Suicide d'un essayiste d'extrême droite à Notre-Dame : que s'est-il passé ?

Dominique Venner s'est donné la mort dans l'enceinte de la cathédrale parisienne, qui a été évacuée. Un message d'explication de son geste a été dévoilé hier soir.

La police surveille la cathédrale Notre-Dame de Paris, après le suicide d\'un homme, le 21 mai 2013.
La police surveille la cathédrale Notre-Dame de Paris, après le suicide d'un homme, le 21 mai 2013. (MAXPPP)

Un homme s'est suicidé dans l'enceinte de Notre-Dame de Paris, mardi 21 mai. La cathédrale a été évacuée. Selon plusieurs sources policières contactées par francetv info, il s'agit de Dominique Venner, 78 ans, essayiste d'extrême droite. Six lettres cachetées, écrites de sa main, ont été retrouvées sur lui, a indiqué une de ces sources.

Comment s'est-il suicidé ?

Selon les tout premiers éléments de l'enquête, il s'est donné la mort devant l'autel peu après 16 heures, à l'aide d'un pistolet à un coup de fabrication belge. "L'homme est entré dans la cathédrale et s'est rendu devant l'autel. Il a ensuite pris une arme à feu à un coup et a tiré une balle dans sa bouche", a précisé à francetv info une des sources policières.

Quelles mesures ont été prises ?

La cathédrale a été évacuée sans incident. Sur place, le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, a déclaré que 1 500 personnes se trouvaient à l'intérieur au moment des faits. "C'est un drame sans précédent", a-t-il déclaré. Greg, un touriste américain venu de Phoenix, dans l'Arizona, a expliqué à l'AFP que la cathédrale était pleine au moment du suicide. Selon lui, il n'y a pas eu de mouvement de panique lors de l'évacuation de la cathédrale par les gardes en civil.

Toutes les messes ont été annulées jusqu'à 20 heures. Une "veillée pour la vie", avec les évêques d'Ile-de-France, qui était déjà prévue, s'est ensuite tenue normalement.

Qui est cet homme ?

Dominique Venner était un ancien membre de l'OAS, militant d'extrême droite, et très engagé contre le mariage pour tous. C'était un spécialiste des armes à feu, sur lesquelles il avait écrit une encyclopédie en onze volumes. "On ne le connaissait pas, ce n'était pas un fidèle de la cathédrale", a expliqué Patrick Jacquin. 

Dans une note sur son site personnel, mise en ligne mardi, avant son geste, Dominique Venner appelait également à aller plus loin que la manifestation du 26 mai contre l'ouverture du mariage aux couples de même sexe : "Il ne suffira pas d’organiser de gentilles manifestations de rue pour l’empêcher." Et il écrit ces lignes dans lesquelles pourraient se trouver des indices sur les raisons de son acte : "Il faudra certainement des gestes nouveaux, spectaculaires et symboliques pour ébranler les somnolences, secouer les consciences anesthésiées et réveiller la mémoire de nos origines." Il jugeait aussi que le vrai "péril" était que la France pourrait "tomber au pouvoir des islamistes" et dénonçait l'"immigration afro-maghrébine".

Quelles sont les raisons de son geste ?

Patrick Jacquin, recteur de la cathédrale, a précisé que Dominique Venner a posé une lettre sur l'autel, dans le chœur, à l'attention des enquêteurs, avant son suicide. Une lettre qui, selon une source policière, est dans l'esprit de son ultime note sur son blog, où l'essayiste avait vivement pointé du doigt le mariage pour tous.

"Il voulait qu'on parle de lui, c'est symbolique", confie à francetv info une source policière, qui voit dans son geste un écho à son billet de blog. "Je ne crois pas que l'on puisse lier son suicide à cette affaire de mariage, cela va bien au-delà", a toutefois déclaré son éditeur. Pierre-Guillaume de Roux a expliqué avoir eu l'auteur au téléphone lundi soir, pour évoquer son ouvrage à paraître en juin, Un samouraï d'Occident, le bréviaire des insoumis. Aux yeux de l'éditeur, ce suicide à Notre-Dame revêt "une puissance symbolique extrêmement forte qui le rapproche de Mishima", l'écrivain japonais qui s'était suicidé en 1970, un geste politique pour défendre le Japon traditionnel et l'empereur.

Mardi soir, un message posthume d'explication du geste de Dominique Venner a été lu sur Radio Courtoisie par Bernard Lugan, un universitaire ami de Dominique Venner. Un message dans la même veine que les écrits de son blog : "Je crois nécessaire de me sacrifier pour rompre la léthargie qui nous accable, déclare l'ancien activiste dans ce message. Je me donne la mort afin de réveiller les consciences assoupies. Je m'insurge contre la fatalité, contre les poisons de l'âme et les désirs individuels envahissants qui détruisent nos ancrages identitaires et notamment la famille, socle intime de notre civilisation multimillénaire. Alors que je défends l'identité de tous les peuples chez eux, je m'insurge aussi contre le crime visant au remplacement de nos populations", dit aussi le message, une allusion explicite à l'immigration.

Quelles sont les réactions ?

"Je n'ai jamais vu Dominique Venner - qui porte bien son nom - dans mes rangs. Mais je vais prier pour lui", a commenté Frigide Barjot, porte-parole de la Manif pour tous, contactée par francetv info. "C'est un monsieur qui n'allait pas bien et qui était dans une idéologie mortifère, un monsieur un peu dérangé", a-t-elle indiqué sur RTL.

De son côté, sur Twitter, Marine Le Pen, la présidente du Front national, a exprimé son "respect" à Dominique Venner.

Bruno Gollnisch, eurodéputé et conseiller régional FN, a salué "un intellectuel extrêmement brillant" et l'a également comparé au Japonais Mishima. "Son geste est un témoignage de désespoir", a-t-il déclaré sur BFMTV.