Complément d'enquête, France 2

VIDEO. Théorie de l'effondrement : qui sont les collapsologues, qui prédisent la fin du monde pour avant 2030 ?

"Complément d'enquête" a rencontré Pablo Servigne, l'auteur du best-seller "Comment tout peut s'effondrer" (2015). Ses mots résonnent avec l'air du temps, et ses arguments commencent à être pris au sérieux. Pourtant, la théorie de l'effondrement n'est pas si nouvelle... Qui sont les collapsologues, du latin "collapsus" (effondrement) ?

COMPLÉMENT D’ENQUÊTE / FRANCE 2

"L'effondrement, c'est pour notre génération. Je suis vraiment convaincu que vous, moi, nous allons le vivre." Ce trentenaire aux airs de prophète fait partie de ceux qui théorisent la fin de notre civilisation industrielle, et ce à (très) court terme : avant 2030.

C'est le plus connu des collapsologues (un terme qu'il a contribué à forger à partir du latin collapsus, "effondrement") français. L'idée centrale de leurs travaux, explique Pablo Servigne, c'est que ce "tableau hyper sombre (maladies, famines, extinction de l'espèce humaine...)" est désormais "possible". Il serait donc "sain" de "se préparer au pire".

Selon lui, il est déjà trop tard, trop de facteurs se combinent : "Des basculements sont à l'œuvre (effondrement de populations animales, sols très dégradés)", "des effets domino rendent les catastrophes possiblement plus graves, plus globales que ce que l'on pourrait croire, déstabilisant gravement nos sociétés, voire l'espèce humaine et la majorité des espèces sur terre". D'autant que l'on fait face à "des verrouillages dans notre société, des systèmes politiques et financiers [qui] ne veulent pas changer".

Des constats reconnus par les scientifiques

A ses conférences, les jeunes viennent nombreux. Au Salon du livre, les acheteurs se pressent pour se faire dédicacer Une autre fin du monde est possible, écrit avec Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle, qui a déjà passé la barre des 50 000 ventes. Avant ce dernier ouvrage, Pablo Servigne devait sa popularité à un best-seller qui a bouleversé la vie de milliers de Français : Comment tout peut s'effondrer, lui aussi écrit avec Raphaël Stevens et vendu à 70 000 exemplaires depuis 2015.

Mais au-delà du succès de librairie et du phénomène médiatique, les arguments de cet ingénieur agronome au bagage scientifique solide (il est titulaire d'un doctorat de biologie) commencent à être pris au sérieux... même si ses conclusions sont souvent jugées trop catastrophistes. Le climatologue Jean Jouzel, par exemple, partage ses inquiétudes, mais réfute, lui, l'idée d'un effondrement inévitable. Il s'appuie sur une étude récente, selon laquelle la fonte du permafrost (les sols gelés de Sibérie ou du Canada) pourrait avoir des conséquences moins graves que prévu.

La théorie de l'effondrement a déjà 50 ans

Cette théorie de l'effondrement n'est pas si nouvelle, rappelle "Complément d'enquête". En 1972, le rapport Meadows sonnait déjà l'alerte. Sous le titre "The Limits to Growth" ("Les limites à la croissance"), des chercheurs américains publiaient le résultat de simulations effectuées grâce aux premiers ordinateurs. L'impact de notre civilisation industrielle y était mesuré au moyen de six paramètres (population, ressources naturelles, pollution, nourriture...). Presque tous les scénarios concluaient à son effondrement inévitable bien avant la fin du XXIe siècle...

Ce rapport avait inspiré le premier candidat à l'élection présidentielle française sous l'étiquette écologiste. En 1974, René Dumont relayait ces messages d'alerte, mais la prise de conscience n'eut pas lieu : il n'obtint que 1,3% des voix. Aujourd'hui, c'est Pablo Servigne qui reprend le flambeau...

Extrait de "Fin du monde : et si c'était sérieux ?", un "Document de Complément" à voir le 20 juin 2019.

 Théorie de l\'effondrement : qui sont les collapsologues, qui annoncent la fin du monde pour 2030 ?
 Théorie de l'effondrement : qui sont les collapsologues, qui annoncent la fin du monde pour 2030 ? (COMPLÉMENT D'ENQUÊTE/FRANCE 2)