Le ministre roumain des Affaires étrangères s'est dit inquiet mercredi des "risques de dérapage populiste"

Teodor Baconschi craint également des "réactions xénophobes sur fond de crise" sur la question des Roms.Il espère par ailleurs que la légalité a été respectée pour chacune des "expulsions" prévues à partir de jeudi, alors que les autorités françaises disent vouloir rapatrier 700 Roms de Roumanie et de Bulgarie d'ici fin août.

Teodor Baconschi, le ministre roumain des Affaires étrangères, à Vienne le 13 avril 2010.
Teodor Baconschi, le ministre roumain des Affaires étrangères, à Vienne le 13 avril 2010. (AFP PHOTO / SAMUEL KUBANI)

Teodor Baconschi craint également des "réactions xénophobes sur fond de crise" sur la question des Roms.

Il espère par ailleurs que la légalité a été respectée pour chacune des "expulsions" prévues à partir de jeudi, alors que les autorités françaises disent vouloir rapatrier 700 Roms de Roumanie et de Bulgarie d'ici fin août.

Deux membres du gouvernement roumain seront reçus "en début de semaine prochaine" par le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux, concernant la situation des Roms, a indiqué mercredi ce ministre à l'AFP. "Je recevrai en début de semaine prochaine les secrétaires d'Etat roumains à l'Ordre public et à la Réinsertion des Roms", a affirmé M. Hortefeux.

"Nous devons garder notre lucidité et voir ce que nous pouvons faire ensemble pour qu'aussi bien en France qu'en Roumanie, ainsi qu'au niveau européen, nous trouvions des écoles, des hôpitaux mais aussi une mentalité ouverte et pas xénophobe face aux représentants de cette population rom". "Si nous échangeons des accusations ou nous criminalisons à titre collectif des groupes ethniques, nous ressuscitons des souvenirs parmi les moins plaisants. Et au lieu de trouver des solutions, nous générons des tensions", a
souligné Teodor Baconschi.

Il a plaidé pour une approche franco-roumaine concertée, sans "fièvre électoraliste artificielle", ni menace sur l'entrée de la Roumanie dans l'espace Schengen brandie par le secrétaire d'Etat français aux Affaires européennes, Pierre Lellouche. "M. Lellouche s'est impliqué personnellement dans la question rom. Il a une approche généralement limitée à sa circonscription dans le VIIIe arrondissement de Paris. Mais il est la voix européenne de la France et je suis convaincu qu'il aura le tact d'aborder avec le calme nécessaire ce problème commun sans en faire une occasion de porter ombrage aux excellentes relations franco-roumaines".

Le problème des Roms est "un problème qui ne se résoudra pas en 48 heures ni avec des mesures policières", a ajouté le ministre.

Interrogé sur le retour en France de Roms reconduits, Teodor Baconschi rappelle que
la Roumanie "ne peut pas arrêter quelqu'un à la frontière s'il n'a pas commis une infraction prouvée en justice par un verdict définitif".

Deux secrétaires d'Etat roumains se rendront à Paris le 30 août pour parler de l'insertion et des manières de prévenir les infractions. Le ministre français de l'Immigration, Eric Besson, et Pierre Lellouche sont attendus à Bucarest en septembre.

Critiques en Bulgarie
Des critiques contre les autorités françaises se font jour également en Bulgarie. Le président de la section bulgare du comité Helsinki, une ONG de défense des droits de l'homme, Krassimir Kanev, s'est ainsi déclaré "inquiet de ce que la mesure [adoptée par la France] vise un groupe ethnique".

Une chercheuse spécialisée sur les Roms à l'Académie bulgare des sciences, Ilona Tomova, se dit "attristée que la France, pays symbole de la démocratie, (...) contribue à la stigmatisation" des Roms.

Le journal bulgare d'opposition Sega a pour sa part dénoncé mardi la politique de "déportation" des Roms, estimant que Sofia et Bucarest n'ont aucun moyen de les empêcher de circuler en Europe sauf "par un retour du communisme avec l'exigence de visas de sortie".