Marine Le Pen sur France 2 : ce qu'il faut retenir

La candidate du Front national était l'invitée, jeudi soir, de David Pujadas dans l'émission politique de France 2. Elle a refusé de débattre avec Jean-Luc Mélenchon, le leader du Front de gauche, l'accusant de ne pas être "un vrai candidat".

Son passage sur le plateau de "Des paroles et des actes", jeudi 23 février sur France 2, tombait à point nommé. L'objectif pour Marine Le Pen : stopper sa lente chute dans les sondages. Alors qu'elle talonnait Nicolas Sarkozy il y a encore quelques mois, elle accuse désormais plus de 15 points de retard, et éprouve toujours des difficultés pour recueillir ses 500 signatures d'élus indispensables pour se présenter à l'élection présidentielle. FTVi résume ce qu'il faut retenir de l'émission.

• Le temps fort

C'était LE moment attendu par tout le monde. Jusqu'à la dernière minute, personne ne savait si la présidente du Front national accepterait finalement de débattre avec Jean-Luc Mélenchon. Les téléspectateurs n'ont pas eu droit à un débat, mais à un sketch qui restera dans les annales de la télévision. Le président du Front de gauche, qui arbore un triangle rouge sur sa veste, l'attaque bille en tête sur sa volonté de supprimer le remboursement de l'avortement. Mais Marine Le Pen refuse de lui répondre. Elle s'adresse à David Pujadas : "Vous êtes un peu le Paul Amar des temps modernes." Référence à l'ancien présentateur du JT, qui en 1994 avait apporté des gants de boxe sur le plateau lors d'un débat Jean-Marie Le Pen-Bernard Tapie.

La candidate frontiste énumère les trois raisons pour lesquelles elle ne débattra pas avec son contradicteur. D'abord : "Vous n'êtes pas au même niveau électoral que moi." Elle énumère ensuite la liste des noms d'oiseaux que lui lance Jean-Luc Mélenchon depuis plusieurs semaines : "chauve-souris", "semi-démente", "fasciste"... "En m'insultant vous insultez des millions de français et 40% d'ouvriers qui s'apprètent à voter sur moi." Dernier argument : "Vous n'êtes pas un vrai candidat car vous avez déjà dit que vous feriez voter pour monsieur Hollande."

Pendant que Jean-Luc Mélenchon lui répond, Marine Le Pen, qui fait mine de ne pas l'écouter, trie ses notes, feuillette un journal, classe ses documents... A chaque fois que la parole lui revient, la même réponse : "Je ne peux pas discuter avec un leurre, mais seulement avec un vrai candidat."

• L'attitude

Sur le fil du rasoir. Dans la première partie de l'émission, Marine Le Pen tient à garder son calme, malgré les questions plutôt offensives des journalistes. Mais son sang-froid ne tient qu'à un fil. Interrogée sur la collecte de ses parrainages, elle lance : "On ne va pas passer une demi-heure là-dessus !" Crispation encore à l'évocation des dérapages de son père : "Il n'est pas candidat à la présidentielle, au cas où vous ne l'auriez pas remarqué !"

Le ton monte d'un cran face au journaliste économique François Lenglet. "Vous êtes sûr que vous avez lu mon programme, Monsieur Lenglet ?" "Vous cherchez à faire peur aux Français car je veux changer le modèle économique et je suis la seule", accuse-t-elle. "Des experts comme vous y en a eu plein depuis 30 ans et ils se sont tous trompés !" Et quand David Pujadas tente une relance, la réponse claque : "Dans un tribunal, ou devant le juge, quand on pose une question, même le juge d'instruction attend la fin de la réponse." Les ultimes échanges de l'émission, qui la placent face à Franz-Olivier Giesbert, sont les plus tendues. L'interview se transforme en débat qui ne dit pas son nom.

• Le "fail"

A plusieurs reprises, Marine Le Pen s'est retrouvée en difficulté concernant des points précis de son programme. Sur sa proposition d'augmenter de 200 euros les petits salaires (pour un coût de 20 milliards d'euros) en la finançant par une taxe sur les importations (qui rapporterait 15 milliards d'euros), elle a esquivé la question de savoir où elle trouverait les 5 milliards manquants. "Trop compliqué pour les Français."
Quelques minutes plus tard, lorsqu'on lui demande d'où vient son chiffre de "10 millions de fausses cartes vitales en circulation", Marine Le Pen évoque "un rapport", sans être capable de citer l'organisme dont il émane.

• La stratégie

Fidèle à ses habitudes, Marine Le Pen n'a cessé de se poser en victime d'un "système". Notamment celui des parrainages, "qui force à la compromission", face auquel elle en appelle "au peuple" et "au bulletin de vote, la seule arme qui lui reste". Mais aussi victime d'un système dont feraient partie les journalistes, les accusant de lui réserver un traitement défavorable par rapport aux autres invités politiques.

• Le flop

A défaut de débattre avec Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen a, quelques minutes plus tôt, échangé avec Henri Guaino. Dans des termes très policés qui ont toutefois mis le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy devant ses contradictions. Henri Guaino n'est pas un fervent européen : il a voté non à Maastricht et à la Constitution européenne, mais il a dû défendre le Mécanisme européen de stabilité proposé par Nicolas Sarkozy, Angela Merkel et la plupart des autres pays européens. "Merci monsieur Guaino, ce débat était très agréable. Je vous aurais bien échangé contre le prochain", conclut la candidate FN. Sur Twitter, certains ne manquent pas de moquer ce débat un peu curieux.