L'Assemblée nationale a rejeté une proposition de loi socialiste visant à ouvrir le mariage aux couples homosexuels

293 députés ont voté contre, 222 pour. Toute la gauche votant pour tandis qu'une très large partie de la majorité UMP-Nouveau Centre s'y est opposée.C'est la première fois que la question du mariage homosexuel passait les portes de l'Hémicycle.

C\'est la première fois que la question du mariage homosexuel passait les portes de l\'hémicycle
C'est la première fois que la question du mariage homosexuel passait les portes de l'hémicycle (AFP PHOTO JOEL SAGET)
293 députés ont voté contre, 222 pour. Toute la gauche votant pour tandis qu'une très large partie de la majorité UMP-Nouveau Centre s'y est opposée.

C'est la première fois que la question du mariage homosexuel passait les portes de l'Hémicycle.

Toutefois, 9 élus UMP dont Jean-Louis Borloo, président du Parti radical, Axel Poniatowski, président de la commission des Affaires étrangères, et Franck Riester ont voté en faveur du texte.

Neuf députés UMP se sont volontairement abstenus comme les anciens ministres Christian Estrosi et Nicole Ameline. Un élu du groupe Nouveau centre, Jean-Christophe Lagarde, vice-président de l'Assemblée, a voté pour. Parmi les non-inscrits, François Bayrou a voté pour.

Le groupe socialiste a voté le texte présenté par l'un des siens, Patrick Bloche, qui fut l'un des initiateurs du pacte civil de solidarité (Pacs) en 1999. Deux apparentés, élus d'outre-mer, se sont abstenus. Le groupe de la gauche démocrate et républicaine (GDR, PC, Verts et Parti de gauche) a lui aussi voté en faveur de la proposition de loi à l'exception de deux de ses membres qui se sont abstenus, Alain Bocquet (PC) et Jacques Desallangre (divers gauche).

Il ne faut "pas aller dans le sens du vent ni céder aux effets de mode", a lancé Michel Diefenbacher (UMP) lors des explications de vote. "Nous sommes contre l'homophobie mais nous ne voulons pas altérer dans l'inconscient collectif l'image et la fonction du mariage", qui est "une institution" chargée de "la protection du plus faible, à commencer par la femme".

La majorité avait fait savoir que la quasi-totalité des députés UMP allait voter contre, même s'il y aurait "liberté de vote" sur un tel sujet, avait précisé Christian Jacob, chef des députés UMP.

Marine Le Pen s'est montrée fermement hostile au mariage homosexuel, allant jusqu'à faire un parallèle avec la polygamie. "Le mariage s'effectue entre un homme et une femme", a déclaré la dirigeante du FN sur France Inter. "Je ne pense pas qu'il soit positif de changer cette règle, parce que si on part de ce principe, on peut aller à la limite très loin dans la modification de notre civilisation", a-t-elle ajouté.

Plus modéré, le Nouveau Centre avait annoncé que son groupe voterait "majoritairement contre" la proposition socialiste. "Nous souhaitons que chacun puisse vivre ses différences, y compris en couple, et le Pacs est une bonne réponse", a expliqué François Sauvadet.

Le porte-parole des députés PS, Bruno Le Roux, a affirmé que l'ouverture du mariage aux personnes de même sexe fera partie du premier paquet de réformes si la gauche arrive au pouvoir en 2012.

Réactions des associations
SOS Homophobie
s'est dite "révoltée et indignée". L'Association des Familles Homoparentales (ADFH) a fait part de sa consternation et l'association Homosexualité et socialisme (HES) a déploré le "retard injustifiable" de la France.

Les parlementaires de la majorité ont montré "qu'ils et elles hiérarchisent encore les citoyen-ne-s français-es en fonction de leur orientation sexuelle", a déploré dans un communiqué SOS Homophobie.

Une majorité de Français "est aujourd'hui favorable au mariage homosexuel" et la liste des pays autorisant le mariage homosexuel "ne cesse de s'allonger de mois en mois", "renvoyant la France à sa vision très étroite de la liberté d'être et d'agir", a dit AFDH.

De son côté, GayLib, association des homosexuels de l'UMP, a regretté "qu'une majorité de députés UMP refuse toujours l'égalité des droits pour les familles homosexuelles". "Ces députés sont en décalage avec la majorité des Français qui est aujourd'hui pour l'égalité des droits pour tous les couples, y compris parmi l'électorat UMP", affirme GayLib, qui "appelle solennellement le Président de la République à se saisir de ce dossier et à proposer aux Français en 2012 un projet qui reconnaisse enfin une égale dignité pour tous les couples, homos ou hétéros, et accorde à tous l'accès au mariage civil".

"Une aberration anthropologique", selon Christian Vanneste
Le député UMP Christian Vanneste a jugé mardi dans les couloirs de l'Assemblée que le mariage entre deux personnes de même sexe était "une aberration anthropologique" car la "société doit assurer sa pérennité", le reste "étant une question de mode liée à quelques lobbies qui ont manifestement beaucoup de pouvoir".

De son côté, le porte-parole du gouvernement, François Baroin, s'est opposé mardi matin sur RTL à l'ouverture du mariage aux homosexuels, en assurant que, parmi ses "amis qui sont gays", il "n'en connaît pas un qui veut se marier".

Groupe de travail sur les droits homosexuels
Lors de la réunion à huis clos du groupe UMP, le secrétaire général de l'UMP Jean-François Copé a annoncé la mise en place d'un groupe de travail sur les questions des droits homosexuels. "Il faudra avancer sur" les sujets liés aux droits des homosexuels, comme "les donations au dernier vivant". "Il y a des pistes qui peuvent être ouvertes", a avancé Christian Jacob.

Mariage homosexuel autorisé dans 10 pays dans le monde
Le mariage homosexuel est autorisé dans dix pays dans le monde: les Pays-Bas, la Belgique, l'Espagne, le Portugal, le Canada, l'Afrique du Sud, la Norvège, la Suède, et l'Islande et l'Argentine.

Deux pays autorisent le mariage gay sur une partie de leur territoire: les Etats-Unis (Etats d'Iowa, Connecticut, Massachusetts, Vermont, New Hampshire et la capitale, Washington) et le Mexique (la capitale fédérale, Mexico).

D'autres pays ont adopté des législations sur une union civile accordant des droits plus ou moins étendus aux homosexuels, notamment le Danemark (1989), la France avec le PACS (1999), l'Allemagne (2001), la Finlande (2002), la Nouvelle-Zélande (2004), le Royaume-Uni (2005), la République tchèque (2006), la Suisse (2007), l'Uruguay, la Colombie et récemment l'Irlande.