Climat : l'alternance entre "inondations majeures" et "sécheresse" va "devenir notre quotidien"

L'hydrologue Emma Haziza a réagi mercredi sur franceinfo alors que le département du Nord a été placé en alerte sécheresse.

Sécheresse à Solre-le-Château, dans le Nord, le 9 août 2018.
Sécheresse à Solre-le-Château, dans le Nord, le 9 août 2018. (BELLOUMI / MAXPPP)

"On alterne de plus en plus entre des états d’inondations majeures et de sécheresse, je pense que cela va devenir notre quotidien", a expliqué sur franceinfo mercredi 10 avril Emma Haziza, hydrologue, experte en adaptation face au changement climatique, alors que le département du Nord a été placé "en alerte sécheresse", avec des mesures de restrictions d’eau jusqu’à la fin du mois de juin.

"Pour arrêter de subir, il faut revoir en profondeur la manière dont on pratique notre usage des sols en France", a-t-elle ajouté.

franceinfo : Est-ce inhabituel de s’inquiéter de la sécheresse alors qu’on est au début du mois d’avril ?

Emma Haziza : C’était inhabituel il y a encore quelques années mais ça devient de plus en plus habituel puisque ces quatre dernières années, on voit la sécheresse qui s’accroît d’années en années, des périodes de sécheresse qui s’étendent dans le temps jusqu’à l’automne voire l’hiver. Les périodes qui servent à la recharge des nappes sont de plus en plus courtes et ce qui pose problème aujourd’hui, c’est qu’on a des territoires de plus en plus vulnérables, de par l’exploitation des sols, l’urbanisation. Et dès qu’on a une période avec des hausses de températures, comme en février dernier, finalement l’étape de recharge ne se fait plus. Quand on regarde ce qui s’est passé l’année dernière, on avait l’impression qu’on était dans une situation favorable pour aborder l’été. On était dans des niveaux plutôt hauts, par rapport à une moyenne habituelle. Et puis en l’espace de trois semaines, il a suffi qu’il y ait des débuts caniculaires, fin du printemps-début de l’été pour que la situation se transforme complètement et qu’on revive à nouveau un état de sécheresse extrême. On ne sait jamais à quoi s’attendre.

Cela veut dire que c’est de plus en plus compliqué d’année en année de ne pas être menacé de sécheresse ?

Quand on regarde la variabilité des températures en Europe, on voit vraiment qu’on a des extrêmes qui sont de plus en plus marqués et on alterne de plus en plus entre des états d’inondations majeures et de sécheresse, je pense que cela va devenir notre quotidien. Pour arrêter de subir, il faut revoir en profondeur la manière dont on pratique notre usage des sols en France, que ce soit dans les zones agricoles et dans d’autres zones. On a par exemple la réutilisation des eaux usées dans certaines villes, je pense que ce sont des méthodes qui vont devoir se développer dans les prochaines années. Il faut considérer que cela ne sera plus quelque chose d’inhabituel, mais au contraire, c’est un état de fait, il faudra vivre avec ces sécheresses. Il y a un impact très fort au niveau agricole, mais aussi au niveau du bâti et il va falloir aussi penser nos modes de construction. Il va falloir faire évoluer pour pouvoir s’adapter aux changements climatiques à venir.

Dans le département du Nord, des mesures de restrictions d’eau ont été prises. Faut-il en passer par là ?

Oui et non, parce que qui consomme le plus ? Ce n’est pas moi qui vais prendre un bain à la place d’une douche qui va avoir un impact très fort. Mais à ma petite échelle, je peux agir et si on le multiplie sur des quantités plus importantes, cela aura un impact. Après, on sait que 80% de ressources en eau sont utilisées sur le plan agricole et aussi chez les industriels. Les modes et les process devront être mis en place au niveau des plus grands consommateurs d’eau, et ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas faire évoluer les consciences. Les décisions doivent se prendre à plusieurs niveaux. Il doit y avoir des décisions gouvernementales très fortes, maintenant il faut aussi sensibiliser tout le monde.