Hypersexualisation : la France se penche sur ses lolitas

Mini-miss, nymphettes expertes en maquillage, tombeuses de bac à sable... Elles ont moins de 13 ans et jouent les femmes fatales. Les pouvoirs publics s'intéressent pour la première fois au phénomène.

Une fillette prend la pose à la manière des magazines de mode. 
Une fillette prend la pose à la manière des magazines de mode.  (AFP)
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Marie-Adélaïde ScigaczFrance Télévisions

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Interdiction de porter du maquillage, des shorts à mi-cuisses ou des talons hauts... La semaine dernière, une école primaire du Finistère a dû rappeler le code vestimentaire en vigueur dans l'établissement. Hasard du calendrier, Roselyne Bachelot, ministre des Solidarités, a confié dans la foulée une mission à la sénatrice Chantal Jouanno sur "l'hypersexualisation" des petites filles. 

Il y a tout juste un an, des spécialistes de l'enfance s'offusquaient de la publication dans l'édition française du magazine de mode Vogue d'une série de photos mettant en scène des enfants dans des poses suggestives. Une lettre ouverte, signée par 150 pédiatres, ainsi qu'une pétition dénonçant "l'érotisation" des enfants dans la publicité, avaient alors été transmises au ministère de la Jeunesse. Dont acte.

Mais à qui les pouvoirs publics doivent-ils adresser en priorité leur message de prévention ? Retour sur les trois défis qui attendent la mission Jouanno.

Eduquer les médias : pour réguler l'image de l'enfant

"On ne veut pas faire de contrôle social et de puritanisme, juste donner des outils", tient à préciser Chantal Jouanno dans un entretien accordé mercredi au Parisien. Sa mission résulte en partie de l'épisode "Vogue". Chargée de rendre en janvier une charte officielle sur l'utilisation de l'image des enfants dans les médias, cette dernière sera donc particulièrement attentive aux publicités mettant en scène des enfants dans des tenues ou des comportements d'"un autre âge".

"Il faut lancer des contre-publicités, des contre-modes", propose la secrétaire d'Etat. Mais la prévention a ses limites : difficile, à l'ère de la culture mondialisée, d'empêcher les gamines de se rêver en Beyoncé.

Si parfois les médias transmettent une image biaisée de l’enfant, la télévision, la publicité et internet diffusent une culture "tout public" largement érotisée, dénonce le documentaire Sexy inc. Nos enfants sous influence (2007), de la réalisatrice canadienne Sophie Bissonet. 

 

Eduquer les enfants : pour leur apprendre à décrypter les messages

Parce que les très jeunes constituent une "cible marketing pleine de potentiel, certains produits, qui surfent sur la vague de  l'hypersexualisation, sont spécialement destinés aux adolescents et pré-adolescents", souligne un rapport publié en Belgique en juin par le Centre de recherche et d'information des organisations de consommateurs (CRIOC). Ce dernier préconise de développer la capacité d'analyse des jeunes et leur esprit critique via l'éducation aux médias et au décodage publicitaire.

"L'objectif est donc clair : utiliser le sexe pour faire vendre, quitte à frôler le mauvais goût (ou à y sauter les pieds joints)", conclut le rapport qui illustre son propos avec une publicité pour la crème dépilatoire Veet, alors difusée outre-Quiévrain, dont l'atmosphère oscille entre Hello Kitty et une chanson paillarde acidulée. 

A la pointe de la réflexion sur le sujet depuis 2006, le Canada a expérimenté le projet "Outiller les jeunes face à l'hypersexualisation", mis en place par l'oganisme de défense et d'éducation des femmes "Y des femmes de Montréal" en collaboration avec l'université du Québec. Surtout, elle a mis en place des formations gratuites à destination des professionnels travaillant avec des jeunes afin de dispenser des cours d'éducation sexuelle plus adaptés aux pré-adolescents. 

Eduquer les parents : donner les clés pour expliquer 

Le sociologue Michel Fize, interrogé par térrafémina.com relève l'importance de l'implication des parents dans la lutte contre l'hypersexualisation des enfants. Pour lui, la mission de Chantal Jouanno "doit comprendre d’où vient ce désir d’aller plus vite, et devrait résoudre la question cruciale du rôle des parents dans cette affaire. Il semble que c’est à eux que revient la tâche d’avertir les enfants de l’impact de leur comportement vestimentaire, et de la nuance entre séduction et provocation", explique-t-il.

Dans un entretien à 20minutes.fr,  le docteur Stéphane Clerget, pédopsychiatre et auteur de Nos enfants aussi ont un sexe (éd. Robert Laffont) donne la ligne à suivre : "Il faut faire comprendre aux enfants que le côté séducteur et désirable n’est qu’une représentation limitée de la féminité", assure-t-il. 

Car c'est le bien-être de l'enfant qui est en jeu. "Si les parents tolèrent, voire encouragent, ce comportement [d'hypersexualisation], ces enfants vont être amenées à penser qu’être belle est la seule chose qu’elles ont de bien", décrypte le pédopsychiatre. Ce qui, selon lui, entraverait l'épanouissement de ces jeunes filles en quête de l'impossible perfection : "elles pourront faire de la chirurgie esthétique à outrance, des régimes mal à propos, voire développer des troubles de l’alimentation…"

Voilà comment, en dix ans, les lolitas sont passées du statut de phénomène de mode à celui de possible problème de santé publique.