Maisons de rêve, talons hauts et coups bas... Pourquoi la série "Selling Sunset" va vous faire aimer la téléréalité

La série diffusée sur Netflix connaît un véritable engouement depuis la mise en ligne de sa troisième saison début août.

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France Télévisions
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Les principaux protagonistes de la série de téléréalité "Selling Sunset", diffusée sur Netflix. (NETFLIX)

"Aidez-moi ! La seule chose dont j'ai envie en ce moment, c'est de voir la saison 4 de Selling Sunset." Comme beaucoup, Matt Miller a récemment succombé à ce programme de téléréalité dont la troisième saison a été mise en ligne sur Netflix le 7 août dernier. Ce journaliste du magazine américain Esquire a même confessé avoir regardé les 12 heures de programme pour l'instant disponibles en moins d'une semaine. Et il n'est pas le seul. Près de 75 000 messages accompagnés du hashtag #SellingSunset ont été publiés sur Twitter depuis cette date, signe d'un emballement.


Diffusée depuis le printemps 2019, Selling Sunset nous ouvre les portes de The Oppenheim Group, une agence immobilière huppée de West Hollywood spécialisée dans les biens d'exception. Un concept ultra simple et pas vraiment nouveau, que l'on pourrait au premier abord prendre pour un croisement entre Recherche appartement ou maison et The Real Housewives. En beaucoup plus réussi. "Chef d'œuvre algorithmique de la grandeur de la téléréalité", selon Matt Miller, Selling Sunset est probablement ce que le genre a produit de mieux depuis sa popularisation à l'aube du XXIe siècle, notamment avec l'émission néerlandaise Big Brother. Franceinfo vous explique les raisons de ce succès.

Des agentes immobilières détonantes

Si vous éprouvez un plaisir coupable à regarder Recherche appartement ou maison, l'émission diffusée sur M6 où des agents immobiliers aident des particuliers à trouver un bien, vous allez adorer Selling Sunset. Et il est fort probable que si vous n'aimez pas ce programme, vous deveniez tout de même accro. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'être mandataire à West Hollywood est à des années lumières du quotidien d'un Stéphane Plaza. Spécialisé dans l'immobilier de luxe, The Oppenheim Group opère sur le secteur très particulier des collines de Hollywood et de Sunset Strip, la partie animée de Sunset Boulevard (qui donne son nom à la série et où se trouve l'agence) à Los Angeles (Californie).

Une réunion de travail à l'agence immobilière The Oppenheim Group sur Sunset Boulevard à Los Angeles (Califormie). (NETFLIX)

Dirigé par les jumeaux Brett et Jason Oppenheim, le groupe de courtage se vante sur son site de vendre pour environ 250 millions de dollars de biens par an. Pour parvenir à ces résultats, ils comptent sur un groupe de vendeuses négociant des propriétés à plusieurs millions, avec à la clé une commission à six chiffres.

Au-delà des frais de marketing faramineux qu'induisent de telles ventes, tout est bon pour attirer l'attention sur ces maisons hors du commun : dépenser des dizaines de milliers de dollars en "home staging" (méthode consistant à revaloriser un bien en faisant quelques travaux ou en modernisant la décoration avant sa mise sur le marché pour le rendre plus attractif) en piochant dans des galeries d'art. Ou encore organiser des journées portes ouvertes sur le thème "Burgers & Botox", où, comme leur nom l'indique, les visiteurs peuvent déguster des hamburgers en se faisant faire des injections de botox.

Si cette vision du métier d'agent immobilier peut paraître totalement fantasque, elle n'en est pas moins exacte selon Christine Quinn, une des employées du groupe, qui qualifie le marché de "coupe-gorge et vicieux", dans une interview citée par le site Digital Spy (en anglais)

Des propriétés époustouflantes

La première porte d'entrée dans Selling Sunset est probablement la promesse de pénétrer dans ces demeures d'exception. Le premier épisode nous fait découvrir le chantier d'une maison de 1 800 m2 dominant Los Angeles, comprenant cinq chambres et neuf salles de bain (toutes les propriétés dans Selling Sunset possèdent au moins autant de salles de bain que de chambres), proposée à la vente pour 40 millions de dollars. Avec à la clé une commission d'1,2 million, la vente de cette maison fait office de fil rouge lors des trois premières saisons de la série.

Heather, Chrishell et Mary visitent le toit terrasse d'une maison de quatre étages et 1840 m2 qui surplombe Los Angeles. (NETFLIX)

Au cœur du dispositif dramaturgique, ces maisons sont le théâtre de tout ce qui se joue au sein de l'agence immobilière. Les tensions entre les membres émergent donc entre les piscines à débordement, les terrains de basket et même les greens de golf sur les terrasses.

Un casting en diamants

Difficile d'imaginer un casting plus adéquat. Il y a d'abord les jumeaux Jason et Brett qui règnent sur leurs vendeuses avec un mélange de toxicité, de mauvaise foi et de mépris à faire pâlir n'importe quelle DRH. Mais les intrigues reposent principalement sur ces agentes immobilières hors normes. Siliconées, botoxées, perchées sur des talons de 15 cm, Christine, Mary, Heather, Maya, Davina, rejointes en début de saison par Chrishell, puis en saison 3 par Amanza, sont les véritables héroïnes de cette téléréalité où l'apparence compte plus que tout. Qu'elles se retrouvent toutes ensemble dans l'open space au style industriel de The Oppenheim Group, ou par petits groupes lors de visites ou de déjeuners, on peut toujours compter sur l'une d'entre-elles pour alimenter les tensions.

Preuve que le succès du programme est surtout à mettre au crédit de ces femmes à la langue bien pendue, Netflix vient de lancer fin août Million Dollar Beach House, une version masculine de Selling Sunset dans les Hamptons (New-York). Mais les jeunes loups de la côte est n'arrivent pas la cheville de leurs homologues californiennes qui nous régalent à coups de répliques ultra drôles (parfois à leur insu).

La reine Christine Quinn

La star du show, c'est elle. Christine Quinn, une "Barbie gothique" qui règne sur l'agence et fait trembler ses collègues. Toujours partante pour lancer une polémique ou pour souffler sur les braises, Christine et son mètre d'extensions blond platine est celle "qu'on appelle pour vendre les maisons les plus chères". Accro à la haute couture, toujours revêtue de tenues improbables, Christine Quinn est immédiatement devenue la star absolue de Selling Sunset, parfaite en Némésis siliconée.

Mi-femme fatale, mi-enfant gâtée, elle nous régale de ses lubies, comme lorsqu'elle impose de faire venir un zèbre pour déambuler parmi les invités lors de ses fiançailles avec un millionnaire. Sans parler de ses punchlines mythiques. "I'm not fake, sorry. My tits are fake, but I'm not fake" ("Je ne suis pas fausse. Mes seins oui, mais pas moi"), ou encore son briefing à sa wedding planneuse, devenu culte : "No bitches, no buffet, no speeches" ("Pas de pétasses, pas de buffet, pas de discours").

Un lifestyle délirant

Autre élément de fascination : la vie décadente des très riches dans ces quartiers de Los Angeles où sont tournées la quasitotalité des séquences. Un quotidien très éloigné de nos réalités, où la chirurgie esthétique est un non-sujet, où l'on boit des Martini espresso ou des shots de la taille d'un verre à Martini, où l'on roule en Rolls Royce et où on achète en cash des maisons à plusieurs millions de dollars après avoir échangé trois SMS. Bref, un monde outrancier qui fait de Selling Sunset une téléréalité plus exotique qu'une émission japonaise comme Terrace House.

Une dramaturgie maîtrisée et amplifiée

"Les émissions de téléréalité qui marchent sont celles qui suivent un schéma tout simple : elles énervent les spectateurs", résume le site Archyde.com (en anglais). Et Selling Sunset ne déroge pas à cette règle. La vacuité des conversations ou des motifs de disputes risque en effet de vous exaspérer. Si les protagonistes ont tendance à s'offusquer pour un rien, on sent bien également que les scénaristes sont là pour veiller à ce que les questions qui jettent de l'huile sur le feu soient systématiquement posées.

Ainsi, une simple dispute peut revenir durant deux ou trois épisodes et s'amplifier mécaniquement. On attend alors fébrilement à chaque épisode le moment où ce sujet délicat va être à nouveau mis sur le tapis. Il aura ainsi fallu près d'un an (dans la vraie vie) pour que Chrishell et Christine réussissent à apaiser leurs relations. 

Une série qui s'auto-alimente

Si la plupart des protagonistes étaient inconnues au lancement de la série en mars 2019 – à l'exception de Chrishell Hartley, ex-actrice des Feux de l'amour et épouse du comédien Justin Hartley de la série à succès This is us –, elles sont désormais de vraies stars. Christine Quinn compte aujourd'hui 1,2 million d'abonnés sur son compte Instagram et cette nouvelle célébrité influe et auto-alimente le show.

Dans la troisième saison, Christine se moque d'Heather en l'accusant de rencarder des paparazzis afin d'augmenter sa couverture médiatique. La rivalité ne se fait plus seulement au niveau des commissions perçues grâce à leurs ventes de maisons, mais également à travers leur médiatisation. Une célébrité qui pourrait bien avoir d'autres répercussions. Car, plus l'émission est connue, plus The Oppenheim Group l'est aussi, et certaines employées montrent déjà des envies d'indépendance pour s'affranchir de leurs employeurs et du groupe et monter leur propre business. Vrai désir d'indépendance ou coup scénaristique ? Il faudra attendre la saison 4 (tournée en début d'année aux Etats-Unis) pour le savoir.

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