Rapport du Giec : "Cette évolution du système climatique ne cesse pas et est irréversible", détaille un climatologue

A l'image du groupe d'experts internationaux sur le climat, le climatologue Hervé Le Treut tire la sonnette d'alarme et incite à des actions massives, internationales et locales, pour diminuer les effets de la catastrophe qui vient.

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Les catastrophes climatiques, telles que les inondations meurtrières en Allemagne à la mi-juillet 2021, "seront plus critiques et plus développées", explique le climatologue Hervé Le Treut. (SEBASTIEN BOZON / AFP)

"On a dépassé le stade des alertes" affirme lundi 9 août sur franceinfo Hervé Le Treut, climatologue, professeur à la Sorbonne Université et membre de l’Académie des Sciences, alors que le rapport du Giec, paru le même jour, indique que les températures n'ont pas été aussi chaudes depuis 125 000 ans. 

franceinfo : Les conclusions du rapport du Giec sont alarmistes et souligne que les activités humaines sont responsables de l'accélération du réchauffement. Ce n'est pas une surprise ?

Hervé Le Treut : On est habitués depuis toujours à ce qu'il y ait des fluctuations du climatqu'on appelle naturelles. Mais aujourd'hui, on a quelque chose de nouveau et très rapide. On a dépassé le stade des alertes, le changement climatique est devenu plus marquant et aura des conséquences de plus en plus fortes sur nos sociétés. Cela fait de nombreuses années que l'on sait que le changement climatique est à l'œuvre, mais ses effets sont désormais visibles. Notre adversaire unique, ce sont les émissions de gaz à effet de serre qui empêchent la planète de se refroidir et ont des conséquences multiples. Elles se stockent dans l'atmosphère et sont cumulatives. Au fil du temps, l'effet ne peut que s'accélérer, et c'est ce qui se produit aujourd'hui. Cette évolution du système climatique ne cesse pas et est irréversible. On n'a pas seulement un problème de réchauffement, on a un problème qui est également lié à l'eau, on l'a vu avec les inondations récentes. On a dépassé très largement aujourd'hui l'étape de l'alerte pour entrer dans une étape d'actions concrètes : qu'est-ce qu'on fait, comment on le fait ? 

Aujourd'hui on ne peut plus se permettre seulement de regarder les choses qui évoluent. Il faut passer aux actes, que faut-il mettre en place selon vous ? 

Il faut surtout trouver les bonnes solutions face à un problème évolutif. On sait à peu près ce qu'il va se passer, parce qu'on est dans une forme de continuité par rapport à ce qui s'est produit depuis les premières alertes sur les problèmes climatiques. Les choix que l'on va faire seront difficiles et ne seront pas les mêmes selon les territoires. Il y a un travail nécessaire qui doit se faire à l'échelle internationale. Car les gaz à effet de serre se mélangent dans l'atmosphère. Au-dessus de nos têtes, on a des gaz à effet de serre qui viennent de Chine, des États-Unis. Et il y a un travail à faire à l'échelle de nos territoires, puisqu'ils vont être victimes de ces effets irréversibles comme le relèvement du niveau de la mer. Il faut se préparer et anticiper ce qui peut se passer sur nos territoires. Il faut agir à ce niveau de manière très forte et rapide, parce que les choses se développent de manière beaucoup plus rapide qu'on ne le pensait il y a quelques années. 

Le rapport du Giec indique que le réchauffement de la planète devrait atteindre plus 1,5°C par rapport à l'ère préindustrielle autour de 2030, dix ans plus tôt que les dernières estimations. À quoi ressemblera notre quotidien ?

Les situations qu'on a vues ces dernières années seront plus critiques et plus développées. Les évènements extrêmes frappent déjà toutes les parties du monde. On ne peut pas avoir une solution unique, mais des solutions qui vont s'adapter à la nature des différents territoires. Il faut s'y préparer à l'avance.

"Les gaz à effet de serre des dernières décennies vont créer le climat des prochaines décennies."

Hervé Le Treut, climatologue

à franceinfo

Il y a une réflexion adaptée à avoir sur les moyens de transport, sur l'agriculture, sur les zones vulnérables. Tout ça doit être pris en compte et être adapté selon les territoires. 

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