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Rentrée des classes : comment se joue la répartition des élèves entre les enseignants

Les élèves retrouvent, mardi, le chemin de l'école. En coulisses, les établissement ont déjà (en partie) composé leurs classes. Voici comment.

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France Télévisions
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Des élèves de l'école Antonin-Laborde découvre leur classe, le jour de la rentrée, le 2 septembre 2014, à Lyon (Rhône). (MAXPPP)

Qui va se coltiner la terreur de l'école ? Qui va passer l'année avec le chouchou que tout le monde s'arrache ? A quelques jours de la rentrée scolaire, mardi 1er septembre, les enseignants ont une petite idée de ce qui les attend dans leur salle de classe. Les élèves – et les parents –, eux, croisent les doigts pour atterrir dans une classe qui leur plaira. Sauf que tout s'est joué il y a deux mois, lors de réunions de répartition que vous présente francetv info.

"Cela a occupé nos conversations pendant tout le mois de juin", se souvient François-Xavier, directeur d'une école élémentaire dans une cité des Yvelines. Chaque été, avant même la fin de l'année scolaire, les enseignants de primaire sont mobilisés lors de "réunions de structure", destinées à déterminer le nombre de classes dans l'école. L'enjeu est de taille : il s'agit de composer d'éventuelles classes à double niveau (CP-CE1, CM1-CM2...) et de savoir quel instit en héritera.

"Il ne faut pas se louper, car la réussite de l'année suivante en dépend, poursuit François-Xavier. Cette année, on aurait pu faire une classe simple de CM1 avec 25 élèves, mais, vu le profil des élèves, cela aurait été un calvaire pour l'enseignant. On a donc décidé de les 'casser' et de les répartir dans des doubles niveaux."

"Il ne faut pas se louper"

Une fois les classes formées, reste à les remplir. L'exercice est simple dans les écoles possédant une seule classe par niveau, mais plus délicat dans les autres. Alors chacun a sa recette. Dans certains établissements, les professeurs des écoles sont appelés à attribuer des lettres ou des codes de couleur à leurs élèves de l'année écoulée, selon différents critères (niveau scolaire, autonomie, comportement, etc.). D'autres divisent leur classe en deux ou trois groupes homogènes, destinés à aller dans deux ou trois classes.

Après ce travail préalable, vient souvent le temps de la répartition avec les collègues du niveau supérieur. Ainsi, les classes de CM1 sont formées par les instits de CE2 de l'année précédente et les instits de CM1 de l'année à venir. Le maître mot est l'équilibre, aussi bien sur le niveau des élèves, leur attitude en classe ou encore la parité garçons-filles. En maternelle, le critère de l'âge entre aussi en jeu. "Chez les petits, il y a une différence de maturité entre les enfants de début et de fin d'année", explique Corinne, enseignante à Selles-sur-Cher (Loir-et-Cher).

La composition des classes est scrutée de près par les parents, comme ici, le 3 septembre 2013, à Charenton-le-Pont (Val-de-Marne). (URMAN LIONEL/SIPA)

"C'est un exercice sans garantie de résultat, précise Béatrice, directrice d'une école maternelle des Hauts-de-Seine. Une année, j'ai fait l'erreur de mettre deux enfants polonais ensemble, pour qu'ils se sentent mieux à leur arrivée en France. Ils ont parlé polonais ensemble en classe et n'ont pas progressé autant que prévu en français."

Quid des demandes des parents, qui réclament tel maître pour leur aîné et tel camarade pour le petit dernier ? Le cas par cas prévaut. "Je réponds qu'on agira dans l'intérêt de l'enfant, explique Béatrice. Ce n'est pas un critère prioritaire, c'est même le dernier des critères." Il arrive que des demandes soient acceptées, lorsque deux enfants ont la même nounou, par exemple. "Par contre, quand c'est pour éviter un nouvel enseignant que les familles ne connaissent pas, j'explique qu'il faut bien confier des élèves au nouveau venu", assure Gérard, ancien directeur d'école à Bobigny (Seine-Saint-Denis).

Bonnes pommes et "classes poubelles"

Le succès de cet exercice estival repose en grande partie sur la bonne entente au sein de l'équipe éducative. "Quand un enseignant a eu un cas très lourd dans l'année, on essaye de lui éviter les cas compliqués qui arrivent, détaille Katia, en charge d'une classe de CP à Chilly-Mazarin (Essonne). Dans ces cas-là, comme partout, il y a toujours des gens plus sacrificiels que d'autres."

A l'inverse, plusieurs enseignants interrogés par francetv info confirment l'existence, par endroits, de la pratique des "classes poubelles". Des instits affectés le jour de la pré-rentrée héritent, comme par hasard, des classes les plus difficiles. Et tant pis pour le petit nouveau, qui n'a pas son mot à dire lors des réunions de répartition.

"Ces réunions peuvent être source de tensions, car chacun voudrait n'avoir que des élèves mignons, indique Marion, remplaçante dans plusieurs écoles des Yvelines. Mais c'est une question de bon sens, tout le monde doit prendre des cas difficiles, et chacun s'arrange avec les collègues en fonction des affinités avec les élèves." Certains établissements réservent même des classes plus faciles aux nouveaux enseignants, pour faciliter leur intégration.

"Transmettre sans stigmatiser l'enfant"

Le "mercato scolaire" se joue aussi lors des passages de la maternelle en élémentaire, puis au collège et, dans une moindre mesure, au lycée. Des "conseils de cycle" et des "commissions d'harmonisation" se réunissent à l'occasion des passages de la grande section au CP, et du CM2 à la 6e. "Les enseignants de CM2 vont au collège, où ils rencontrent les professeurs principaux et les conseillers principaux d'éducation, raconte Gérard. Ils présentent leurs élèves, le collège fait ses fiches et s'occupe ensuite de la répartition."

"Il faut réussir à transmettre sans stigmatiser l'enfant, car l'enjeu est toujours de remettre les compteurs à zéro en début d'année, détaille Béatrice, la directrice de maternelle. On est toujours très prudent."

Au fur et à mesure de la scolarité, les enjeux de la répartition des classes s'amenuisent. Et le processus s'industrialise. "Dans mon collège, le premier critère est celui des options, explique Ombeline, professeure de français dans les Yvelines. Ensuite, un logiciel classe les élèves en fonction de leurs résultats, pour former des groupes de niveau. Des élèves de chaque groupe sont placés dans les classes, et le logiciel calcule en fin de compte que les classes sont aussi hétérogènes les unes que les autres." Reste tout de même une part de travail manuel, notamment pour éviter les "cocktails explosifs" sur le plan du comportement.

Une fois ce travail terminé, place aux vacances, l'esprit léger, jusqu'à la pré-rentrée ? Pas toujours. "Avec les inscriptions enregistrées pendant l'été, nous avons dû nous réunir vendredi pour revoir toute la structure des classes", glisse Katia, en CP à Chilly-Mazarin. Dans d'autres écoles, notamment en maternelle, la répartition se poursuivra même après la rentrée. "On peut faire des changements de classe au bout de quelques jours", en fonction des pleurs des uns et des autres, précise Corinne, à Selles-sur-Cher. Le long mercato n'est pas encore tout à fait terminé.

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