Les rennes victimes du "coup de chaud" dans l'Arctique

"Je vois bien qu'on perd plus de bêtes du fait du changement climatique", explique un propriétaire de troupeau. 

Des rennes se reposent par -36 °C, en Finlande, le 4 janvier 2017.
Des rennes se reposent par -36 °C, en Finlande, le 4 janvier 2017. (DIMITRIS KYRIAKOPOULOS / AFP)

Les températures hivernales pourraient grimper de 7 °C au cours du siècle en Laponie norvégienne. Une bonne nouvelle pour ces contrées glaciales ? En tout cas pas pour les rennes et les populations autochtones vivant de leur élevage.

Le vaste plateau montagneux du Finnmark, comté le plus septentrional de Norvège, connaît un – relatif – coup de chaud, qui bouleverse les habitudes multiséculaires des Samis (Lapons) et de leurs cheptels.

"On perd plus de bêtes du fait du changement climatique"

"Le réchauffement, on le ressent déjà ici", témoigne Per Gaup, un truculent sexagénaire rencontré dans la toundra. "Je vois bien qu'on perd plus de bêtes du fait du changement climatique." 

Ici, le climat continental avec ses hivers froids et secs est en train de céder la place à un climat côtier, synonyme de températures plus douces et de davantage de précipitations. Un tel glissement altère les conditions de pâturage des quelque 146 000 rennes semi-domestiques de la région, qui se nourrissent de lichen et de mousse sous la neige.

"Quand il y a plus de neige et que le sol devient dur, des animaux meurent parce qu'il y a moins à manger, surtout les plus petits qui sont en bas de la hiérarchie", explique Per Gaup, adossé au guidon de sa motoneige, un lasso orange en bandoulière.

"Ça devient de pire en pire"

Le chamboulement des saisons complique aussi les longues transhumances entre pâturages d'été sur la côte et pâturages d'hiver sur les hauteurs du Finnmark. A cause d'automnes plus longs, la glace, moins solide et plus imprévisible, peut céder lors du franchissement des cours d'eau, emportant bêtes et même, parfois, bergers.

"Ça devient de pire en pire", s'alarme un autre propriétaire de troupeau. "L'an dernier, j'ai perdu une douzaine de rennes qui sont passés à travers la glace. Ils sont morts, je n'ai pas réussi à les dégager", dit-il, dépité.

En novembre 2009, ce sont près de 300 animaux d'un même cheptel qui se sont noyés dans un fleuve de la Suède voisine, en tentant de franchir la glace, qui s'est brisée.