Nicolas Sarkozy, un président en (pré)-campagne

Des représentants de François Hollande se sont plaints, mercredi, des déplacements de Nicolas Sarkozy en province, estimant qu'elles relevaient d'une campagne électorale et non de sa fonction présidentielle. Retour sur ces voyages en province depuis début octobre.

Nicolas Sarkozy salue des badauds avant une table ronde avec des agriculteurs, mardi 29 novembre à Gimont (Gers).
Nicolas Sarkozy salue des badauds avant une table ronde avec des agriculteurs, mardi 29 novembre à Gimont (Gers). (FREDERIC LANCELOT / SIPA)

Nicolas Sarkozy se comporte-t-il en président ou en candidat à la présidentielle ? Pour le Parti socialiste, pas de doute : le chef de l'Etat est déjà en campagne et finance ses déplacements "aux frais de l'Etat". C'est ce dont se plaignent les représentants de François Hollande, dans une lettre adressée à la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques. "Depuis plusieurs semaines, le Président de la République multiplie les déplacements en province, dont le choix des thèmes et l'organisation indiquent qu'il est d'ores et déjà candidat à sa propre succession, et que ces déplacements réguliers relèvent d'actes de propagande", écrivent-ils.

Difficile de dire quels déplacements relèvent de son rôle de président, et lesquels visent plutôt à convaincre en vue d'une future candidature qui n'est qu'un secret de polichinelle. Au cours de son mandat, Nicolas Sarkozy s'est déplacé en province presque toutes les semaines. Mais depuis début octobre, il se plaît à glisser ça et là pendant ses visites des attaques envers la gauche, qui elle est déjà partie officiellement en campagne.

Dans la Creuse, le 11 octobre. C'est dans ce département rural que Nicolas Sarkozy a commencé à mettre le pied dans une campagne qui ne dit pas encore son nom, soulignait le journaliste du Monde Arnaud Leparmentier. Ce jour-là, dans un café, il évoque la TVA à 5,5 % dans la restauration, l'une de ses mesures les plus décriées à gauche : "Ne vous souvenez pas de qui vous l'avez obtenu, souvenez-vous de qui veut vous la retirer." L'allusion à la prochaine élection présidentielle est claire et déclenche quelques rires.

A Carcassonne, le 25 octobre. Le chef de l'Etat se rend dans l'Aude pour un déplacement consacré à la "modernisation du secteur public de la santé". Il y défend son bilan avant d'expliquer qu'il est "bien obligé de tenir compte des réalités" : "Je ne peux pas être la machine à dire oui à tout le monde. Si vous voulez quelqu'un pour dire oui, ça viendra, croyez-moi. Ils sont nombreux !" Une référence limpide à ses futurs adversaires à l'élection présidentielle.

A Strasbourg, le 7 novembre. Devant des étudiants alsaciens, Nicolas Sarkozy va décocher une attaque beaucoup plus ciblée contre François Hollande, visant à prouver que la proposition du socialiste très critiquée de créer 60 000 postes d'enseignants coûtera beaucoup plus cher que prévu.

A Bordeaux, le 14 novembre. Le chef de l'Etat prononce un discours très offensif contre les fraudes à la Sécurité sociale. Un des sujets qui cristallisent l'opposition entre la droite et la gauche, la seconde accusant la première de stigmatiser les malades. Réponse du berger à la bergère : "J'entends dire, ici où là, que le pacte de 1945 serait remis en cause, que les valeurs et les idéaux du CNR seraient foulés au pied, que nous serions en train de trahir l'héritage que nous ont laissé les pères de notre modèle social. Je veux dire que je n'accepte pas ces mensonges et que je n'accepte pas ces outrances. Je les refuse et je suis venu ici, à Bordeaux pour les réfuter, point par point."

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Au Tricastin, le 25 novembre. Pour la première fois, Nicolas Sarkozy ne s'est pas contenté d'une petite phrase, mais a choisi, en se rendant à la centrale nucléaire du Tricastin, de surfer sur la cacophonie découlant de l'accord PS-Verts. "On n'a pas le droit de rompre le consensus politique de 65 ans. On risque de détruire les emplois dans l'industrie française. C'est une folie", a-t-il dit d'un air grave devant des salariés.

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Quant à "ceux qui veulent remplacer le nucléaire par des énergies renouvelables" – comprendre les Verts et le PS –, Nicolas Sarkozy estime qu'ils "mentent aux Français".

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Dans le Gers, mardi. Dernière pique en date, cette fois devant des agriculteurs. Nicolas Sarkozy vilipende "les sectaires de tous bords". D'abord les écologistes : "Je sais bien qu'il y a un petit courant de pensée qui pense que l'être humain est un gêneur, et que la Terre serait tellement plus heureuse si l'homme de vivait pas, ne travaillait pas, ne mangeait pas, ne buvait pas, ne partait pas en vacances." Puis l'extrême droite : "Quand je dis les sectaires, vous voyez bien ce que je veux dire, mais y en a d'autres aussi : ceux qui veulent vous monter contre l'Europe."

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