Présidentielle : à quoi sert Carla Bruni-Sarkozy ?

Depuis trente ans, les hommes politiques s'emploient à apparaître proches du peuple. Bien aidés par leurs épouses, qui contribuent à les humaniser.

Carla Bruni lors d\'un dîner à l\'Elysée, à Paris, le 26 janvier 2012. 
Carla Bruni lors d'un dîner à l'Elysée, à Paris, le 26 janvier 2012.  (JACQUES BRINON / AFP)

En deux jours, jeudi 16 et vendredi 17 février, Carla Bruni-Sarkozy a donné pas moins de trois interviews, à TV Mag, 20 Minutes, et Le Parisien. Un plan de communication qui vient accompagner à point nommé l'entrée en campagne de son candidat de mari. Qu'ils soient en fonction ou en campagne électorale, les politiques prennent le soin de polir l'image qu'ils renvoient de leur vie privée. FTVi énumère quels bénéfices ils peuvent en retirer.

• Occuper l'espace médiatique

La publication des trois interviews de Carla Bruni-Sarkozy ne doit évidemment rien au hasard. Elles viennent s'intercaler entre la déclaration de candidature de Nicolas Sarkozy, mercredi soir, son premier déplacement, jeudi à Annecy, et le grand meeting à venir, dimanche à Marseille. Pour Christian Delporte, spécialiste d'histoire politique et médiatique, Carla Bruni intervient régulièrement dans la presse, "toujours à des moments-clés, quand son mari est en difficulté dans l'opinion". Ce qui est le cas, puisque Nicolas Sarkozy accuse, à deux mois du premier tour, un important retard dans les sondages.

"Tous les journaux relaient les propos de la première dame, et pendant ce temps on ne parle pas du reste, observe quant à elle Armelle Le Bras-Chopard, professeure de science politique et auteure de Premières dames, second rôle (Seuil, 2009). Cela joue comme un écran de fumée qui détourne l'attention vers l'épouse, peut-être pour éviter des thèmes plus importants."

• Humaniser le candidat

"Une campagne, c'est dur et âpre, et les candidats sont perçus par l'opinion comme des machines froides et violentes", note Christian Delporte. Ce qui n'aide pas les électeurs à se reconnaître en eux. D'où la nécessité, pour les candidats, d'adoucir leur image. "Les épouses des candidates peuvent contribuer à jouer ce rôle d'antidote dans la stratégie de conquête du pouvoir, affirme Christian Delporte. Le but : faire passer l'homme politique pour "un homme comme les autres".

Même si la vie privée de Nicolas Sarkozy a été particulièrement médiatisée durant son quinquennat, la pratique n'est pas nouvelle. A chaque fois avec le même objectif d'humanisation. En 1969, au lendemain de l'élection de Georges Pompidou, son épouse Claude apparaissait déjà en maillot de bain à la une du magazine Ici Paris. Avec ce commentaire du journal : "Claude voudrait sauver leur intimité."

La une du magazine Ici Paris du 17 juin 1969.
La une du magazine Ici Paris du 17 juin 1969. (JOURNAUX-COLLECTIONS.COM)


Autre exemple : le 31 décembre 1975, Anne-Aymone Giscard d'Estaing est présente au côté de son époux, au coin du feu, lors de la présentation de ses voeux télévisés aux Français. Elle le seconde encore en mars 1981, lorsque Valéry Giscard d'Estaing se déclare candidat à un second mandat.

"Plus on avance dans le temps, plus les épouses jouent un rôle important, selon Christian Delporte. Avec Nicolas Sarkozy, un palier est franchi : Carla Bruni fait partie du storytelling. Cela correspond à une stratégie : créer une affection dont Nicolas Sarkozy a bien besoin en ce moment, puisqu'il n'a que quelques semaines pour redresser la barre."

"L'idée d'humanité est très importante, confirme Armelle Le Bras-Chopard. Grâce aux adjectifs qu'elle emploie, dans ses récentes interviews, en parlant de ses émissions préférées ("magnifique", "fabulueux", "sublime", "fascinant", "formidable"...), "Carla Bruni essaie de donner une image plus sympathique de son mari".

• Plaire à son électorat

En multipliant les compliments envers son mari tout en répétant qu'elle "ne (s)'y connaît pas" en politique, "Carla Bruni-Sarkozy se donne l'image d'une bonne mère, d'une bonne épouse qui accompagne son mari. Un modèle propre à séduire l'électorat conservateur", remarque Armelle Le Bras-Chopard. A l'inverse de Danielle Mitterrand, qui par son engagement associatif pouvait parfois bousculer François Mitterrand, et accessoirement plaire au peuple de gauche.

Face au couple Bruni-Sarkozy, qu'en est-il du couple Trierweiler-Hollande ? La journaliste de Paris Match, présente dans certains meetings de son compagnon, a également donné quelques interviews. Mais pour Armelle Le Bras-Chopard, Valérie Trierweiler, contrairement à Carla Bruni, "est une femme indépendante, qui aimerait garder son activité et une certaine autonomie." Ce qui risque tout de même de ne pas être évident si François Hollande accède au pouvoir.

Pour Christian Delporte, Hollande et Trierweiler doivent trouver un délicat équilibre : "La gauche a beaucoup critiqué l'épisode du Fouquet's et la période bling-bling de Nicolas Sarkozy. Pour le public de gauche, une trop forte présence médiatique de Valérie Trierweiler pourrait être contre-productif."