Réforme du lycée : la mairie de Nice inquiète pour l'enseignement du nissart

"La discipline n'est pas considérée au même niveau que les autres enseignements linguistiques", déplore notamment l'adjoint au patrimoine. Aucun lycée de l'académie n'envisage de faire une spécialité de la langue locale, qui reste une option.

La place Masséna de Nice (Alpes-Maritimes), en avril 2018.
La place Masséna de Nice (Alpes-Maritimes), en avril 2018. (CAVALIER MICHEL / HEMIS.FR / AFP)

La réforme du lycée menée par le gouvernement menace l'enseignement du nissart, l'occitan provençal parlé à Nice. C'est en tout cas l'analyse de la mairie de Nice (Alpes-Maritimes), qui s'inquiète plus largement pour les langues régionales et espère faire changer la donne. "La langue d'Oc demeure une option, mais pas un enseignement de spécialité proposé sur six heures par semaine", observe Jean-Luc Gag, adjoint au patrimoine à la mairie de Nice, lui-même homme de théâtre et enseignant. Aucun lycée de l'académie ne l'envisage comme spécialité, ni même en seconde langue vivante, selon la mairie.

"A moyen terme, une menace pèse sur la pérennité de l'enseignement du nissart car la discipline n'est pas considérée au même niveau que les autres enseignements linguistiques, et moins bien considérée que les autres langues vivantes." Par ailleurs, détaille Jean-Luc Gag, "on est toujours sur un coefficient 1 pour l'option niçois, alors que le grec et le latin sont sur un coefficient 3, nous demandons l'égalité de traitement". Le rectorat a précisé que des réunions sont prévues les prochains jours.

"Pas un repli sur soi mais une ouverture aux autres"

Dès le mois d'avril, le maire LR, Christian Estrosi, avait interpellé les autorités en dénonçant une incohérence de la réforme. Il rappelait qu'il avait ouvert en 2013 une "école bilingue nissart/français" au sein de l'école publique, avec un enseignement de toutes les matières, effectué pour moitié en français et en niçois. Il estime donc que "l'investissement des communes dans la diffusion des langues régionales dans le premier degré n'a de sens que s'il est poursuivi dans le secondaire" et qu'il faut donc maintenir l'ensemble de la filière jusqu'à l'université. 

Pour Jean-Luc Gag, l'apprentissage du nissart représente pourtant une passerelle vers d'autres langues latines : "Ce n'est pas un repli sur soi mais une ouverture aux autres, [et cela] sert la connaissance de son lieu de vie et de son patrimoine". Depuis 2018, une agrégation, le plus prestigieux des concours de l'enseignement, existe pour l'occitan-langue d'oc, tout comme pour le basque, le breton, le catalan, le créole ou le tahitien. Selon Jean-Luc Gag, 5 à 7% de la population locale parle ou comprend le nissart.