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En Picardie, Hollande dit comprendre "la désespérance" des électeurs FN

Le candidat socialiste s'est rendu dans l'Aisne, mardi, dans une circonscription où Marine Le Pen est arrivée en tête au premier tour de la présidentielle.

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France Télévisions
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François Hollande prononce un discours à Hirson (Aisne), le 24 avril 2012. (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

Au deuxième jour de sa campagne d'entre-deux-tours, François Hollande le promet : il ne veut pas "draguer" les voix du Front national. "Je ne parle pas comme ça." En se rendant dans la petite ville picarde d'Hirson (Aisne) mardi 24 avril, c'est pourtant bien aux électeurs qui ont choisi Marine Le Pen au premier tour qu'il est venu s'adresser. Car le choix du lieu ne doit rien au hasard : dans la circonscription, la candidate frontiste est arrivée en tête, dimanche, avec 27,86% des voix, devant François Hollande (27,82%).

Et s'il visite une usine d'équipement automobile pour défendre le travail "récompensé, valorisé", le candidat socialiste veut aussi montrer qu'il a "entendu le message" des 17,9% d'électeurs de Marine Le Pen. "Un message de colère, de souffrance et d'inquiétude." Devant 200 personnes venues l'écouter sur le parking d'une entreprise malgré une pluie battante, il se tourne donc d'abord vers "les ouvriers qui voient les délocalisations se multiplier", "les agriculteurs qui n'ont plus confiance dans la politique qui leur est proposée", "les retraités qui n'y arrivent plus en terme de pouvoir d'achat", "les jeunes qui se sentent en souffrance"...

Un sentiment d'abandon

Ici, la zone d'emploi est celle qui connaît le plus fort taux de chômage en France. A la mi-2011, selon les derniers chiffres de l'Insee, relayés par Le Monde.fr, 16,2% de la population active est sans emploi - soit un bond de près de 30% par rapport à 2007 -, alors que le taux de chômage national est presque deux fois moins élevé, à 9,1%. Sur la ville d'Hirson, le taux de chômage dépasse même les 25%. "On est dans une région en difficulté économiquement, et enclavée géographiquement. L'autoroute est à une heure, le TGV à une heure et demie... Ici, les gens ont le sentiment d'avoir été abandonnés par l'Etat", témoigne le maire, Jean-Jacques Thomas.

C'est ce que disent aussi Alain, Abel et Michel. Ces trois militants socialistes habitent Hirson et ses environs, et ne semblent guère étonnés par le score qu'a réalisé ici le Front national :

François Hollande assure, lui aussi, "comprendre" ce score important de Marine Le Pen : "Quand un territoire ne se sent plus défendu, alors oui, il peut y avoir une désespérance". Pour y répondre, le candidat socialiste évoque les grandes lignes de son projet : retour à la retraite à 60 ans pour ceux qui ont leurs 41 annuités, création de 60 000 postes dans l'éducation, défense des services publics, lutte contre les déserts médicaux, relèvement des impôts sur les revenus du capital et sur les plus hauts salaires... Mais hors de question de faire des annonces nouvelles, sur l'immigration ou l'insécurité par exemple.

"Nous allons gagner"

D'autant que François Hollande semble convaincu que les électeurs FN qui avaient suivi Nicolas Sarkozy en 2007 ne revoteront pas pour lui cette année. "Beaucoup se sont sentis floués par ses promesses non tenues, justifie-t-il. Je dois leur faire comprendre que leur intérêt personnel et que l'intérêt du pays, c'est le changement."

A la fin de son bref discours, il affiche d'ailleurs une confiance rarement évoquée en public : "Je pense que nous allons gagner l'élection. Je le sens, je le vois !" Alors que la pluie battante a laissé place à un ciel dégagé, il ajoute, amusé : "Regardez, pendant que je parle, le ciel s'éclaircit... Nous reprenons confiance !" Dans le public, Abel dit son émotion, "impatient de voir les gens retrouver espoir grâce à la gauche". Il aimerait saluer de près son favori. Trop tard. Cinq minutes après la fin de son discours, François Hollande est déjà remonté en voiture. Il n'est pas non plus allé à la rencontre des électeurs de l'extrême droite. A Paris, une interview au journal de 20 heures l'attend.

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