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Un apéro géant "surveillé" se déroulera samedi soir au Mans, selon la préfecture de la Sarthe

Alors qu'un même événement a été endeuillé jeudi par le décès d'un jeune homme de 21 ans à Nantes, 200 policiers ont été mobilisés et 3 à 5.000 personnes sont attendues dès samedi soir dans le centre-ville.Les préfectures de Haute-Savoie et de Savoie ont interdit deux "apéros géants" ce week-end à Annecy et Chambéry, "craignant des débordements".
Article rédigé par France2.fr
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L'apéro Facebook de Rennes 25/03/10 (AFP Fred Tanneau)

Alors qu'un même événement a été endeuillé jeudi par le décès d'un jeune homme de 21 ans à Nantes, 200 policiers ont été mobilisés et 3 à 5.000 personnes sont attendues dès samedi soir dans le centre-ville.

Les préfectures de Haute-Savoie et de Savoie ont interdit deux "apéros géants" ce week-end à Annecy et Chambéry, "craignant des débordements".


Les appels à "trinquer" ont été lancé sur le réseau social Facebook, mais craignant des débordements, les préfectures de Savoie et de Haute-Savoie a ont pris des "arrêté d'interdiction de consommation, de port et de transport de boissons alcoolisées" sur la voie publique.

Par ailleurs, de son coté, le maire de Paris souhaite dissuader les organisateurs d'un prochain apéro Facebook prévu au Champ-de-Mars.

Au lendemain du décès jeudi à Nantes d'un homme de 21 ans tombé d'un pont après un apéro Facebook, Bertrand Delanoë a estimé que ces rassemblements présentent "des risques de grave dérapage". L'élu socialiste soutient l'initiative de la préfecture de police de Paris visant à dissuader l'apéro Facebook du 23 mai au soir au pied de la Tour Eiffel.

Le créateur du groupe Facebook qui avait lancé l'organisation de cet événement sous la Tour Eiffel l'a supprimé après que la préfecture de police l'a contacté sur le réseau social.

Mais un autre groupe, "Tous pour l'apéro géant à Paris", administré par une trentaine de personnes, rassemblait vendredi après-midi plus de 3.800 personnes.

"Je soutiens les initiatives prises par la préfecture de police, compétente dans la capitale pour gérer ce type d'événement, pour dissuader les organisateurs de cette initiative de la mener à son terme", écrit Bertrand Delanoë. "Ce serait en effet une erreur que d'assimiler un objectif de convivialité avec un concept dominé par le risque d'une évidente spirale alcoolisée", ajoute-t-il.

Position des pouvoirs publics
Le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux, qui doit organiser prochainement "une réunion de travail" sur ces rassemblements organisés depuis six mois dans des villes de province, n'a pas prôné l'interdiction.

Brice Hortefeux, qui voudrait encadrer et non interdire ces manifestations, a adressé aux préfets un "document d'appel à la prudence" à propos de ces "apéros géants", qualifiés de "festifs mais dangereux".

Son ministère qui a diffusé vendredi auprès des préfets un "document d'appel à la prudence", "rappelle, tout d'abord, que des règles doivent être respectées". Ainsi, "toutes les manifestations sur la voie publique sont soumises à l'obligation de déclaration préalable, auprès du préfet du département où est prévue la manifestation".

"L'interdiction totale" de ces apéros, "ça ne marche pas", a affirmé vendredi le ministre de la Jeunesse Marc-Philippe Daubresse. "Il faut mettre en place des mesures de prévention nouvelles", sans fermer les yeux "devant l'évolution de notre société", affirme le ministre qui pointe "un mal-être des jeunes, qui ont besoin de se retrouver en 'tribus', de faire la fête". Sa solution : "discuter avec les associations de maires et les associations de prévention", sans rejeter des "mesures d'ordre public".

Se prononçant aussi contre l'interdiction "systématique", la secrétaire d'Etat au Numérique Nathalie Kosciusko-Morizet prône "le même genre de politique" que celle adoptée vis-à-vis des 'rave parties' dans les années 90". "Les 'rave parties' n'ont pas été complètement interdites (mais) les organisateurs ont accepté de rentrer dans les cadres de réflexion qui étaient ceux des préfectures, d'entrer dans la logique des problèmes de sécurité", a rappelé la secrétaire d'Etat à l'Economie numérique.

Réactions politiques
Deux députés socialistes, Claude Bartolone et Jean-Christophe Cambadélis, ont estimé vendredi qu'il fallait réguler les "apéros géants" sans toutefois les interdire.

Pour le député et président du conseil général de Seine-Saint-Denis, Claude Bartolone, "c'est une manière pour les gens d'essayer de se fédérer, de trouver des moments de solidarité dans une période difficile, donc il faut être attentifs et puis trouver une règle du jeu acceptable par tous".

M. Bartolone a fait valoir que si, via le réseau social internet Facebook, "on est capables de faire venir du monde, il doit y avoir possibilité", par le même moyen, de donner des règles.

Le député PS de Paris Jean-Christophe Cambadélis a lui aussi estimé, sur i-TELE, qu'il fallait "non pas interdire mais encadrer ce genre de manifestations". "Boire un coup à 10.000, c'est pas tout à fait une réunion entre copains", a-t-il fait remarquer.

Nathalie Kosciusko-Morizet s'est prononcée elle aussi contre l'interdiction "systématique" des apéros géants, mais a lancé un appel à "la responsabilité des organisateurs". La secrétaire d'Etat au Numérique a prôné vendredi sur Europe 1 "le même genre de politique" que celle adoptée vis-à-vis des "rave parties" dans les années 90.

Réunion de travail au ministère de l'Intérieur la semaine prochaine
Le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux a fait savoir de son côté vendredi qu'il présiderait la semaine prochaine "une réunion de travail sur les apéros géants."

Cette réunion avec "les représentants des ministères, les préfets et les maires principalement concernés aura pour objet d'évaluer la mise en oeuvre des instructions déjà données aux préfets, de préciser les mesures permettant de faire face à ce type d'évènements spontanés, de limiter les risques qu'ils font encourir notamment aux mineurs qui s'y rendent, et de coordonner la réponse des différents acteurs locaux."

La victime de Nantes avait 2,40 grammes d'alcool dans le sang
L'apéro géant de Nantes, qui a réuni mercredi soir plus de 9.000 personnes, a été endeuillé par le décès d'un jeune homme de 21 ans, mort à la suite de traumatismes thoraciques et crâniens en chutant d'un pont. Il avait 2,40 grammes d'alcool dans le sang, a indiqué vendredi le procureur de Nantes, Xavier Ronsin, au cours d'une conférence de presse.

Ce rassemblement avait entraîné l'évacuation de 57 participants et 41 personnes ont été placées en gardes à vue, selon le dernier bilan.

Il n'y a cependant pas eu "de dégradations majeures en ville", note la préfecture. Au total 570 personnes avaient été mobilisées dont 370 policiers et gendarmes, une centaine de sapeurs-pompiers, une cinquantaine de secouristes et autant d'agents municipaux.

Le rassemblement s'est déroulé "en dehors du cadre légal organisant les manifestations publiques", selon la préfecture. La vente de boissons alcoolisées avait été interdite pour la soirée dans une large partie du centre ville.

Plus de 12.000 personnes s'étaient inscrites pour l'événement. Une manifestation de même nature à Nantes en novembre 2009 "avait donné lieu à des incidents (38 hospitalisations) mettant en danger la sécurité des personnes et à des dégradations pour lesquelles la Ville de Nantes a demandé réparation financière à l'organisateur", avait prévenu la semaine dernière la préfecture.

La vogue de ces réunions est apparue en novembre 2009 grâce au résau social Facebook. L'accident mortel du 12 mai est le premier du genre.

Voici quelques précédents "apéros géants":

- 2009 -
- 10 novembre: 3.000 personnes se réunissent à Nantes pour un "apéro géant" organisé via Facebook. Le rassemblement se solde par quelques cas de comas éthyliques.

- 2010 -
- 25 mars: 5.000 personnes, dont une majorité d'étudiants, se réunissent au centre de Rennes. L'objectif avoué de ce rassemblement étant de battre en nombre l'apéro de Nantes. Les derniers fêtards se sont dispersés sans heurt après 03h00 du matin sans qu'aucun incident majeur ne soit signalé. La mairie a fait état de douze comas éthyliques et d'une agression.

- 8 avril: A Caen, près de 1.800 personnes se rassemblent sur les pelouses du château, et ce malgré une interdiction préfectorale. Tout s'est également bien terminé.

- 9 avril: A Brest, un "apéro géant" réunit quelque 7.000 personnes, dont les dernières, quelques centaines, se sont dispersées tranquillement le lendemain matin vers 6h00. Cinq personnes sont hospitalisées, dont une pour coma éthylique. Douze personnes ont été interpellées.

- Les 16 avril et 7 mai, les préfets de l'Ariège et du Gard ont interdit des rassemblements de ce type organisés à Foix et à Nîmes, invoquant les "risques de troubles à l'ordre public".

- 12 mai: Environ 10.000 personnes se sont réunies à Montpellier à l'occasion d'un "apéro géant", en dépit de l'interdiction de la préfecture. La pluie est venue perturber la fête, obligeant nombre d'entre elles à rebrousser chemin. 23 personnes ont été traitées pour des chutes, des coupures ou des problèmes liés à l'alcool. Huit ont été hospitalisées.

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