Assassinat de Samuel Paty : les réseaux sociaux ont "tendance à polariser et accélérer les polémiques", déplore un spécialiste du numérique

L'enseignant décapité Samuel Paty avait montré des dessins de Mahomet lors d'un cours d'éducation morale et civique, un fait à l'origine d'une campagne de haine sur les réseaux sociaux.

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Le logo du réseau social Twitter sur le bâtiment de son siège social à New-York le 14 octobre 2020 (JOHN NACION / NURPHOTO / AFP)

Les réseaux sociaux ont "une tendance à polariser et à accélérer les polémiques", a déploré lundi 19 octobresur franceinfo, Tristan Mendès-France, maître de conférence associé à l'université de Paris, spécialiste des cultures numériques. Pour Tristan Mendès-France, quelles que soient les polémiques, avec ces plateformes, elles "vont augmenter en toxicité, en propos amers".

franceinfo : Qu'est ce que les réseaux sociaux ont changé à ces situations d'appels à une vengeance ou à un meurtre ?

Tristan Mendès-France : Les réseaux sociaux, malheureusement, ont une tendance à polariser et à accélérer les polémiques. Elles peuvent braquer les communautés d'utilisateurs, peut être même radicaliser des opinions d'entre-soi quand on consomme l'information essentiellement à travers ces plateformes. Il y a une accélération qui peut être induite par ce qu'on appelle les algorithmes. Un contenu qui était marginal peut tout d'un coup avoir une traction qui va bien au-delà de la réalité de l'audience qu'elle aurait pu avoir sans ces différentes plateformes. Il y a véritablement un phénomène d'accélération induit par ces plateformes sociales.

On pointe du doigt les réseaux sociaux, mais ce sont aussi les applications comme WhatsApp. Comment maîtriser ce phénomène ?

ll y a effectivement un effet d'écho avec ces différentes plateformes. Un seul individu peut partager physiquement un contenu qui va être recommandé à sa propre communauté. Et vu que, dans une communauté, sur un réseau social quelconque, les gens pensent plus ou moins la même chose, quand quelqu'un relaie quelque chose, c'est relayé par tous les membres de la communauté et ça acquiert une sorte de capacité virale qui peut aller au-delà de ce qu'aurait pu représenter cette vidéo. Dans toute polémique, il y a toujours des communautés qui se forment. Si ces communautés-là s'appuient sur les réseaux sociaux, il va y avoir une accentuation, un effet d'entraînement, une polarisation accentuée. Il n'y a qu'à voir aujourd'hui toutes les polémiques qui viennent se greffer autour de ce drame. Et les polémiques ne vont pas cesser et vont augmenter en toxicité, en propos amers, en communautés qui vont se "clasher" les unes avec les autres, quelles que soient les polémiques. Et là, je crains qu'on soit vraiment au cœur de l'ouragan.

Est-ce qu'il serait utile de légiférer ?

Il y a des faux sujets qui peuvent faire surface, comme la question de l'anonymat en ligne qui a été soulevée et qui n'est pas une bonne façon d'appréhender cette problématique. Il faut que la justice ait plus de moyens, notamment Pharos, qui permettent de dénoncer en ligne des contenus. C'est probablement l'un des vecteurs les plus importants. Au niveau des moyens, on est vraiment loin de ce qui serait nécessaire, parce qu'il y a une bascule de la circulation de l'information générale en France et dans le monde sur ces différentes plateformes. Je crois qu'il y a quelques dizaines, quelques centaines, peut être des milliers de fonctionnaires qui sont affectés à cela mais ce n'est vraiment pas suffisant pour pouvoir tout écumer et répondre à toutes ces alertes qui peuvent être envoyées par les citoyens lambda.

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