En Argentine, le delta du Parana est en proie à des incendies sans précédent

Depuis le début de l'année, 11 000 départs de feu ont été signalés et 530 km2 de zone humide sont partis en fumée.

Un incendie dans le delta du Parana, le 1er août 2020 près de Rosario (Argentine).
Un incendie dans le delta du Parana, le 1er août 2020 près de Rosario (Argentine). (MARCELO MANERA / AFP)

Frappé par une terrible sécheresse, le delta du fleuve argentin Parana, un des plus puissants et riches en biodiversité du monde, est en proie à des incendies sans précédent depuis le début de l'année. Pendant les sept premiers mois de 2020, plus de 11 000 départs de feu ont été détectés dans cette région d'environ 14 000 km2 à cheval sur trois provinces du nord-est de l'Argentine : Entre Rios, Buenos Aires et Santa Fe. Le décompte a été mené par le musée des sciences naturelles Antonio-Scasso, situé à San Nicolas de los Arroyos.

A partir d'images satellite, l'association environnementale Naturalistas Santafesino a, elle, calculé que plus de 530 km2 de zone humide avaient été dévastés, soit l'équivalent de trois fois la superficie de Buenos Aires. La riche biodiversité de ce territoire, où 700 espèces de plantes et d'animaux ont été répertoriées, est durement mise à mal. Le fleuve et ses affluents constituent le troisième réseau hydrographique du monde, après ceux de l'Amazone et du Congo.

Les éleveurs bovins pointés du doigt

"Les incendies ont un effet immédiat et d'autres effets qui se découvrent à moyen et long terme : mortalité d'animaux, perte d'habitats naturels pour de nombreuses espèces, appauvrissement des sols, pollution de l'eau et de l'air et impact sur les émissions" de CO2, explique à l'AFP Graciela Klekailo, de l'Université nationale de Rosario (UNR), située dans la capitale de la province de Santa Fe.

Mais d'où viennent ces incendies ? Le ministre de l'Environnement, Juan Cabandié, a pointé du doigt les éleveurs bovins, les accusant d'allumer des feux pour "nettoyer" les pâturages et les régénérer. Le ministre, qui a survolé la zone à plusieurs reprises au cours des derniers mois, a déposé une plainte au pénal contre des éleveurs et des fermiers. Ces derniers rejettent catégoriquement ces accusations. Ils affirment que les incendies limitent également leurs activités, et dénoncent un "manque de contrôle et un laisser-aller" de la part des autorités dans la gestion de la zone. Pablo Cantador, membre de l'association Pas touche au Parana, explique à l'AFP que les incendies incontrôlés de cette année "sont le résultat de décennies d'abandon des zones humides".

Une importante pollution de l'air

Pour Jorge Postma, de l'Université nationale de Rosario, ce désastre est à mettre sur le compte de conditions climatiques exceptionnelles en 2020, avec une sécheresse et une baisse du niveau du fleuve Parana rarement constatée. "En ce moment, le niveau du fleuve Parana mesuré par l'hydromètre du port de Rosario est de 80 cm, contre 3 à 4 mètres normalement à cette période de l'année", explique-t-il.

En fonction des vents, plusieurs villes implantées sur les berges ouest du fleuve sont régulièrement envahies par d'épaisses fumées qui provoquent des problèmes respiratoires chez les habitants, alors que le contexte sanitaire est déjà rendu difficile par la pandémie de coronavirus. En juin, des chercheurs de l'UNR ont détecté que l'air dans la ville de Rosario contenait cinq fois plus de particules polluantes que les normes autorisées.