Les agriculteurs souffrent de la sécheresse: les restrictions concernent 20 départements

La ministre de l'Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet s'est déclarée mardi "vraiment inquiète" de la sécheresse en cours et a indiqué que des restrictions avaient été prises dans une vingtaine de départements. Les récoltes sont menacées. Les agriculteurs attendent la pluie mais le beau temps devrait continuer dans les jours à venir.

Le maïs sèche sur pied à Grenay, près de Lyon (5 mai 2011)
Le maïs sèche sur pied à Grenay, près de Lyon (5 mai 2011) (AFP / Philippe Desmazes)

La ministre de l'Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet s'est déclarée mardi "vraiment inquiète" de la sécheresse en cours et a indiqué que des restrictions avaient été prises dans une vingtaine de départements. Les récoltes sont menacées. Les agriculteurs attendent la pluie mais le beau temps devrait continuer dans les jours à venir.

Les précipitations, trois fois inférieures à la normale, classent le mois d'avril 2011 parmi les plus secs des 50 dernières années. Le mois d'avril a été le deuxième plus chaud depuis 1900.

Une situation qui pourrait durer encore "quelques semaines, ou même quelques mois" en raison d'un "front de hautes pressions atmosphériques très persistant", selon l'Organisation mondiale de la météorologie (OMM). Mais à Météo France, on rappelle qu'il est difficile de prévoir les chutes de pluie au-delà de quelques jours.

Un "comité sécheresse " se réunira le 16 mai, à la demande de la ministre de l'Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, afin de faire le point.

"Les préfets ont déjà pris des mesures de restriction dans une vingtaine de départements et malheureusement ceci va probablement s'étendre", a averti mardi la ministre de l'Ecologie.

"Il s'agit d'abord de restreindre les usages les moins prioritaires, les pelouses, le remplissage des piscines privées, le lavage des voitures", a expliqué Mme Kosciusko-Morizet. "Et l'objectif est de préserver les usages prioritaires: la santé, l'eau potable, la vie aquatique, et de limiter la pression sur les usages économiques notamment l'agriculture", a-t-elle poursuivi.

Les agriculteurs attendent la pluie
En Poitou-Charentes, en Rhône-Alpes, en Alsace, en Pays-de-la-Loire, en Aquitaine, Bretagne et Normandie mais aussi autour de Lille, le diagnostic est commun, dans un printemps parmi les plus secs et chauds des dernières décennies: il faut qu'il pleuve, vite, voire très vite, pour éviter une forte baisse des rendements des cultures semées en automne ou hiver, comme le blé, l'orge ou le colza.

En Champagne-Ardennes, "on attend avec beaucoup d'impatience des pluies importantes", sinon ces cultures "risquent un fort déficit de l'ordre de 50%", explique Gilles Debaire, président de l'association pour la gestion de la ressource en eau agricole et ses usages (Agreau 51).

"Sans pluie à partir de maintenant, on s'engage chaque semaine vers une perte progressive du potentiel de rendement" a-t-il expliqué. "Les huit à dix prochains jours seront décisifs", renchérit Daniel Martin, de la FRSEA Rhône Alpes.

Les grains de blé sont en formation en ce moment, et c'est maintenant que tout se joue, expliquent les responsables agricoles.

"Même sur les bonnes terres on peut anticiper des baisse de 30 à 40% des rendements", pronostique Franck Sander, président des Jeunes agriculteurs du Bas-Rhin, qui dirige une exploitation de 90 hectares.

En Bourgogne, "la situation est très préoccupante", avec des "baisses de rendement déjà marquées" mais il est "très difficile de mesurer l'impact" sur les récoltes, estime Arnaud Rondeau, de la FRSEA Bourgogne.

Dans la Beauce, le grenier à blé de la France, on est moins pessimiste. Les céréaliers se disent plus "vigilants" qu'inquiets. "Les sols superficiels commencent à souffrir un peu. Les autres plus profonds possèdent encore des réserves", estime Philippe Lirochon, le président de la chambre d'agriculture d'Eure-et-Loir.

Les éleveurs inquiets
Les éleveurs, qui voient l'herbe et les fourrages se raréfier, sont également inquiets.

"Je n'ai jamais vu aussi peu d'herbe dans les prairies", témoigne Jean-Paul Decherf, agriculteur à la tête d'une exploitation de 100 hectares, à Comines (Nord). En Aquitaine, "il n'y a pas eu de pousses d'herbe de printemps" et "les premières coupes ont été faibles", la situation des éleveurs est "dramatique" sauf en Pyrénées-Atlantique où il a plu, estime Gérard Mutolo, directeur de la FRSEA.