Contrefaçons : "Internet est devenu le deuxième canal de distribution du faux dans le monde"

Le gouvernement lance ce lundi la campagne annuelle anti-contrefaçon, "un fléau" pour l'économie, selon l'Union des fabricants, "dramatique en matière de santé, de sécurité des consommateurs".

\"Il devrait presque y avoir un douanier derrière chaque petit colis postal\", estime Delphine Sarfati-Sobreira, la directrice générale de l\'Union des fabricants (Unifab) (photo d\'illustration, 20 mars 2018).
"Il devrait presque y avoir un douanier derrière chaque petit colis postal", estime Delphine Sarfati-Sobreira, la directrice générale de l'Union des fabricants (Unifab) (photo d'illustration, 20 mars 2018). (YVES SALVAT / MAXPPP)

"C'est un fléau dramatique pour l'économie", déplore lundi 15 juillet Delphine Sarfati-Sobreira, la directrice générale de l'Union des fabricants (Unifab) sur franceinfo, alors que le gouvernement lance ce jour la campagne annuelle anti-contrefaçon. Chaque année, la vente de produits contrefaits ferait perdre près de sept milliards d'euros à l'économie française. "Il y a de plus en plus de contrefaçons à cause d'Internet. Tous les secteurs d'activité sont désormais touchés", s'est attristée la directrice de l'Unifab. "Il devrait presque y avoir un douanier derrière chaque petit colis postal", a-t-elle terminé.

franceinfo : Est-ce que l'on mesure les conséquences de la contrefaçon en France ?

Delphine Sarfati-Sobreira : Oui, c'est d'abord 35 000 emplois perdus en France. C'est aussi 6,7 milliards d'euros de ventes directes qui sont perdues chaque année, et à cela s'ajoutent pratiquement autant de ventes indirectes. Malheureusement, c'est un fléau dramatique pour l'économie. C'est surtout dramatique en matière de santé, de sécurité des consommateurs car il ne faut pas oublier que les contrefaçons ne respectent aucune norme et certainement pas les normes environnementales. Aujourd'hui, il y a de plus en plus de produits contrefaits en circulation. Ces contrefaçons touchent tous les produits, de la pièce détachée automobile, aéronautique, au dentifrice, au déodorant, en passant par les parfums cosmétiques, les jouets : tous les secteurs d'activité sont désormais touchés.

Est-ce-que la contrefaçon évolue avec le temps ?

On a affaire à des réseaux, qui sont des réseaux organisés, criminels, extrêmement vigilants. Malheureusement, ces réseaux financent les activités les plus graves jusqu'au terrorisme. Ce qu'on ne voyait pas il y a quelques années et que l'on voit aujourd'hui, c'est clairement les arnaques des consommateurs sur internet. Vous pensez acheter un vrai produit, un produit authentique, avec une photo de produit authentique, avec un prix qui est apparenté au prix du vrai produit, et vous vous retrouvez dans le meilleur des cas avec une livraison qui est une contrefaçon, et dans le pire des cas vous ne recevez rien et on vous vole vos données personnelles.

On parle des consommateurs, mais est-ce-que les commerçants se font aussi avoir ?

Malheureusement oui. Certains commerçants se font encore avoir mais c'est de plus en plus rare. Maintenant, la contrefaçon se trouve sur les marchés, dans des foires, et beaucoup sur internet. Internet est devenu le deuxième canal de distribution du faux dans le monde. C'est pour ça d'ailleurs qu'on a travaillé en partenariat avec des acteurs du numérique, comme Google, Facebook, Instagram.

D'où viennent les contrefaçons ?

Les contrefaçons viennent essentiellement de Chine, mais ce qui a réellement changé par rapport à il y a quelques années, c'est qu'auparavant un douanier saisissait un gros conteneur avec plusieurs milliers de produits. Maintenant, il devrait presque y a voir un douanier derrière chaque petit colis postal. C'est impossible de stopper toutes les contrefaçons qui passent.