Influence "toxique" des réseaux sociaux : "Facebook peut fragiliser tout le monde", selon un psychanalyste

Le psychiatre et psychanalyste Serge Tisseron a estimé lundi sur franceinfo que l'impact de l'utilisation des réseaux sociaux dépend de la "fragilité" des personnes qui s'en servent.

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Radio France
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Une adolescente se connecte à Facebook, le 15 avril 2015 à Lorient dans le Morbihan (illustration). (FRANCOIS DESTOC / MAXPPP)

"C'est très compliqué pour soi-même d'apprécier les conséquences à moyen ou long terme" des réseaux sociaux, a jugé sur franceinfo lundi 18 octobre Serge Tisseron, psychiatre et psychanalyste. Alors qu'une lanceuse d’alerte, l'ingénieure Frances Haugen, a dénoncé l'indifférence de Facebook quant à l'influence toxique des réseaux sociaux du groupe sur les adolescents, le vice-président du groupe américain en charge de l’Europe du sud, Laurent Solly, a de son côté affirmé lundi que "ces accusations sont fausses". Il a mis en avant une étude qui montre selon lui "un impact positif" d'Instagram sur les jeunes filles. Serge Tisseron a alerté sur le fait que cette étude est réalisée sur 40 personnes, "ce qui n'est pas beaucoup".

D'après Serge Tisseron, qui est aussi membre de l’Académie des technologies et du Conseil national du numérique, "il y a un biais cognitif autour des réseaux sociaux en général et de Facebook en particulier". Il a expliqué que l'on "perçoit un bénéfice à pouvoir communiquer plus, élargir son réseau et entretenir des amitiés". Effectivement, des résultats d'étude peuvent montrer "que les gens qui l'utilisent sont contents, comme on peut être content de fumer ou boire un verre d'alcool. Mais cela ne veut pas dire que, sur le moyen terme, ce soit toujours très bon de recommencer".

L'âge de l'utilisateur, pas une protection

Serge Tisseron veut raisonner à l'égard des réseaux sociaux "en termes de fragilité" plutôt qu'en regard de l'âge des utilisateurs. "Il y a des adolescents qui sont capables de moins se laisser piéger que certains adultes. Il faut se méfier de pointer du doigt les jeunes comme une catégorie fragile" car la conséquence est "de rassurer beaucoup d'adultes qui se disent qu'ils ne sont pas jeunes donc pas fragiles". Il a alerté sur le fait que "Facebook peut fragiliser tout le monde". Si les enfants et les adolescents "sont plus émotionnels et s'engagent beaucoup plus dans des échanges", les adultes ne sont pas pour autant "à l'écart".

Il faut donc "éduquer" les enfants et les adolescents "à la compréhension des logiques de Facebook", prône Serge Tisseron. "Mais Facebook peut mettre des œillères à tout le monde, faire tourner en rond tout le monde. On voit ce que Facebook nous montre, on ne voit pas ce que Facebook nous cache", ajoute le psychanalyste. "C'est ce qu'a dit la lanceuse d'alerte."

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