la peine immense liée aux destructions et aux disparitions de proches, mais il y a un deuxième choc qui se profile : celui de la saison touristique. Cette dernière va ouvrir au mois de décembre pour se terminer vers les vacances de printemps. Il y a une véritable course contre la montre qui va s'engager. Il faut reconstruire au plus vite, de façon à ne pas perdre la saison touristique 2017-2018. C'est un véritable défi tant les dégâts sont importants. Les fonds vont être mis à disposition, mais ça va prendre du temps. Il y a, ensuite, une autre contrainte bien réelle : pour reconstruire, il faut des hommes, il faut de la main d'œuvre. Actuellement, toute cette main d'œuvre disponible n'est pas employée dans le bâtiment ou dans les travaux publics. Il y a un réel problème de capacité de reconstruction de l'île, indépendamment des problèmes financiers.

Selon vous, il n'y a pas les ressources suffisantes sur place pour la reconstruction des deux îles ?

Les ressources vont arriver, notamment pour ceux qui sont assurés. La question est de savoir s'il y aura suffisamment de fonds. La 1ère estimation [des dégâts], hors infrastructures, comprise entre 200 et 300 millions d'euros est largement sous-estimée. Ce sera sans doute beaucoup plus. Je pense surtout aux populations qui ne disposent pas d'assurance. Le revenu par habitant à Saint-Martin est inférieur de moitié à celui de la métropole. Presque deux habitants sur trois sont allocataires de la CAF, qui distribue les aides aux ménages. Ces populations ont un niveau de revenu faible. Elles n'ont certainement pas anticipé qu'elles auraient leur maison à reconstruire et leur voiture à racheter. Si l'économie ne repart pas, et notamment le tourisme, ce sera vraiment la double peine pour elles.

(LIONEL CHAMOISEAU / AFP)