Les pétitions en ligne s’inscrivent plus que jamais dans l’espace public

Les pétitions en ligne ont désormais un vrai poids politique. Elles recueillent des centaines de milliers de signatures, parfois dépassent le million pour réclamer une réforme de la justice, l’organisation d’un référendum d’initiative citoyenne ou la démission d’un élu…

En 2016, la pétition contre la loi Travail récoltait 1,4 million de signatures.
En 2016, la pétition contre la loi Travail récoltait 1,4 million de signatures. (JOEL SAGET / AFP)

Plus d’1,7 million de signatures pour sauver le climat, 1,4 million contre le gaspillage alimentaire ou contre la loi Travail, et près d’1,2 million demandant la baisse du prix du carburant… Si on compte les signataires, on ne compte plus les pétitions en ligne.  

Il y a une véritable crise politique, une défiance à l’égard du politique et un besoin d’expression, un besoin d’être plus qu’écouté, entendu.Sarah Durieux, directrice France de change.orgà franceinfo

Sarah Durieux, la directrice France de change.org, l’un des sites leaders dans le domaine, explique qu’en six ans seulement, la plateforme a vu sa fréquentation grimper de 60 000 utilisateurs à 12 millions rien qu’en France. "On voit bien comment la plateforme est de plus en plus prise d’assaut par des citoyens qui viennent de partout en France, dans le monde également, qui ont vraiment de ce besoin d’expression. Finalement, c’est exceptionnel mais pas une surprise par rapport non seulement au contexte politique mais aussi par la force du média que l’on offre aujourd’hui à ces douze millions de citoyens", explique-t-elle.

Pour étendre leur impact, certains déboursent même quelques euros

Chaque jour, 1 000 pétitions sont publiées sur ce site américain. Certaines cartonnent, d’autres restent plus confidentielles comme celle qui réclame la publication en DVD d’un vieux concert de Mylène Farmer, 135 signataires. Rien à voir avec les 320 000 soutiens qui souhaitent, par exemple, l’interdiction des dispositifs anti-SDF. Ce qui explique de tels écarts, c’est l’intérêt du moment évidemment, mais aussi le fait de financer ou pas une pétition. "On va avoir des utilisateurs qui vont mettre quelques euros pour faire la promotion de leur pétition en ligne, 2, 3 euros pour la montrer à quelques centaines de personnes supplémentaires, et accroître ainsi l’impact de leur pétition." 

Quid des données personnelles ? 

Quand le succès est au rendez-vous, cela suscite les convoitises autour des données personnelles des signataires - nom, prénom, courriel, explique Benjamin Ball, du site de pétition français WeSignIt.

On a reçu une demande il y a quelques années d’une entreprise qui disait travailler avec toutes les plateformes de pétition, et qui nous proposait de travailler avec elle pour pouvoir faire de l’acquisition de données pour des grandes ONG ou d’autres lanceurs de pétition.Benjamin Ball, de WeSignItà franceinfo"

"Nous, on veut être très clairs par rapport aux gens. Quand ils signent la pétition, ils ne recevront rien d’autre que cette campagne-là", affirme Benjamin Ball, du site de pétition français WeSignIt. D’autres sont moins scrupuleux et n’hésitent pas à utiliser ses données et à cibler les internautes pour les inciter à signer d’autres pétitions.