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Les documents pouvant intéresser les juges seront "déclassifiés", a déclaré mardi le ministre de la Défense

"Les documents qui pourraient intéresser les juges d'instruction" dans l'affaire de l'attentat de Karachi seront "déclassifiés", après avis de la commission sur le secret défense, a précisé Alain Juppé mardi sur RTL.Bernard Accoyer a dit de son côté qu'il n'y aurait pas de nouvelle mission parlementaire sur Karachi comme le veulent les députés PS.
Article rédigé par France2.fr avec agences
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Alain Juppé, ministre de la Défense (17 novembre 2010) (AFP/LIONEL BONAVENTURE)

"Les documents qui pourraient intéresser les juges d'instruction" dans l'affaire de l'attentat de Karachi seront "déclassifiés", après avis de la commission sur le secret défense, a précisé Alain Juppé mardi sur RTL.

Bernard Accoyer a dit de son côté qu'il n'y aurait pas de nouvelle mission parlementaire sur Karachi comme le veulent les députés PS.

Interrogé sur RTL sur le refus du Premier ministre François Fillon d'autoriser une perquisition dans les locaux de la DGSE - qui dépend du ministère de la Défense - après avis de la commission consultative sur le secret de la défense nationale, Alain Juppé a estimé que l'avis de la commission "était très argumenté".

"Elle a expliqué que ce lieu devait être un lieu secret si nous voulons préserver la crédibilité de nos services de renseignement", a-t-il souligné. "En revanche, aussi bien le Président de la République, que le Premier ministre, que moi-même, avons dit que les documents qui pourraient intéresser les juges d'instruction seront évidemment, après avis de la même commission, déclassifiés", a poursuivi Alain Juppé. "La réponse s'applique à tous les juges d'instruction et à toutes les demandes."

Attentat Karachi : Juppé prêt à répondre à la justice
Prié sur RTL de dire s'il répondrait à une éventuelle convocation de la justice dans le dossier Karachi, Alain Juppé a assuré mardi matin: "Evidemment que oui", "comme tout citoyen", tout en précisant qu'il avait déjà expliqué publiquement qu'il n'avait pas été informé en détails de l'affaire des contrats d'armement avec le Pakistan en 1995.

Des familles de victimes de l'attentat de Karachi ont fait savoir lundi qu'elles comptaient demander l'audition comme témoin d'Alain Juppé. Celui-ci a assuré dès dimanche qu'il n'avait pas lui-même entendu parler de "rétrocommissions" quand il était Premier ministre, sur des contrats de ventes d'armes au Pakistan. Les familles n'ont pas été convaincues par les déclarations du nouveau ministre de la Défense.

Après avoir tour à tour mis en cause ces derniers jours le chef de l'Etat, Nicolas Sarkozy, son prédécesseur Jacques Chirac, et Dominique de Villepin, ces familles attendent d'Alain Juppé qu'il dise au juge Renaud Van Ruymbeke ce qu'il sait de l'interruption de commissions sur certains contrats d'armements décidée en 1995 par Jacques Chirac.

Accoyer: pas de nouvelle mission parlementaire sur Karachi
Le président UMP de l'Assemblée nationale Bernard Accoyer a annoncé mardi qu'il n'y aurait pas de nouvelle mission d'information parlementaire sur l'attentat de Karachi de 2002, comme le réclamaient les députés socialistes, en raison notamment de procédure judiciaire en cours. "J'ai fait savoir que cette mission ne pouvait pas être créée car la première mission vient de remettre ses conclusions", a déclaré, à l'issue de la conférence des présidents, Bernard Accoyer, qui a aussi fait valoir qu'il y avait des "poursuites judiciaires en cours".

La mission parlementaire avait achevé ses travaux en mai 2010. Bernard Accoyer a par ailleurs indiqué qu'il restait sur sa position de ne pas communiquer au juge Marc Trévidic les documents de la mission d'information, en arguant du principe de la séparation des pouvoirs.

Juppé confirme que Chirac a donné instruction de suspendre le versement de certaines commissions
Alain Juppé a bien confirmé qu'à son arrivée à Matignon en 1995, Jacques Chirac lui avait dit qu'il avait "donné instruction au ministre de la Défense (Charles Millon) de suspendre le versement de certaines commissions liées à des ventes d'armes", parce que tout ça n'était "pas clair". Cette instruction "a été appliquée, je n'en sais rien de plus", a-t-il précisé.

Quant à l'existence de faits de corruption ("rétrocommissions"), il a expliqué qu'il n'avait "aujourd'hui aucune preuve qui permette de le penser". Il a ajouté: "Les rétrocommissions pour moi ne sont jamais apparues."

Charles Millon a pourtant révélé lundi 15 novembre, devant le juge, que des vérifications menées par les services sur certains contrats à cette époque avaient fait naître "l'intime conviction" de l'existence de rétrocommissions.

"M. Juppé a la mémoire courte depuis qu'il est entré au gouvernement"
"M. Juppé a la mémoire courte depuis qu'il est entré au gouvernement, c'est pour cette raison que nous demandons son audition", a commenté Me Morice, avocat de familles de victimes de l'attentat de Karachi. "Son audition nous intéresse également car c'est lui qui, depuis Matignon en 1995, a autorisé les écoutes téléphoniques réalisées sur des membres du cabinet de François Léotard", ministre de la Défense du gouvernement Balladur quand ces contrats ont été signés. Charles Millon avait précisé lors de son audition que ces écoutes avaient été réalisées sur des membres du cabinet ayant reçu des menaces de mort et qu'elles n'avaient "rien" donné.

Mise au point d'un ex-cadre supérieur de l'armement
L'ex-cadre supérieur de l'armement Michel Mazens a estimé lundi dans Libération qu'il n'y a pas de lien entre l'arrêt des commissions et l'attentat de Karachi. Ce témoin-clé de l'affaire estime qu'il y a eu une "exagération" et une "surinterprétation" de ses propos au juge Van Ruymbeke.

"L'attentat (en 2002) s'est déroulé longtemps après cet épisode (l'arrêt des commissions en 1995, ndlr). A mon sens, il n'y a pas de lien entre les deux. Je n'ai jamais reçu la moindre information qui m'aurait permis de le penser", a déclaré Michel Mazens au cours de l'interview.

Lors de son audition jeudi par le juge, Michel Mazens a expliqué être allé voir un dirigeant de la branche commerciale de la DCN, Dominique Castellan, pour lui faire part de la décision d'arrêt des paiements. Mediapart racontait que, quand Michel Mazens avait averti Dominique Castellan que des commissions promises en marge d'un contrat de vente de sous-marins au Pakistan ne seraient pas versées, celui-ci avait fait part de risques encourus par le personnel de la DCN.

"Un soir je suis ainsi allé voir M. Castellan dans son bureau pour lui faire part de la directive de M. de Villepin", raconte dans Libération l'ancien PDG de la Sofresa. "Il a réagi en disant que pour lui c'était compliqué car c'était faire courir des risques au personnel", ajoute le responsable. "J'ai senti Dominique Castellan soucieux, mais pas au point de craindre un acte criminel, ça ne se situait pas sur ce plan-là", précise Michel Mazans au quotidien.

Selon Villepin, pas de "preuve formelle" de rétrocommissions, mais des soupçons
L'ancien Premier ministre Dominique de Villepin, alors secrétaire général de l'Elysée, a redit dimanche qu'il existait des "soupçons" sur d'éventuelles faits de corruption (les "rétrocommissions"), même s'il n'y avait pas, selon lui, de "preuve formelle". L'ancien chef de gouvernement de Jacques Chirac a en tout cas assuré sur TV5 qu'"à (sa) connaissance, il n'y a aucun lien" entre l'arrêt de certaines commissions et l'attentat qui a coûté la vie à quinze personnes dont onze salariés français de la Direction des Constructions navales (DCN) en 2002.

Il a demandé à être entendu, si possible cette semaine, par le juge Van Ruymbeke, chargé d'un des volets de cette affaire.

Raffarin "pas informé" de l'existence de rétrocommissions
Nommé à Matignon la veille de l'attentat, un troisième Premier ministre de Jacques Chirac, Jean-Pierre Raffarin, s'est de son côté dit "pas informé", dimanche, de l'existence de rétrocommissions. "Il n'y a aucune preuve des rétrocommissions et aucune preuve non plus que ces rétrocommissions auraient pu servir à un financement politique" de la campagne d'Edouard Balladur, a-t-il ajouté.

Dans l'opposition, plusieurs responsables socialistes ont saisi au bond dimanche la promesse faite la veille par le chef de l'Etat de "communiquer tous les documents" dans cette affaire et réclamé que le pouvoir lève les obstacles que rencontre l'enquête.

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