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Réforme de La Poste: débat houleux au Sénat

Après un débat tendu, la majorité sénatoriale a rejeté mercredi une "motion référendaire" défendue par l'opposition
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Débat au Sénat sur le statut de la Poste (© France 2)
Après un débat tendu, la majorité sénatoriale a rejeté mercredi une "motion référendaire" défendue par l'oppositionAprès un débat tendu, la majorité sénatoriale a rejeté mercredi une "motion référendaire" défendue par l'opposition

La motion, visant à soumettre aux Français la réforme de La Poste examinée au Sénat, a été rejetée par 183 voix contre 153. L'UMP et l'Union Centriste ont voté contre la motion, la gauche PS, PCF, Verts et Radicaux de gauche pour. Les débats ont débuté lundi soir.

Mercredi, les échanges ont été animés entre la majorité et l'opposition.

Alors que la droite a accusé la gauche d'être à la remorque de l'extrême-gauche, les partis de gauche ont reproché à l'UMP et au gouvernement de ne pas vouloir entendre les Français.

Le texte visant à réformer La Poste comporte deux volets. L'un transpose la directive européenne sur l'ouverture totale à la concurrence du secteur postal en 2011. L'autre transforme la Poste, actuellement établissement public industriel et commercial, en société anonyme à capitaux public dès début 2010.

La gauche a engagé une véritable guérilla parlementaire contre le projet de loi réformant le statut de La Poste en faisant durer le débat entamé depuis lundi soir. Une quinzaine seulement d'amendements ont été jusqu'à présent examinés sur plus de 630 déposés.

Pour le gouvernement, il s'agit de "moderniser" et "d'adapter" La Poste à l'ouverture de la concurrence. Pour les syndicats et la gauche, c'est la porte ouverte à une future privatisation, après celle de GDF malgré les engagements du président de la République Nicolas Sarkozy.

"On va leur pourrir la semaine", proclame-t-on au groupe socialiste. "On sera nuit et jour dans les tribunes pour faire une lecture critique de chaque amendement", a averti le Comité national contre la privatisation de la Poste (CNPP). Ce comité, qui regroupe une soixantaine de partis, de syndicats et d'associations, est à l'origine de la "votation citoyenne" du 3 octobre: plus de 2 millions de Français dans 90 départements y ont pris part, 90 % se déclarant "opposés" à "toute privatisation". Le CNPP a annoncé qu'une "veille citoyenne" allait être organisée pendant la durée du débat.

L'examen de la réforme, que l'opposition avait fait retarder lundi après-midi en multipliant les prises de parole sur un texte précédent, a finalement débuté peu après 22h dans une ambiance agitée, l'opposition continuant à multiplier des rappels au règlement.

Pour sa part, le ministre de l'Industrie, Christian Estrosi, a assuré qu'il n'y aurait "pas un euro de capitaux privés à La Poste" en défendant le controversé projet de loi. "Ceux qui parlent de privatisation se trompent de combat ! Le capital de La Poste sera intégralement détenu par l'Etat et par des personnes de droit public", a lancé le ministre. "Ce projet de loi a pour objectif d'apporter à La Poste les moyens financiers de son développement -2,7 milliards d'euros-" pour répondre "à deux défis majeurs" que sont "l'ouverture à la concurrence au 1er janvier 2011" et "la montée en puissance d'internet", a poursuivi Christian Estrosi.

Florilège d'amabilités au Sénat...

La majorité accusant la gauche d'être à la remorque de l'extrême-gauche, l'opposition reprochant à la droite de ne pas écouter les Français, petit aperçu des échanges houleux entendus mercredi au Sénat, rapportés par l'AFP...

"Vous devriez être plus prudents parce qu'un facteur à vélo ira toujours plus vite qu'un PS en panne", a lancé le ministre de l'Industrie Christian Estrosi, faisant allusion au leader trotskyste Olivier Besancenot (NPA), postier à Neuilly. La motion référendaire défendue par la gauche est "un outil de plus pour pourrir le débat parlementaire ! (...) C'est une habitude sur les rangs de l'opposition (...) quand on n'a pas de projet, quand on n'a pas d'idée on propose un référendum", "La Poste mérite mieux que la fuite en avant qui est la vôtre."

"Est-ce que la droite n'est pas dépassée par la droite, est-ce que le gouvernement n'est pas dépassé par des sénateurs qui disent que la loi sur la Taxe professionnelle ne va pas, est-ce que le gouvernement n'est pas dépassé par les députés qui disent que l'emprunt ne va pas ?", a rétorqué Didier Guillaume (PS).

Le président du groupe UMP, Gérard Longuet, s'en est également pris à la gauche. "Ce que je vous propose ? c'est de libérer la gauche responsable de la surenchère trotskyste de SUD et d'une extrême gauche parfaitement irresponsable."

"J'avais perdu de vue Monsieur Longuet, j'en était resté à ses excès d'il y a quelques années, il n'a pas changé, chassez le naturel, il revient au galop", a ironisé Jean-Jacques Mirassou (PS).

David Assouline (PS) a reproché, de son côté, à la droite, de ne "cesser de vouloir draguer l'extrême-droite".

"Nos concitoyens ne comprendraient pas qu'ils puissent être exclus d'un processus de décision qui concerne aussi intrinsèquement leur vie quotidienne et leur avenir", a déclaré le président du groupe PS, Jean-Pierre Bel, réclamant par ailleurs "plus de considération" pour les parlementaires.

"Votre gouvernement vient de donner le signal que vous ne rechignez pas au débat public, au contraire", car "vous en organisez un, tambour battant, sur l'identité nationale", a critiqué Nicole Borvo Cohen-Seat pour le groupe communiste et du parti de gauche (CRC-SPG).

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