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Les députés PS ont exigé mardi une commission d'enquête parlementaire sur l'affaire Bettencourt

Ils veulent une enquête sur ses "aspects judiciaires et fiscaux". L'ex-garde des Sceaux Elisabeth Guigou a interpellé Michèle Alliot-Marie sur les "soupçons d'ingérence" du pouvoir.De son côté, intervenant devant les députés UMP, le premier ministre, François Fillon, a dénonce "une opération de déstabilisation".
Article rédigé par France2.fr avec AFP
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  (AFP - PATRICK KOVARIK)

Ils veulent une enquête sur ses "aspects judiciaires et fiscaux". L'ex-garde des Sceaux Elisabeth Guigou a interpellé Michèle Alliot-Marie sur les "soupçons d'ingérence" du pouvoir.

De son côté, intervenant devant les députés UMP, le premier ministre, François Fillon, a dénonce "une opération de déstabilisation".

"Il faut que chacun ait les nerfs solides. Ce qui est en cause, ce n'est pas Eric Woerth, c'est le gouvernement et sa majorité. Ce genre de mise en cause pourrait arriver à chacun d'entre vous", a déclaré le chef du gouvernement aux députés de sa majorité, selon des participants. "On sait qui utilise ces méthodes...", a lancé le Premier ministre avant d'ajouter : Eric Woerth "est trésorier (de l'UMP) depuis 2002 et la création de l'UMP par Alain Juppé". "Il est entré au gouvernement sans que (le cumul ministre/trésorier de l'UMP) ne gêne personne", a-t-il ajouté. M. Woerth, qui était député UMP en 2002 quand il est devenu trésorier du parti, n'a été nommé ministre qu'en 2004.

"Ce n'est pas un problème d'éthique", ce que l'on cherche en attaquant Eric Woerth, "c'est à torpiller la réforme des retraites", aurait déclaré de son côté le chef de l'Etat, Nicolas Sarkozy, cité par Le Canard.

Mardi soir, Ségolène Royal a affirmé que le "système Sarkozy" était "corrompu" démandant "une enquête impartiale, ce qui se fait dans n'importe quel autre démocratie" ( sur la polémique engendrée par ces propos).

Parmi les autres réactions socialistes, celle de François Hollande sur France 2: "Ce qui pose un problème depuis trois ans, c'est que la démocratie irréprochable dont avait parlé Nicolas Sarkozy, est devenue la démocratie du contre-exemple: 'Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais'". "C'est le régime du contre-exemple, de la confusion des genres", a-t-il dit, citant le fait que "le ministre du Budget puisse être aussi trésorier de l'UMP" et "la connivence avec les milieux d'argent".

Le débat à l'Assemblée
Lors des questions, mardi, au gouvernement à propos de l'annonce d'un contrôle fiscal de Mme Bettencourt, l'attaque sur l'affaire Bettancourt a été lancée par Olivier Dussopt (PS): "Pourquoi ce contrôle fiscal n'était-il pas envisageable par Eric Woerth ministre du Budget en janvier 2009 ?".

L'ancienne garde des Sceaux Elisabeth Guigou a ensuite pris la relève, en interpellant Michèle-Alliot-Marie, code pénal à l'appui, sur les "soupçons d'ingérence" du pouvoir suggérés par les enregistrements clandestins, publiés dans la presse, de conversations entre Liliane Bettencourt et son entourage. "Les dénégations ne suffisent pas. Pour lever le soupçon, il faut des preuves", a insisté la députée PS de Seine-Saint-Denis. "S'informer (...) cela ne veut pas dire, et en rien, s'immiscer dans une affaire", a répondu le ministre de la Justice. "Et encore moins donner des instructions".

Le porte-parole des députés PS, Bruno Le Roux, a été jusqu'à citer des noms : "les rôles de M. (Patrick) Ouart", ex-conseiller de Nicolas Sarkozy, "de M. Woerth, ministre du Budget et trésorier de l'UMP et mari de Florence Woerth, elle-même employée de M. (Patrice) de Maistre, gestionnaire de la fortune de Mme Bettencourt, nous interrogent", a-t-il lancé en demandant la création d'une commission d 'enquête.

Contrairement à la semaine précédente, ni François Fillon, ni Eric Woerth ne sont montés
au front, laissant le micro à François Baroin (Budget). "Tout est à livre ouvert, tout est dans la presse... S'il faut aller plus loin, la meilleure des modalités qui appartient à la sagesse de la représentation nationale sera accueillie avec bonheur avec responsabilité, par l'ensemble du gouvernement", a déclaré le ministre du Budget.

Seul Roland Muzeau (PCF) a demandé la démission d'Eric Woerth du gouvernement.

MAM: l'Etat a cherché à "s'informer" pas à "s'immiscer"
Répondant à l'Assemblée à la socialiste Elisabeth Guigou qui s'interrogeait sur une "prise illégale d'intérêt", la garde des Sceaux, Michèle Alliot-Marie a assuré que l'Etat a cherché à "s'informer" des développements de l'affaire Bettencourt, sans "s'immiscer" dans la procédure.

"Cette affaire peut effectivement remettre en cause l'avenir de l'une des plus grandes entreprises françaises et de milliers de personnes", a expliqué la ministre de la Justice lors des questions au gouvernement. "Est-il anormal, dans ces conditions que l'on s'informe au niveau de l'Etat de l'avenir de cette entreprise ?", a-t-elle poursuivi, en réponse à une question de l'ancienne garde des Sceaux socialiste. "S'informer (...) cela ne veut pas dire, et en rien, s'immiscer dans une affaire", a toutefois souligné Mme Alliot -Marie: "et encore moins donner des instructions".

La polémique gagne la droite
"On aurait tout intérêt à clarifier ce qui constitue un conflit d'intérêts", a déclaré mardi Christine Lagarde. La ministre de l'Economie a estimé mardi qu'il fallait "clarifier ce qui constitue un conflit d'intérêts" pour éviter des polémiques comme celle visant l'ex-ministre du Budget Eric Woerth dans l'affaire Liliane Bettencourt.

Dominique de Villepin, fondateur de République solidaire, a jugé mardi qu'il y avait "incompatibilité" entre la fonction de trésorier d'un parti et celle de ministre, mais a assuré qu'il ne voulait "pas porter la suspicion" sur Eric Woerth, mis en cause dans l'affaire Bettencourt. "Je refuse toute chasse à l'homme mais puisqu'il s'agit de l'Etat, il faut se placer au niveau des principes", a déclaré l'ex-Premier ministre sur France Inter, jugeant que l'affaire Woerth "touche et concerne directement l'Etat", "la justice, l'égalité devant l'impôt et l'impartialité de l'Etat".

Entre ministre et trésorier de l'UMP, Eric Woerth "devrait choisir", avait dit lundi l'ancien Premier ministre, Alain Juppé (UMP), interrogé sur l'affaire Bettencourt/Woerth.

"Il est certain que la situation qui l'amène à cumuler son poste de ministre et celui de trésorier de l'UMP peut créer des difficultés, je pense qu'il devrait clarifier les choses sur ce plan-là", avait dit le maire de Bordeaux en marge d'un point presse consacré au conseil municipal.

Les accusations de conflit d'intérêt portées contre Eric Woerth
Depuis la révélation d'enregistrements piratés de conversations entre Mme Bettencourt et son entourage, Eric Woerth est visé par des accusations de conflit d'intérêts qu'il conteste. Ces écoutes mettent au jour des opérations pour échapper au fisc, mais aussi des immixtions de l'Elysée dans la procédure judiciaire et des liens troubles entre la milliardaire et le couple Woerth.

L'épouse d'Eric Woerth a travaillé pendant deux ans et demi dans la société Clymène gérant la fortune personnelle de Liliane Bettencourt. Florence Woerth, qui vient de démissionner de Clymène, a reconnu lundi avoir "sous-estimé ce conflit d'intérêts". M. Woerth, trésorier de l'UMP depuis 2002, est aussi critiqué, notamment par l'opposition socialiste, pour avoir cumulé pendant trois ans, de 2007 à 2010, cette fonction avec celle de ministre du Budget.

Interrogée pour savoir si M. Woerth devait quitter ses fonctions de trésorier, Mme Lagarde a estimé que c'était une décision qui devait "être arrêtée, un, en conscience par Eric Woerth, et, deux, en étroite collaboration et en respect des instructions qui sont données par le Premier ministre et le président de la République".

Le porte-parole du gouvernement Luc Chatel a affirmé mardi qu'Eric Woerth allait conserver ce poste, réfutant tout conflit d'intérêts.

Par ailleurs, Le Parisien signale mardi qu'"une association réunissant les plus riches donateurs de l'UMP - qui devait se tenir hier soir à l'hôtel Bristol à Paris a été annulée".

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