A Mayotte, 29% de la population vit dans un logement sans eau courante

Entre 2007 et 2012, le nombre de logements sans eau courante a baissé de moitié, mais il est reparti à la hausse entre 2012 et 2017 avec l'augmentation des constructions illégales de bangas (cases) en tôle.

Des habitants remplissent des bidons à un point d\'eau potable à Tsararano (Mayotte), le 27 décembre 2017.
Des habitants remplissent des bidons à un point d'eau potable à Tsararano (Mayotte), le 27 décembre 2017. (ORNELLA LAMBERTI / AFP)

Près d'un tiers de la population de Mayotte (29%) vit dans un logement qui n'a pas accès à l'eau courante, selon une enquête de l'Insee sur l'évolution des conditions de logement sur l'île, publié jeudi 29 août et faisant suite au dernier recensement de 2017. "Cette proportion est deux fois plus importante qu'en Guyane et cela représente 81 000 habitants", a déclaré Jamel Mekkaoui, directeur de l'antenne de l'Insee du 101e département français.

Toutefois, la situation s'est considérablement améliorée. En 1997, 80% des logements n'avaient pas l'eau courante. Entre 2007 et 2012, le nombre de logements sans eau courante a baissé de moitié, mais il est reparti à la hausse entre 2012 et 2017 avec la hausse des constructions illégales de bangas (cases) en tôle. Ces constructions constituent aujourd'hui 38% du parc immobilier mahorais. Et elles sont habitées dans 65% des cas par des étrangers, principalement des Comoriens en situation illégale. Un peu plus de la moitié des bangas est dépourvue d'eau courante, contre seulement 12% des logements en dur.

Un "risque sanitaire" lié aux approvisionnements dans les cours d'eau

Sur les 18 300 ménages qui ne bénéficient pas d'eau courante dans leur logement, 7 900 ont malgré tout un robinet dans leur cour et 3 700 font appel à la solidarité des voisins, parents ou tiers. "Il y a 1 600 ménages qui s'approvisionnent dans une rivière ou dans un ruisseau. Cela représente une hausse de 37% entre 2012 et 2017 et c'est en lien avec la forte immigration récente", explique Jamel Mekkaoui.

"Les risques sanitaires associés à ce type d'approvisionnement (maladies hydriques, telles que la gastro-entérite ou la diarrhée) peuvent toucher 7 300 habitants, dont 1 450 enfants de moins de 5 ans, poursuit l'expert de l'Insee. Et dans le même temps, on observe une augmentation de 54% d'approvisionnement aux bornes-fontaines. Cela touche 3 000 ménages, dont 1 000 dans les communes de Mamoudzou, Koungou et Dembeni, là où il y a le plus de bangas en tôle."

Le confort sanitaire de base est peu répandu dans l'habitat mahorais. Dans 60% des cas, il manque au moins l'eau courante, les toilettes ou la douche à l'intérieur du logement. Ce taux monte à 95% pour les bangas en tôle, contre 37% pour l'habitat en dur. "Cela ne signifie pas qu'il n'y a pas d'eau du tout. Souvent, il y a des toilettes ou un robinet dans la cour, mais ils sont partagés avec plusieurs habitations", précise Jamel Mekkaoui.