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L’espionnage peut-il changer le monde ? (Partie 2)

Le renseignement est-il capable de changer l’histoire? Avec le dossier Farewell, en pleine Guerre froide, les spécialistes plaident pour le coup de pouce déterminant donné par les services à la fin du système soviétique. Mais qu’en est-il en France? Et sur le terrain de la concurrence économique, est-ce que la détention d'une information ou d'un document a pu changer les rapports de force?
Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
Publié Mis à jour
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​John Brennan, ici de dos, est le directeur de la CIA depuis le 8 mars 2013. Il était auparavant le conseiller de Barack Obama pour la sécurité intérieure et la lutte antiterroriste. (AFP PHOTO / JEWEL SAMAD)
Les auteurs de l'Histoire politique des services secrets français (éditions La découverte) sont plus que dubitatifs sur cette capacité présumée à redistribuer les cartes. Le livre de Roger Faligot, Jean Guisnel, et Rémi Kauffer est une somme qui explore l’activité de l’espionnage et du contre-espionnage, de la Seconde guerre mondiale à nos jours. On y apprend à peu près tout sur la naissance et les faits et gestes du SDEC, de la DGSE, de la DST. Un ouvrage indispensable pour comprendre la coulisse des turpitudes de notre pays et la marche du monde.

Or, pour l’un de ses rédacteurs, Roger Faligot, il serait abusif de prétendre que le renseignement peut changer le monde: «Je dirais plutôt que c’est un miroir de l’activité du monde. Il l’accompagne, il l’éclaire. Et c’est précisément ce qui a été fait, pendant la Guerre froide, à l’ouest ou à l’est. En fait, les services ont souvent empêché des guerres chaudes. La crise des missiles de Cuba en est un parfait exemple.» 

N’y a t il pas au moins un exemple d’influence directe sur l’histoire? Réponse de Roger Faligot: «Il y a cet épisode que nous a confié le colonel Paillol, un célèbre contre-espion français. En 1937, il avait proposé de faire abattre Adolf Hitler. Mais Edouard Daladier, à l’époque ministre de la Défense a refusé. C’est un épisode très troublant où l’on peut se demander ce qui serait arrivé par la suite, connaissant la structure très pyramidale du parti nazi.»

SIr John Bowring et Sidney Reilly. (Domaine public)

Nul doute, en revanche sur le terrain de la concurrence économique. Les effets concrets du renseignement sont tels qu’ils ont effectivement pu changer les rapports de force mondiaux. C’est en tout cas ce que pense Christian Harbulot, un spécialiste de ce qu’il appelle la guerre de l’information. Cet auteur d’un Manuel de l’intelligence économique (éditions PUF) plaide depuis longtemps la cause d’un véritable espionnage offensif sur le terrain de l’entreprise, au sens le plus large du terme.

Il aime à rappeler quelques précédents historiques: «De ce point de vue, Sidney Reilly est un cas d’école. Dans les années 1900, cet espion britannique, un as du déguisement, est parvenu à se procurer un titre d’exploitation du pétrole iranien de l’époque pour une très longue durée en se faisant passer pour un prêtre. Il y avait eu auparavant un certain John Bowring au 19e siècle, un homme exceptionnel qui parlait une centaine de langues. Il a cassé le protectionnisme français en utilisant l’opium dans une véritable guerre. En fait, tout au long de l’histoire, on aperçoit bien que tous ces coups d’éclat ont eu des effets majeurs. Mais plus l’action porte, plus elle est stratégique et plus on la dissimule, y compris dans les mémoires.»

Alors ce serait ainsi: l’importance des services de renseignement victime de la clandestinité de leur propre exercice. Pourtant, là aussi, le temps réel de notre modernité bouscule le statu quo. Il met parfois en pleine lumière ceux qui voudraient rester dans l’ombre au moment même où ils agissent peut-être sur l’histoire. N’a-t-on pas vu récemment des agents être pris en otage en Afrique, ou perdre la vie en opération?

Le terrorisme, les actions de guerre remettent à la une les questions posées autour des services secrets. S’il ne modifie par l’histoire, force est de constater que le renseignement en est toujours le partenaire puisqu’il est indissociable du politique, pour le meilleur et pour le pire.

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