A Grasse, une start-up multiplie des champignons pour réduire les besoins en eau et en engrais des plantes

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Durée de la vidéo : 1 min
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des champignons contre la sécheresse {} (FTR)
Article rédigé par Chrystel Chabert
France Télévisions - Rédaction Culture
Comment permettre aux plantes de mieux capter l’eau présente dans les sols ? C’est le défi relevé par une start-up des Alpes-Maritimes grâce à des champignons mycorhiziens. #IlsOntLaSolution

Le 10 mars dernier, le préfet des Alpes-Maritimes a placé tout le département en alerte sécheresse. A cette époque, le déficit pluviométrique était de – 76%. C’est pourtant là, à Grasse, que Justine Lipuma, docteur en microbiologie et Christine Poncet, ingénieur agronome, ont fondé en 2017 la société Mycophyto. Leur idée ? Favoriser naturellement les synergies entre les plantes et les micro-organismes du sol.

Leurs alliés, ce sont les champignons mycorhiziens. "Ces bactéries du sol interviennent comme rallonge des racines d’une plante pour aller puiser des éléments nutritifs complémentaires dans le sol. Ils multiplient par 1000 la surface d’échange entre le sol et la plante" explique Justine Lipuma. La jeune femme connaît bien le sujet. Elle a écrit sa thèse doctorale en microbiologie sur la symbiose entre les plantes et les champignons.

Sur cet échantillon observé au microscope, on voit le mycélium et les spores du champignon. (France 3 Côte d'Azur)

Une plante plus forte, naturellement

Mieux nourrie à la fois en eau et en nutriments, la plante se révèle donc plus résistance aux agressions externes. En clair, elle a moins besoin de pesticides ou d’intrants pour rester en bonne santé. Le processus permettrait aussi d’améliorer les rendements, entre 30 à 50% selon les premiers relevés. Cela se traduit par davantage de fleurs sur les rosiers, de fruits supplémentaires sur les plants de tomates et de réserves en eaux dans les vignobles.

A chaque sol son champignon

Il existerait entre 200 et 300 espèces de champignons mycorhiziens capables de s'associer mais leur nature varie selon le type de plantes (agrumes, vigne, rosier...).  Autre difficulté : chaque sol a sa propre “banque” de champignons. 

La mission de Mycophyto consiste donc à prélever un échantillon du sol à enrichir. De retour en laboratoire, les champignons qui mycorhizent sont identifiéset quantifiés. Ils vont être cultivés et multipliés dans d’immenses serres avant d’être récoltés. Conditionnés sous forme de poudres et de liquide, les produits sont ensuite injectés ou répandus au plus près des racines des pantes pour réensemencer le sol.

Une immense bio-banque

La start-up a développé une immense bio-banque spécifique à un terroir, à une région. En France, sept zones géographiques ont été déterminées (sans intégrer les microclimats et les terroirs d’exception nécessitant un mélange spécifique). Pour prédire au mieux le cocktail idéal en fonction du sol, Micophyto s’appuie sur l’intelligence artificielle. Météo, typologie et physico-chimie du sol...Autant de données qui vont permettre de déterminer les espèces de champignons les plus adaptées selon la zone géographique.  

Étudiante-chercheuse , Camille Léone, est chargée de projet au sein de la société Mycophyto. Elle récolte les pétales de roses à parfum pour vérifier les effets de champignons sur la productivité des plantes. (France 3 Côte d'Azur)

Pour le moment, les solutions proposées par Mycophyto ne sont pas encore accessibles aux petits agriculteurs car les coûts de production sont encore trop élevés. Elle travaille avec une trentaine de clients. Cela va des plantes à parfums, aromatiques et médicinales, la vigne en passant par le maraîchage et les aménagements paysagers. Mais pour tous, le but est le même : s'adapter aux longues périodes de sécheresse et trouver des alternatives aux engrais chimiques en maintenant des rendements qui permettent aussi d'assurer un salaire décent aux producteurs.

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