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"Une espèce de chaleur, comme en 1998", hier soir à la Bastille

Sur scène, leaders politiques et chanteurs se succèdent devant la foule. Des milliers de personnes sont venues fêter l'élection, même si une pointe de doute teinte l'enthousiasme. Reportage.

Article rédigé par Salomé Legrand
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min
Place de la Bastille, à Paris, dans la nuit de dimanche à lundi.  (SALOME LEGRAND / FTVI)

"Le changement commence maintenant", s'éraille une dernière fois la voix du candidat socialiste depuis Tulle (Corrèze) sur l'écran géant monté place de la Bastille, à Paris. Puis le président élu part vers l'aéroport pour prendre l'avion et rejoindre ses partisans parisiens. Dans la capitale, la fête, elle, ne l'attend pas.

Bouteilles de champagne et gobelets en plastiques pour les plus prévoyants, mauvais rosé glané dans les épiceries alentours bu directement au goulot pour d'autres, les Français réunis sur cette place historique de l'histoire de la gauche ont le sourire accroché aux lèvres.

"C'est l'histoire, c'est un évènement énorme"

Des couples, des familles, des gens qui font connaissance spontanément tout en se piétinant. "Il y a de l'intéraction, une espèce de chaleur comme dans les grands moments, en 1998 ou pour le passage à l'an 2000", s'émerveille Geoffroy. "C'est l'histoire, c'est un évènement énorme, qui n'arrive pas beaucoup dans une vie", sourit Jean-Philippe, venu avec sa compagne depuis les Yvelines. 

Jacques heureux "comme en 81" et son fils Igor ému par cette "solidarité", place de la Bastille à Paris le 6 mai 2012. (SALOME LEGRAND / FTVI)

A quelques coups d'épaules de là, Jacques, 59 ans, vit sa deuxième Bastille. Les yeux qui pétillent derrière ses petites lunettes carrées, il a "comme en 1981, le sentiment d'entrer dans une ère de liberté". Son fils se moque doucement avant de reconnaître, un peu ému, lui qui a soufflé ses 18 bougies il y a trois jours et voté de justesse : "On se sent nombreux, on se sent forts." "C'est le rassemblement, le peuple derrière le progrès, la justice sociale", s'enflamme Charles, soutenu par ses amis survoltés. 

Poussettes, jeunes enfants portés sur les épaules disparaissent à mesure que l'heure avance et que le thermomètre chute. Mais la foule reste extrêmement dense. Les plus acrobates vont même jusqu'à se percher sur les feux tricolores, histoire d'avoir une vue d'ensemble et d'échapper, pourquoi pas, aux odeurs de friture que dégagent les camionnettes frites-kebabs-boissons fraîches opportunément garées un peu partout.

"Il a cinq ans pour nous prouver tout ça"

Accrochées à leurs roses, quatre jeunes trentenaires sont hilares. Myriam, Johanna, Nawel et Mabinty placent beaucoup d'espoirs dans l'élection de François Hollande. "Une meilleure qualité de vie", "de nouvelles lois sociales", "l'arrêt des stigmatisation et la reconnaissance des minorités"empilent-elles tous azimuts et tout sourire. A l'unisson, elles rêvent d'une France à leur image,"une vraie France métissée"."Il a cinq ans pour nous prouver tout ça", sourit Myriam, loin d'être la seule à nuancer son enthousiasme. 

Myriam, Johanna, Nawel et Mabinty pleine d'espoir pour "une vraie France métissée". (SALOME LEGRAND / FTVI)

Si certains entonnent, sur des rythmes africains, "on a dégagé Sarko, on a installé Hollande", la plupart des refrains saluent avant tout le départ du président sortant. Du simple "Sakozy, c'est fini" au "mais y sont où, mais y sont où les sarkozystes lalalala", en passant par le plus vulgaire "Sarko, le peuple a eu ta peau", décliné avec toutes les insultes en "o". 

Dans un coin à forte concentration de drapeaux CGT résonne L'Internationale. Un peu plus loin, deux trentenaires, cigarettes roulées et de bière Desperados à la main se délectent d'avance des possibles démêlés avec la justice de "Nicolas Sarkozy et sa bande". Catherine, elle, se dit "plus à gauche et espère, surtout, que ce soit moins pire que ce qu'il y avait avant".

"Il ne faut pas s'arrêter à une nuit d'euphorie" 

Pour Corinne, la victoire - qu'elle aurait préférée "plus large, au-delà de 52%" - signifie d'abord "une bonne coupe de cheveux", elle qui par défi n'a pas été chez le coiffeur depuis le jour de l'élection de Nicolas Sarkozy. Mais le combat ne s'arrête pas là, avec sa sœur jumelle, Muriel, ces deux militantes socialistes prennent de "l'énergie chez les jeunes pour entamer le combat des législatives dès lundi". 

Muriel (à G) et Corinne, militantes socialistes, prennent des forces auprès des jeunes avant d'entamer le combat des législatives. (SALOME LEGRAND / FVTI)

Kim, elle, va même plus loin. Sur sa pancarte qui peine à tenir : "Le 7 mai ne lâchons rien !" "Parce qu'on ne récupérera pas la France et les valeurs morales si on s'arrête à une nuit d'euphorie."

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