La "morale laïque" égratignée à droite et à gauche

L'enseignement proposé par Vincent Peillon n'est pas épargné par les critiques.

Vincent Peillon, le ministre de l\'Education nationale, le 17 mai 2012 à Paris.
Vincent Peillon, le ministre de l'Education nationale, le 17 mai 2012 à Paris. (LIONEL BONAVENTURE / AFP)

EDUCATION - Allier instruction civique et questions sur le sens de l'existence, jusqu'en classe de terminale. Voilà l'objectif de Vincent Peillon, qui souhaite mettre en place un enseignement de "morale laïque" lors de la rentrée 2013.

Une mission de réflexion doit encore "préciser la nature de cet enseignement", explique Vincent Peillon dans une interview publiée par Le JDD, dimanche. Mais en ce jour de rentrée scolaire, mardi 4 septembre, le sujet inspire déjà plusieurs acteurs politiques. 

Le Pen : "Des années que j'entends cette promesse"

La présidente du Front national a fait sa rentrée, mardi. Et semblait agacée par la proposition de Vincent Peillon, au micro de BFMTV/RMC. "Ça fait des années que j'entends cette promesse. Chaque gouvernement, chaque ministre de l'Education dit qu'il faut rétablir la morale, je ne la vois jamais arriver." Et si, selon elle, Vincent Peillon prend soin de parler de "morale laïque", c'est "parce qu'il ne veut surtout pas heurter les différentes religions". 

Pourtant, Marine Le Pen estime que "la morale, c'est la morale. Et dans notre pays, la morale laïque est la morale qui est issue évidemment de notre religion chrétienne, c'est comme cela. Donc tant mieux si elle est enseignée. Le problème, c'est que pour qu'elle soit enseignée, il faut qu'il y ait une discipline dans les classes, parce que sinon aucun enseignement ne pourra être effectué."

Delanoë :  "Sur le mot 'morale laïque', on va réfléchir"

"La morale, le bien, le mal, je me méfie de ce qui est officiel", a expliqué Bertrand Delanoë, mardi sur iTélé. Le maire PS de Paris a annoncé : "Sur le mot 'morale laïque', on va réfléchir tous ensemble." Une manière d’inviter le ministre de l'Education à revoir sa copie.

En revanche, Bertrand Delanoë a jugé "excellent" le programme de ces futures leçons et "approuvé les valeurs que Vincent Peillon veut que l'on inculque aux enfants" : celles de "la République, de l'humanisme, de la dignité humaine, de l'égalité femmes-hommes".

Chatel : "La gauche n'a pas de leçon de morale" à donner

Luc Chatel, l'ancien ministre UMP de l'Education, est lui-même revenu sur la polémique, au micro de RTL, mardi. La veille, il avait reproché à Vincent Peillon d’utiliser la formule de "redressement moral", comme Pétain en 1940. "C'est vrai que j'ai bondi, parce que 'redressement matériel, intellectuel et moral', ce sont des propos tenus à une autre époque", s'est-il justifié.

"Il s'agit évidemment d'une bévue" de Vincent Peillon, estime Luc Chatel, qui se dit "évidemment favorable" à l'enseignement de la morale à l'école. "C'est moi qui ai signé la circulaire qui organise l'enseignement de la morale à l'école et vous me trouverez toujours derrière cette logique."

"Je ne crois pas que notre pays ait besoin de redressement moral. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu'on serait arrivé à un niveau d'amoralisme qui fait que chacun doit s'en occuper ? s'est étonné Luc Chatel. La gauche n'a pas de leçon de morale à nous donner."