"Les écologistes ont sous-estimé leurs différences avec le PS"

Jean-Vincent Placé, président des Verts au Sénat, se demande si les écologistes doivent rester au gouvernement. Feu de paille ou désaccord de fond ? Le décryptage de Daniel Boy, chercheur à Sciences Po.

Cécile Duflot et Jean-Vincent Placé, le 19 novembre 2011, à Paris.
Cécile Duflot et Jean-Vincent Placé, le 19 novembre 2011, à Paris. (FRED DUFOUR / AFP)

PS-VERTS - Jean-Vincent Placé, président du groupe Europe Ecologie-Les Verts (EELV) au Sénat, a jeté un pavé dans la mare vendredi 9 novembre en affirmant sur Radio Classique que le parti se "posait la question" de savoir ce qu’il faisait au gouvernement. De quoi provoquer un psychodrame politique, amplifié par les déclarations de François Hollande qui juge "possible" le départ des Verts de l'exécutif, tout en affirmant qu'il "ne le souhaite pas".

Pourtant, ce n’est pas la première fois que des voix s'élèvent au sein des Verts contre la politique du PS. Pour Daniel Boy, chercheur à Sciences Po et spécialiste de l’écologie politique, la déclaration du sénateur EELV reflète des scissions au sein du parti, qui menacent de le faire exploser.

Francetv info : La déclaration de Jean-Vincent Placé est-elle à prendre au sérieux ou est-il "le seul à s'interroger", comme le dit Manuel Valls ?

Daniel Boy : C'est loin d'être son premier coup d'éclat. Jean-Vincent Placé a personnellement fait le choix de revendiquer une image assez radicale. Mais il ne fait qu'exprimer une opinion personnelle. Il est seulement président du groupe Europe Ecologie-Les Verts au Sénat et n'a pas la légitimité pour parler au nom du parti.

Cependant, les écologistes sont de plus en plus en désaccord avec les dernières prises de position des socialistes. Le mouvement est assez en colère : le débat sur l'énergie n'avance pas, les deux partis ont des positions inconciliables sur le projet d'aéroport à Notre-Dames-des-Landes, les dernières propositions sur la compétitivité déplaisent à l'aile gauche des écologistes… L'option de la sortie du gouvernement n'est donc pas impossible.

Cette déclaration n’est-elle pas le reflet des débats internes qui animent les écologistes ?

Effectivement, si la question de la participation au gouvernement se posait vraiment, EELV devrait réunir un conseil fédéral pour trancher. Le problème, c'est qu'au sein du mouvement, il y a toujours eu une scission entre ceux qui acceptent la participation au pouvoir et ceux qui considèrent qu'il faut rester à l'extérieur. De même qu'il y a une branche plus environnementale et une autre plus à gauche au sein d'EELV. Cécile Duflot avait réussi à réunir tout le monde et à faire l'unanimité quand elle a pris la tête du parti. A présent, le débat est relancé et il y a un vrai risque de fracture. 

Quelles sont les conséquences des désaccords avec les écologistes pour le Parti socialiste ?

C'est un vrai problème. Avoir l'un de ses soutiens qui s'éloigne au bout de six mois, ça fait vraiment désordre. D'autant plus que les communistes font eux aussi entendre leur mécontentement. La différence, c'est qu'eux ont fait le choix clair de ne pas participer au gouvernement. Les écologistes, en revanche, avec l'accord qu'ils ont passé avec le PS s'attendaient à davantage de concessions de la part du parti. Ils ont sous-estimé leurs différences, notamment l'affaire de Notre-Dames-des-Landes, qui risque de faire beaucoup de mal à l'alliance PS-Verts.