Petite histoire de l'insulte en politique

L'expression "sale mec" qu'aurait employée François Hollande au sujet de Nicolas Sarkozy secoue le monde politique. Les précédents ne manquent pourtant pas, de "gland de potence" au doigt d'honneur. 

Autocollant du Parti de gauche citant Nicolas Sarkozy.
Autocollant du Parti de gauche citant Nicolas Sarkozy. (BRUNO COUDERC / LA MONTAGNE / PHOTOPQR / MAXPPP)

Chez les politiques, la langue de bois se transforme parfois en langue de vipère. Avec quelques dérapages à la clé. Alors que l'UMP et le PS s'affrontent sur l'histoire du "sale mec", des paroles que François Hollande aurait prononcées à propos de Nicolas Sarkozy devant des journalistes, FTVi vous a concocté une compilation d'insultes de politiques, de gauche comme de droite.

• Quand Patrick Devedjian qualifie Anne-Marie Comparini de "salope"

Dans un reportage diffusé en 2007 sur TLM, une chaîne de télé lyonnaise, Patrick Devedjian oublie la caméra et dérape. Il qualifie l'ancienne députée centriste du Rhône Anne-Marie Comparini de "salope". Tout est filmé, il est donc impossible pour le secrétaire général de l'UMP d'alors de nier. Il présente par la suite ses excuses et dit "regretter" ces propos injurieux.



• Le doigt d'honneur d'Henri Emmanuelli

Autre style, mais là aussi, l'insulte est spontanée. Au cours d'une réponse du Premier ministre à l'Assemblée nationale, en juin, le député PS des Landes s'emporte et adresse un doigt d'honneur à François Fillon. Sollicité à l'issue de la séance, Henri Emmanuelli déclare : "Je vous laisse fantasmer, je ne sais pas de quoi vous me parlez." Un peu plus tard, l'ex-président de l'Assemblée nationale prend la parole dans l'hémicycle pour nier avoir fait un tel geste. "Si ça a été interprété comme ça, j'en suis désolé. Maintenant, si ça a pu choquer, j'en suis désolé." Le bureau de la chambre a par la suite décidé à l'unanimité de le sanctionner d'un "rappel à l'ordre".



• "Casse-toi, pauv' con !"

Depuis peu, les insultes proviennent même du plus haut sommet de l'Etat. Le 23 février 2008, moins d'un an après son élection, le président Nicolas Sarkozy se voit refuser une poignée de main par un visiteur du Salon de l'agriculture, qui lui lance : "Ah non, touche-moi pas, tu me salis." La réponse de Nicolas Sarkozy devient l'une des formules marquantes de son quinquennat : "Eh ben casse-toi alors, pauv' con !" Une page Wikipedia très détaillée est depuis consacrée à la phrase.

• D'autres exemples dans l'histoire

L'histoire de l'insulte en politique remonte au moins jusqu'à la Restauration. Chercheur à l'université de Bourgogne, Thomas Bouchet y a même consacré un ouvrage intitulé Noms d'oiseaux. L'insulte en politique de la restauration à nos jours (Stock, 2010). On y découvre une liste de gros mots prononcés dans les travées de l'Assemblée à la fin du XIXe siecle, parmi lesquels "lâche", "excrément", "pied", "Allemand", "gland de potence", "baron de mes deux", "Zola", "gâteux", "juif", "moule à claque", "olibrius", "fœtus", "déflaque", "Dreyfus".

L'ouvrage relate par ailleurs l'envolée de Victor Hugo en juillet 1851 à l'Assemblée contre le président Louis Napoléon Bonaparte. "Parce que nous avons eu Napoléon le Grand, il faut que nous ayons Napoléon le Petit", lance l'élu écrivain au sujet du futur empereur.