Deux think tanks estiment que le programme de Sarkozy est sous-financé

L'Institut de l'entreprise (proche du patronat) et l'Institut Montaigne (libéral) pointent des dépenses sous-estimées et des recettes moins importantes que prévues.

Nicolas Sarkozy lors de la présentation de son programme, le 5 avril 2012 à Paris.
Nicolas Sarkozy lors de la présentation de son programme, le 5 avril 2012 à Paris. (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

Le programme de Nicolas Sarkozy est-il financièrement crédible ? Deux instituts ont passé au crible les dépenses et recettes prévues dans le programme du candidat UMP. Leurs conclusions, publiées mardi 17 avril, font état de mesures insuffisamment financées ou d'économies surestimées. 

La cellule de chiffrage de l'Institut de l'entreprise évalue à 11,4 milliards d'euros le montant qu'il manquerait au président pour mener à bien son projet en cas de réélection. Le chiffrage des programmes de la présidentielle de ce think tank proche du patronat est généralement peu contesté.

De son côté, l'Institut Montaigne, en partenariat avec le quotidien économique Les Echos, indique que les recettes et les économies sur les dépenses seraient surestimées d'environ 20%, tandis que les promesses coûteraient "plus que prévu".

• Prison et petite enfance, des mesures plus coûteuses que prévues

- La cellule chiffrage de l'Institut de l'entreprise estime à 6,4 milliards, contre 4 milliards selon l'UMP, les dépenses supplémentaires annoncées pendant la campagne de Nicolas Sarkozy. En cause, principalement : les 24 000 places de prison, ainsi que les 200 000 places d'accueil pour la petite enfance.

- Dans ce domaine, l'Institut Montaigne a pris, "à titre d'exemple, la possibilité donnée aux parents de prendre un congé parental jusqu'aux 18 ans de l'enfant", écrit Les Echos, au lieu de ses 3 ans actuellement. Le coût de cette mesure, selon l'institut, s'éléverait à "500 millions en 2017", soit cinq fois l'estimation de l'UMP.

• Les économies sur les dépenses publiques seraient surestimées

- Pour l'Institut de l'entreprise, elles ne représenteraient que 37,1 milliards d'euros contre 40 estimés par l'UMP, soit un écart de 2,9 milliards. Celui-ci résulterait pour l'essentiel d'économies moindres qu'attendu dans les dépenses de personnel de l'Etat et des collectivités territoriales (le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite).

- L'Institut Montaigne estime pour sa part que le programme tel qu'il est présenté par le président candidat ne permettra pas d'atteindre l'objectif de réduction de 16 milliards des dépenses d'interventions et de fonctionnement de l'Etat. L'institut  table plutôt sur 11 milliards d'économies.  

Quant à la poursuite du non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux, élément phare du projet du candidat UMP, elle permettrait de réaliser une économie de 4 milliards d'euros à l'horizon 2017, au lieu des 7 milliards annoncés par Nicolas Sarkozy.

• Prélèvements fiscaux, des rendements gonflés

- Le solde des 11,4 milliards d'euros estimé par l'Institut de l'entreprise, soit 800 millions, résulterait d'estimations légèrement divergentes concernant les pertes fiscales annoncées pendant la campagne (pour 300 millions d'euros) et sur les prélèvements nouveaux (500 millions).

- Pour l'Institut Montaigne aussi, "le rendement des hausses d'impôts (...) serait surélevé d'environ un quart", écrivent Les Echos, qui citent notamment l'imposition des grands groupes mondiaux" ("qui pourraient encourager certaines entreprises à transférer leur siège hors de France"), la suppression de la prime pour l'emploi  ("l'UMP en attend 2,5 milliards alors qu'elle n'en rapporterait en réalité que 1,6") ou encore des baisses d'impôts prévues et non "comptabilisée" par l'UMP.