Canicule : brûlures, déshydratation... Quels risques les animaux courent-ils à cause de la chaleur ?

Les animaux eux aussi sont fragilisés par les températures intenses que connaît la France depuis plusieurs jours. Des mesures de précaution s'imposent.

Des chiens se rafraîchissent près d\'une fontaine publique lors d\'une canicule estivale inhabituellement précoce, le 24 juin 2019 à Rome (Italie).
Des chiens se rafraîchissent près d'une fontaine publique lors d'une canicule estivale inhabituellement précoce, le 24 juin 2019 à Rome (Italie). (TIZIANA FABI / AFP)

La canicule bat son plein sur l'Hexagone. Comme lors de l'épisode de fortes chaleurs fin juin, le transport routier d'animaux dans le cadre d'une activité économique est interdit en France entre 13 heures et 18 heures "durant les épisodes caniculaires", selon un arrêté du ministre de l'Agriculture publié mardi 23 juillet au Journal officiel.

Si les fortes chaleurs représentent un risque sanitaire pour l'homme, les animaux ne sont pas épargnés. Franceinfo fait le point sur les dangers qui les guettent. 

Les brûlures sur le bitume

Tous les animaux ne peuvent pas se terrer entre quatre murs toute la journée. Les chiens, par exemple, ont besoin de se dégourdir les pattes. Or par ces températures, le béton accumule de la chaleur qui ne s'évacue pas et les risques de blessure existent. "Il ne faut pas hésiter à les mouiller, surtout les pattes. Faire des promenades tôt le matin et tard le soir et surtout veiller à ce qu'ils aient de l'eau fraîche à disposition", explique Aurélia Klajer, vétérinaire à Paris, à l'AFP. #Canicule - ☀ Bannissez les promenades en pleine journée. La chaleur du bitume risquerait de blesser gravement les coussinets de votre #animal. Privilégiez donc les balades à la fraîche! https://t.co/b9nAmfu2Za

"Les animaux vont souffrir, on va recueillir beaucoup d'animaux déshydratés, comme les humains. Mais ce que nous craignons aussi, c'est une aggravation chez les animaux blessés et parasités. Leurs blessures vont s'accentuer, le manque d'eau va affaiblir les organismes", observe Jean-François Courreau, président de Faune Alfort, l'association liée au centre d'accueil de la faune sauvage de l'école vétérinaire de Maisons-Alfort (Val-de-Marne), sur franceinfo.

Le coup de chaleur fatal

Quand les hommes peuvent compter sur la transpiration pour réguler leur température, les chiens et les chats, eux, ne possèdent pas cette capacité car ils possèdent beaucoup moins de glandes sudoripares – les organes qui sécrètent la sueur – que nous. "Les chiens ne transpirent pas par la peau. Quand il fait très chaud, ils tirent la langue pour réguler leur température, qui peut monter jusqu'à 40 °C, ils peuvent aussi en mourir", alerte Aurélia Klajer. 

Il ne faut jamais laisser un chien dans une voiture. Un quart d'heure au soleil et il est mort.Aurélia Klajer, vétérinaireà l'AFP

"Les températures grimpent vite dans l'habitacle et quelques minutes peuvent avoir de graves conséquences. C'est considéré comme de la maltraitance et, à ce titre, c'est une infraction pénale", précise Hélène Gateau, vétérinaire, à Ouest-France

En ce qui concerne les poissons, la température de l'eau peut grimper très vite. Ainsi, les poissons rouges, qui sont des espèces tempérées, souffrent quand la température de l'eau excède 30 °C dans l'appartement. "Il faut ouvrir l'aquarium et éventuellement couper l'éclairage des néons, mettre un ventilateur à proximité", explique Emmanuel Meunier, vétérinaire aquacole, à l'AFP. "J'ai des clientes qui mettent aussi des glaçons dans l'eau !", dit-il précisant qu'"il faut éviter les trop fortes variations de température".

Pour les éleveurs, une période de canicule est toujours vécue avec stress car il faut veiller sur les cultures et le bétail. En 2003, "il y avait eu une très forte mortalité d’animaux", a indiqué lors d'un point-presse, mardi 25 juin, Christiane Lambert, la présidente de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles). "Pour les animaux qui sont en bâtiment de type volailles, il y a des risques de suffocation ou d'étouffement, donc des pertes plus importantes", a-t-elle assuré.

La déshydratation

L'eau est également un problème crucial et touche tous les animaux sans distinction. Le risque est grand notamment pour les jeunes animaux qui sont dépendants pour la nourriture. "Il y a encore beaucoup de hérissons dépendants de leur mère, or si celle-ci manque d'eau, il y a un risque de tarissement du lait, et donc de mort de ces jeunes", note Jean-François Courreau. Les oiseaux, qui ne transpirent pas non plus, ne sont pas épargnés et, pour certains d'entre eux, les "nids deviennent des fournaises en un ou deux jours et les jeunes, pour sauver leurs vies, sautent dans le vide", assure-t-il. Le président de Faune Alfort invite tout le monde à "mettre de l'eau à disposition des animaux"

Si chacun met une assiette ou un dessous de pot de fleurs sur son balcon avec de l'eau, ce sont des milliers de points d'eau temporaires qui vont émerger et autant d'animaux sauvés. Ces points d'eau temporaires sont cruciaux pour la faune sauvage.Jean-François Courreau, le président de Faune Alfortà franceinfo

Dans les zoos,"l'idée, c'est que (les animaux) puissent, tout au long de la journée, trouver des endroits où ils vont pouvoir compenser ces fortes chaleurs. En allant soit se mettre à l'ombre, donc on va aller mettre des enrichissements (éléments pour les stimuler, NDLR) dans ces endroits-là, soit dans l'eau, et on va leur jeter de la nourriture ou les inciter à aller dans l'eau", explique Benoît Quintard, vétérinaire et directeur adjoint du parc zoologique de Mulhouse (Haut-Rhin) à l'AFP. 

Le manque de nourriture

La hausse du mercure peut également avoir des conséquences sur le bétail, car elle a un impact sur les fourrages utilisés pour l'alimentation. Cela avait été le cas l'année dernière : la sécheresse avait entraîné un manque criant d'herbe.

"Il y a eu un déficit de récolte d'herbe au printemps et si la canicule tape fort avec des températures de plus de 40 °C, ça risque de tuer l'herbe qui pousse et cela obligera les agriculteurs à complémenter l'alimentation de leurs animaux aux champs et donc de déjà 'taper' dans le stock d'hiver, ce qui serait dramatique pour certains d'entre eux", s'inquiète Christiane Lambert.