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La dépénalisation du cannabis, Duflot est (toujours) pour, Valls est contre

La ministre du Logement, Cécile Duflot, a plaidé mardi en faveur de cette mesure. Une position inverse de celle du gouvernement, et notamment de son ministre de l'Intérieur. 

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France Télévisions
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La ministre du Logement, Cécile Duflot, à l'Elysée, le 17 mai 2012. (LIONEL BONAVENTURE / AFP)

La secrétaire nationale d'Europe Ecologie-Les Verts est pour, la ministre aussi. Cécile Duflot a plaidé mardi 5 juin sur RMC pour la dépénalisation du cannabis en France, une position inverse de celle du gouvernement et notamment de son ministre de l'Intérieur, Manuel Valls. FTVi revient sur ce couac gouvernemental qui relance un débat de société.

1. La déclaration de Cécile Duflot

"L'objectif [de la dépénalisation] est double, a précisé la ministre du Logement. Il est de faire baisser le trafic, de supprimer le trafic et la violence notamment, et d'avoir une politique de santé publique." "Il faut considérer que le cannabis, c'est comme l'alcool et le tabac, même régime : une politique de santé publique et de prévention, notamment vis-à-vis des plus jeunes."

"C'est la position d'Europe Ecologie-Les Verts", a poursuivi la ministre, qui reste, par ailleurs, secrétaire nationale du parti écologiste. Pendant la campagne présidentielle, la candidate d'EELV, Eva Joly, avait défendu une position plus radicale : "une légalisation et un encadrement de l'usage du cannabis" afin de saper l'économie parallèle et lutter notamment contre le trafic d'armes, financé par cette dernière. 

"Dépénaliser l'usage d'une drogue revient donc à décider que cet usage ne constituera plus une infraction pénale", selon le Comité national d'information sur la drogue (Cnid), tandis que la légalisation consiste à rendre le produit légal, autorisant dans un certain cadre sa production, sa consommation et son commerce. 

2. Le débat met en exergue les divisions à gauche sur ce sujet 

          • Hollande, Ayrault et Valls opposés à la dépénalisation 

Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, interpellé mardi par la presse dans les couloirs du Sénat, a voulu calmer la polémique. D'emblée, il a pris ses distances avec Cécile Duflot en affirmant que "le gouvernement n'a[vait] rien dit sur ce sujet"

D'autant plus que durant la campagne, François Hollande avait expliqué qu'il ne "reprendrait pas" la proposition de son conseiller sécurité, François Rebsamen, visant à ne plus faire de la consommation de cannabis un délit, mais de la punir d'une contravention. Le futur président avait expliqué ne pas vouloir "donner le moindre signal de renoncement à une dissuasion par rapport à cette consommation de cannabis".

Un avis que partage le ministre de l'intérieur, Manuel Valls. Pendant la primaire socialiste, ce dernier s'était dit "fermement opposé, au nom même des valeurs de gauche (...), à toute concession dans ce domaine". "L'idée de légaliser le trafic de cannabis, de l'officialiser, d'en organiser la diffusion, va à l'encontre de mes valeurs", avait ensuite réagi le député-maire d'Evry (Essonne).

          • Le débat relancé à gauche ? 

Le député PS de Paris Serge Blisko, président de la mission d'information Assemblée-Sénat sur les toxicomanies, a estimé que la position de Cécile Duflot, "pour le moins inappropriée", devait donner lieu à un débat. Il a notamment rappelé la nécessité de mettre en œuvre "une politique globale alliant une lutte ferme contre les trafics, une recherche en addictologie et une éducation à la santé et à la prévention des risques".

A la gauche de la gauche, le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, a qualifié, sur l'antenne de Public Sénat, de "trop simpliste" la position de la ministre. Il faut "à la fois une lutte très déterminée contre les trafics qui font beaucoup de mal d'une manière générale, qui enrichissent des gens de manière tout à fait injuste et une vraie politique de santé publique", a-t-il renchéri. "La répression ne doit pas être l'axe majeur" de cette politique de santé publique, a-t-il estimé.

3. Une aubaine pour l'UMP 

            • Eric Ciotti dénonce "un double langage"

A cinq jours du premier tour des législatives, la droite n'a pas tardé à s'emparer du sujet. Bruno Beschizza, en charge des questions de sécurité à l'UMP, a dénoncé une "cacophonie" et exigé "une clarification sur la doctrine" du gouvernement sur ce sujet. Dans la foulée, le député UMP et spécialiste de la sécurité Eric Ciotti a accusé la gauche de tenir un "double langage" sur le cannabis, mettant en garde contre "l'angélisme qui explique que le cannabis est une substance sympathique qui ne comporte aucun danger".

           • Rachida Dati s'indigne 

L'ancienne garde des Sceaux Rachida Dati s'est dite "profondément choquée" par les "déclarations irresponsables" de la ministre du Logement. "En dépénalisant le cannabis, on met en danger la santé notamment de nos jeunes", a rappelé Rachida Dati. "Mme Duflot n'ignore sans doute pas que de nombreuses études scientifiques ont montré que cette drogue cause des troubles du comportement chez les consommateurs et a souvent des conséquences irréversibles sur le cerveau", a-t-elle ajouté avant de conclure : "Le flottement à gauche sur ce sujet a assez duré."

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